TraitementActualités
216

juillet 2016 

Appel à la prudence face aux allégations suggérant une augmentation du risque de récurrence du cancer du foie sous l’effet des AAD

Le virus de l’hépatite C (VHC) infecte le foie et y cause de l’inflammation. Si l’infection n’est pas traitée, elle provoque aussi une perte graduelle de tissu hépatique sain et son remplacement par du tissu cicatriciel inutile dans le cadre d’un processus appelé fibrose. À mesure que la cicatrisation se propage dans le foie, l’organe devient de plus en plus dysfonctionnel, ce qui entraîne des complications, des infections graves et, finalement, l’insuffisance hépatique. L’accumulation de tissu cicatriciel augmente aussi le risque de cancer du foie.

L’arrivée des puissants médicaments anti-hépatite C oraux appelés antiviraux à action directe (AAD) a augmenté énormément les chances de guérison pour les personnes atteintes de l’infection au VHC. Lors des essais cliniques, les taux de guérison s’élèvent généralement à 95 % ou plus sous l’effet des AAD modernes.

Les résultats d’études par observation menées aux États-Unis dans TraitementActualités 215) et en France portent à croire que, après qu’une personne guérit du VHC, elle court encore un faible risque résiduel d’éprouver des symptômes associés à la cirrhose. Dans certains cas, elle court aussi temporairement un faible risque de cancer du foie. Les risques semblent être les plus élevés chez les personnes atteintes de cirrhose. Cependant, le risque de ce genre de complications diminue après la guérison, et les données recueillies à ce jour semblent indiquer qu’il est extrêmement faible deux ans après la guérison.

Récemment, des rapports suggérant la possibilité d’une augmentation inattendue des taux de récurrence du cancer du foie ont paru lors de diverses conférences et dans des revues médicales. Ces rapports ont émergé de cliniques de Barcelone et de Vienne, mais il est possible que des cliniques d’autres villes leur fassent écho à l’avenir.

Comment devrait-on interpréter cette nouvelle? Nous encourageons nos lecteurs à lire ces rapports avec prudence. Plusieurs raisons pourraient expliquer la récurrence de tels cancers, et nous en parlons plus loin dans ce numéro de TraitementActualités. En général, les rapports en question sont fondés sur des bases de données relativement petites par rapport à celles des essais cliniques. Il est peu probable que les petites bases de données de ce genre représentent l’ensemble des personnes courant un risque élevé de cancer du foie. Pour cette raison et d’autres, le lien que certains chercheurs tentent de faire entre l’usage d’AAD et la récurrence du cancer du foie n’est pas solide et pourrait être attribuable au hasard.

Il importe de se rappeler que, habituellement, les tumeurs n’apparaissent pas soudainement. De façon générale, les cellules se transforment lentement en un état anormal, et seul un certain nombre de ces cellules anormales deviennent des cancers, alors que d’autres se transforment en tumeurs bénignes. Ainsi, les cellules du foie qui se transforment en cancers mettent du temps à se développer et à former des tumeurs volumineuses qu’il est possible de détecter avec des appareils de balayage (scans). Même si les échographies effectuées tous les six mois sont considérées comme un élément fondamental du dépistage des tumeurs hépatiques, elles ne sont pas parfaites et ne détectent pas les tumeurs dans tous les cas. En fait, il n’existe aucune technologie de balayage parfaite en ce qui concerne la détection des tumeurs du foie. Par conséquent, il est possible que certaines personnes figurant dans les rapports que nous présenterons plus loin avaient déjà un cancer qui n’a cependant été détecté que beaucoup plus tard. Cela aurait pu semer la confusion parmi certains médecins lorsqu’ils essayaient de faire un lien entre l’apparition ou la récurrence d’un cancer du foie et l’exposition aux AAD. De plus, comme le cancer du foie ne cause pas généralement de symptômes avant d’atteindre une phase avancée, certains patients et leurs médecins pourraient ignorer qu’un cancer s’est formé et se développe encore.

Il est également possible que les rapports fondés sur les petites bases de données de Barcelone et de Vienne incluent un nombre disproportionné de personnes courant un risque très élevé de récurrence du cancer du foie. Ce risque élevé pourrait être attribuable aux antécédents médicaux de la personne, au type de tumeur(s) hépatique(s) diagnostiquée(s) antérieurement et, éventuellement, au genre de traitement anticancéreux administré.

Ensemble, tous les facteurs mentionnés ici affaiblissent l’association entre l’usage d’AAD et l’augmentation du risque de récurrence du cancer du foie.

Quelle que soit la cause de l’augmentation apparente du risque de récurrence du cancer du foie, il n’existe pas de données probantes indiquant que les AAD causent le cancer du foie et augmentent le risque de sa récurrence. Même si les rapports provenant de Barcelone et de Vienne sont intéressants, ils sont fondés sur un nombre relativement faible de patients et ne sont pas définitifs. Les médecins qui ont revu les rapports de Barcelone et de Vienne recommandent vivement des dépistages réguliers du cancer du foie chez les personnes guéries du VHC qui courent un risque élevé de cancer du foie à cause de la cirrhose ou d’un cancer semblable antérieur.

—Sean R. Hosein