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janvier 2016 

Une étude de Barcelone sur le changement pour une monothérapie au dolutégravir

Des médecins de Barcelone, en Espagne, ont inscrit des participants séropositifs sous traitement anti-VIH dont la charge virale dans le sang était inférieure à 50 copies/ml. Aucun participant n’avait présenté de résistance aux inhibiteurs de l’intégrase dans le passé. Vu les risques inhérents à cette étude — on teste un traitement fondé sur un seul médicament —, les chercheurs ont pris soin de ne recruter que des personnes qui éprouvaient généralement des problèmes avec leur régime en cours et qui avaient peut-être besoin d’un régime simplifié. Les problèmes en question incluaient les suivants :

  • effets secondaires liés aux médicaments
  • autres maladies (comorbidités) trop difficiles à gérer à cause d’interactions entre les médicaments
  • VIH résistant à de nombreux traitements, nécessitant la prescription de régimes complexes et difficiles à suivre par les médecins

Les chercheurs ont fait état des résultats obtenus auprès de 33 participants dont ils ont remplacé le traitement (dans certains cas la monothérapie darunavir [Prezista] + ritonavir [Norvir]). Dans l’ensemble, les résultats laissent croire que le changement pour la monothérapie au dolutégravir pourrait s’avérer utile à certaines personnes, au moins à court terme.

Détails de l’étude

Les participants avaient le profil suivant au moment de s’inscrire à l’étude :

  • âge : 56 ans
  • 45 % d’hommes, 55 % de femmes
  • années écoulées depuis le diagnostic de VIH : 19
  • antécédents d’infections/complications liées au sida : 39 %
  • compte de CD4+ : 600 cellules/mm3
  • compte de CD8+ : 990 cellules/mm3
  • charge virale en VIH : moins de 37 copies/ml
  • années passées avec une charge virale indétectable : 8

Résultats

Après 24 semaines de monothérapie au dolutégravir, 32 participants sur 33 (97 %) avaient encore une charge virale indétectable. Aucun changement important ne s’est produit dans les comptes de cellules.

Chez un participant, les médecins ont détecté un « échec virologique de faible niveau » à la fin de la quatrième semaine de l’étude. Le participant en question avait une charge virale de 88 copies/ml. Les médecins ont demandé subséquemment un deuxième test de la charge virale qui a révélé une augmentation jusqu’à 155 copies/ml. Nous parlerons davantage de ce cas plus loin.

Changements dans d’autres tests sanguins

Dans l’ensemble, après 24 semaines de monothérapie au dolutégravir, les chercheurs ont trouvé que la plupart des participants avaient connu des baisses importantes et favorables des taux de lipides suivants dans leur sang :

  • triglycérides
  • cholestérol

Autres changements

Les médecins de l’étude ont fait les observations suivantes lorsque les participants ont changé leur traitement pour la monothérapie au dolutégravir :

  • aucune interaction médicamenteuse ne s’est produite entre le dolutégravir et les médicaments utilisés contre d’autres affections
  • les nausées, vomissements et/ou diarrhées, lesquels avaient été un problème pour certains participants avant l’étude, « se sont améliorés ou ont disparu chez neuf [participants touchés] sur 11 »
  • le risque de crise cardiaque a baissé
  • un participant atteint de lésions rénales a vu son état s’améliorer

Effets indésirables

Aucun participant n’a cessé de prendre le dolutégravir à cause d’effets secondaires.

Deux participants ont éprouvé des effets indésirables graves, que voici :

  • amputation d’un pied à cause de complications liées au diabète
  • syphilis

Notons toutefois qu’aucun de ces effets indésirables n’a été causé par le dolutégravir.

Accent sur un cas particulier

Selon les médecins, l’homme chez qui la monothérapie au dolutégravir a échoué avait des antécédents médicaux complexes.

Au moment de l’étude, le participant en question avait 52 ans et était séropositif depuis 12 ans. Durant cette période, il avait suivi 10 régimes différents, dont un comportant l’inhibiteur de l’intégrase raltégravir (Isentress). Son régime à base de raltégravir avait échoué, mais les techniciens ont été incapables de trouver des mutations ou des changements dans les gènes du VIH qui laissaient soupçonner une résistance au raltégravir.

Même s’il avait utilisé de nombreuses drogues dans le passé, l’homme a affirmé qu’il n’en avait pas consommé depuis deux ans. Depuis deux ans, il recevait comme traitement la combinaison darunavir (Prezista) + ritonavir à faible dose (Norvir). Comme la raison d’être du ritonavir dans un tel régime consiste à augmenter et à maintenir un taux élevé de darunavir, on peut décrire ce traitement antérieur comme une monothérapie au darunavir. Pendant la période où l’homme suivait sa monothérapie au darunavir, sa charge virale était inférieure à 37 copies/ml, ce qui suggère une bonne observation thérapeutique.

L’homme prenait également de nombreux autres médicaments, dont les suivants :

  • palipéridone (Invega Sustenna, Xeplion) : un médicament à longue durée d’action pour le traitement du trouble bipolaire et de la schizophrénie
  • trazodone : un antidépresseur
  • lorazépam (Ativan) : pour calmer son anxiété
  • losartan : pour traiter son hypertension
  • pitavastatine (Livalo) : pour réduire son taux de cholestérol élevé

Lorsque la charge virale du participant est devenue détectable à la quatrième semaine de l’étude, les médecins lui ont conseillé d’augmenter sa dose de dolutégravir à 50 mg deux fois par jour, mais il a refusé.

À la 24e semaine de l’étude, la charge virale de l’homme était détectable et se situait à 101 copies/ml. Cependant, lorsqu’ils ont utilisé des tests conventionnels pour analyser ses échantillons de sang, les techniciens ont été incapables de trouver de VIH résistant aux inhibiteurs de l’intégrase. Lorsqu’ils ont eu recours à des tests utilisés seulement dans le contexte de la recherche, ils ont trouvé qu’environ 7 % des cellules infectées par le VIH dans ses échantillons présentaient un degré de résistance modéré au dolutégravir.

Points à retenir

Lors de cette étude pilote non randomisée, les chercheurs ont constaté que certains participants déjà traités ne subissaient pas de méfaits évidents et semblaient même bénéficier du changement de traitement pour la monothérapie au dolutégravir. Cependant, comme nous l’avons déjà mentionné, cette étude n’était pas randomisée, comptait relativement peu de participants et s’est déroulée sur une période relativement courte. De plus, les participants ont été choisis avec soin. Un échec thérapeutique s’est produit chez un participant qui avait utilisé antérieurement le raltégravir (et qui avait également connu un échec thérapeutique sous l’effet de ce médicament). Comme le raltégravir s’apparente au dolutégravir sur le plan chimique, un VIH qui est résistant au raltégravir pourrait aussi présenter une certaine résistance au dolutégravir (et à l’elvitégravir, présent dans Stribild et Genvoya).

La monothérapie au dolutégravir en est encore à ses débuts, et de nombreuses autres recherches sont nécessaires.

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCE :

Rojas J, Blanco JL, Lonca M, et al. Dolutegravir monotherapy in HIV-infected patients with sustained viral suppression: a 24-week pilot study. 15th European AIDS Conference, 21-24 October 2015, Barcelona, Spain. Abstract LBPS 4/2.