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janvier 2016 

Le dolutégravir : interaction avec l’atazanavir pendant la grossesse

Des médecins de France ont rendu compte de l’utilisation du dolutégravir pour intensifier le traitement d’une femme séropositive enceinte. Le bébé en question est né prématurément et ne semble pas être infecté par le VIH. Il semble cependant que le régime de la mère ait augmenté et maintenu un taux élevé de dolutégravir chez le nouveau-né. Or il paraît heureusement que cette situation n’a pas nui au bébé.

Les médecins français ont suivi une femme séropositive enceinte dont la combinaison de médicaments anti-VIH puissants (TAR) a bien agi jusqu’à un stade avancé de sa grossesse. Puis, de façon inattendue, sa TAR a commencé soudainement à échouer, et sa charge virale est devenue détectable dans la 22e semaine de sa grossesse (279 copies/ml) et plus élevée encore dans la 32e semaine (453 copies/ml).

Le régime de la femme comprenait les médicaments suivants, qu’elle prenait une fois par jour :

  • Truvada (ténofovir 300 mg et FTC 200 mg)
  • atazanavir (Reyataz) 300 mg
  • ritonavir à faible dose (Norvir) 100 mg

Les médecins et des pharmacologues ont analysé des échantillons de sang entreposés de la femme et constaté que les taux de médicaments de son régime se situaient dans la fourchette de valeurs attendue. Cela laissait croire que l’aptitude de la femme à prendre ses médicaments n’était pas un problème. Ensuite, des techniciens ont évalué le VIH de la femme pour déterminer s’il avait acquis une résistance à son traitement. Ils ont découvert que le VIH était devenu résistant au FTC (et probablement au médicament apparenté 3TC [lamivudine]) et possiblement au ténofovir aussi. Comme la présence d’une charge virale indétectable chez la mère joue un rôle essentiel dans la protection du fœtus contre le VIH, les médecins ont décidé d’intensifier son traitement en y ajoutant 50 mg de dolutégravir une fois par jour afin que son régime entier consiste encore en une seule prise de médicaments par jour.

Le bébé est né prématurément à la 37e semaine et par  césarienne. Au moment de l’accouchement, la mère avait une charge virale indétectable. Les échantillons de sang extraits du placenta ne contenaient aucune cellule infectée par le VIH, ce qui porte à croire que le fœtus n’était pas infecté. Les médecins ont tout de même prescrit AZT par voie intraveineuse après l’accouchement en guise de précaution au cas où le bébé aurait été exposé au VIH.

Les chercheurs français ont également évalué le taux de dolutégravir dans le sang du bébé. Ils ont trouvé que, peu après l’accouchement et pendant les neuf premiers jours passés à l’extérieur de l’utérus, le bébé avait une forte concentration de dolutégravir dans le sang. En effet, la concentration du médicament atteignait le niveau que l’on s’attend à voir chez les adultes. En revanche, peu de temps après l’accouchement, les taux des autres médicaments utilisés par la mère pendant la grossesse étaient très faibles. Dix-huit jours après l’accouchement, la concentration de dolutégravir dans le sang du bébé était pratiquement nulle.

Selon les médecins, l’atazanavir que prenait la mère avait probablement retardé la dégradation et l’excrétion du dolutégravir, autant chez la mère que chez le fœtus (et plus tard chez le bébé). Notons aussi que les enzymes capables de dégrader le dolutégravir étaient immatures chez le bébé. Ces deux facteurs ont probablement contribué à maintenir un taux élevé de dolutégravir chez le nouveau-né. L’équipe a souligné que l’exposition accrue du fœtus au dolutégravir n’a pas semblé lui nuire. Il est vrai que le bébé est né prématurément, mais certaines analyses laissent croire que le risque d’accouchement prématuré est déjà plus élevé chez les femmes séropositives, qu’elles suivent une TAR ou pas.

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCES :

  1. Pain JB, Lê MP, Caseris M, et al. Pharmacokinetics of dolutegravir in a premature neonate after HIV treatment intensification during pregnancy. Antimicrobial Agents and Chemotherapy. 2015;59(6):3660-2.
  2. Schalkwijk S, Greupink R, Colbers AP, et al. Placental transfer of the HIV integrase inhibitor dolutegravir in an ex vivo human cotyledon perfusion model. Journal of Antimicrobial Chemotherapy. 2016; in press.
  3. Cotton MF, Holgate S, Nelson A, et al. The last and first frontier—emerging challenges for HIV treatment and prevention in the first week of life with emphasis on premature and low birth weight infants. Journal of the International AIDS Society. 2015 Dec 2;18(7 Suppl 6):20271.
  4. Xiao PL, Zhou YB, Chen Y, et al. Association between maternal HIV infection and low birth weight and prematurity: a meta-analysis of cohort studies. BMC Pregnancy Childbirth. 2015 Oct 8;15:246.
  5. Koss CA, Natureeba P, Plenty A, et al. Risk factors for preterm birth among HIV-infected pregnant Ugandan women randomized to lopinavir/ritonavir- or efavirenz-based antiretroviral therapy. Journal of Acquired Immune Deficiency Syndromes. 2014 Oct 1;67(2):128-35.

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