Point de mire sur la prévention

Printemps 2017 

La prévention du VIH pour les personnes qui s’injectent des drogues : nouvelles approches biomédicales et stratégies qui ont fait leurs preuves

par Camille Arkell

Au Canada, les personnes qui s’injectent des drogues sont affectées par le VIH de façon disproportionnée, en comparaison avec la population générale. Chez les personnes qui s’injectent des drogues, le VIH se transmet principalement par le partage de matériel d’injection, mais aussi par les relations sexuelles.

Dans cet article, nous examinons le risque de transmission du VIH par l’injection de drogues et nous explorons certains des facteurs qui contribuent à accroître ce risque parmi les personnes qui s’injectent des drogues. Nous examinons également des interventions efficaces pour réduire le risque de transmission du VIH parmi les personnes s’injectant des drogues, y compris les nouvelles approches biomédicales. En outre, nous offrons des recommandations aux fournisseurs de services de prévention du VIH à des personnes qui s’injectent des drogues.

Que savons-nous du risque de transmission du VIH par l’injection de drogues?

Très peu d’études ont tenté d’estimer le risque de transmission du VIH associé à une seule injection au moyen d’une aiguille contaminée par le VIH. À l’aide de modèles mathématiques, on a estimé que le risque par injection au moyen d’une aiguille contaminée par le VIH est d’environ 63 par 10 000 expositions.1 Ceci équivaut à un cas de transmission du VIH parmi 159 expositions à une aiguille contaminée par le VIH. Difficile pour des chercheurs d’estimer précisément ce risque, vu la difficulté de mesurer combien de fois une aiguille contaminée est partagée, ou de rendre compte d’autres facteurs comme la charge virale dans le sang contenu dans l’aiguille.

Le VIH peut également se transmettre lors du partage d’autres instruments d’injection, s’ils sont contaminés, comme les contenants de chauffage, les filtres et l’eau. En dépit de l’absence d’études estimant le risque associé à ces autres instruments d’injection, la recherche indique que le VIH peut être transmis par le partage de matériel usagé (une pratique qui a cours parmi les personnes s’injectant des drogues).2,3

Quels facteurs liés à l’injection accroissent le risque de transmission, pour les personnes s’injectant des drogues?

Nous savons que certains comportements accroissent le risque de transmission du VIH et que ces comportements ont encore cours parmi les personnes qui s’injectent des drogues au Canada. Dans des recherches réalisées dans diverses villes canadiennes entre 2010 et 2012 auprès de personnes s’injectant des drogues, plusieurs ont déclaré réutiliser des seringues et/ou aiguilles ainsi que d’autres types de matériel d’injection. Seize pour cent ont déclaré se faire des injections au moyen d’aiguilles usagées; et 35 % ont déclaré avoir utilisé d’autres types de matériel usagé, dans les six mois précédents.4 Cette étude a également observé des taux élevés de risques sexuels parmi les personnes qui s'injectent des drogues; seulement 37 % des répondants ont déclaré avoir utilisé un condom lors de leur plus récente relation sexuelle.4

Quels autres facteurs accroissent le risque de transmission chez les personnes s’injectant des drogues?

Des facteurs autres que le partage de matériel d’injection peuvent contribuer au risque pour le VIH, notamment la prévalence du VIH dans la communauté environnante et les facteurs socioéconomiques qui ont un impact sur la santé.

Les estimés nationaux relatifs au VIH ainsi que certaines études livrent une somme importante d’information sur l’épidémiologie du VIH parmi les personnes qui s’injectent des drogues au Canada. Les estimés nationaux de 2014 suggèrent que les personnes s’injectant des drogues sont 59 fois plus susceptibles de contracter le VIH que les personnes qui ne s’en injectent pas.5 On estime que 19 % des personnes vivant avec le VIH, au Canada, ont contracté le VIH par l’injection de drogues;6 mais cette proportion varie considérablement d’une région à l’autre du pays (de 10 % en Ontario à 74 % en Saskatchewan).7 Une étude auprès de personnes s’injectant des drogues dans des villes canadiennes a estimé que 11 % d’entre elles vivent avec le VIH.4 Ceci signifie qu’environ une personne sur dix s’injectant des drogues au Canada vit avec le VIH.

Ce type d’information est important car nous savons que plus il y a de personnes vivant avec le VIH dans une population donnée, plus il y a de chances d’exposition au VIH pour une personne qui a des comportements à risque, comme le sexe oral, anal ou vaginal ou le partage de matériel d’injection. Pour les personnes qui s’injectent des drogues, le risque d’exposition au VIH est donc accru, car les personnes qui font partie de leurs réseaux de consommation de drogues et/ou de partenaires sexuels sont plus susceptibles de vivre avec le VIH.

Bien que les comportements à risque à l’échelon individuel augmentent le risque pour le VIH parmi les personnes s’injectant des drogues, il est important également de prendre en considération les facteurs sociaux et structurels qui influencent le risque, pour cette population. Par exemple, les taux de consommation de drogues par injection sont plus élevés parmi les personnes à faible revenu, de même que le taux d’infection à VIH.8 En plus de la pauvreté, de nombreux facteurs affectent de façon disproportionnée les personnes qui s’injectent des drogues et contribuent à un risque accru pour le VIH.8,9

Quels moyens peuvent réduire le risque de transmission chez les personnes s’injectant des drogues?

Plusieurs interventions peuvent réduire le risque de transmission du VIH chez les personnes s’injectant des drogues. Les nouvelles approches biomédicales et les interventions de réduction des méfaits que nous décrivons ci-dessous peuvent avoir plusieurs objectifs interconnectés, en plus de la prévention du VIH – qu’il s’agisse d’arrimer des individus à des services de santé, de prévenir la transmission de l’hépatite C et d’autres infections transmissibles par le sang, ou de prévenir les surdoses ou d’autres préjudices associés aux drogues.

Nouvelles options biomédicales de prévention pour les personnes s’injectant des drogues

Depuis quelques années, une somme importante de recherches a porté sur les nouvelles stratégies biomédicales qui contribuent à prévenir la transmission sexuelle du VIH. Peu de recherches ont examiné l’efficacité des stratégies biomédicales à prévenir la transmission du VIH pour les personnes consommant des drogues, mais on s’attend à ce que ces approches aient un impact considérable pour les personnes s’injectant des drogues.

Le traitement comme outil de prévention

En plus d’améliorer la santé des personnes vivant avec le VIH, il est désormais clair que le traitement antirétroviral (TAR) a d’importants effets de prévention du VIH. Nous savons à présent qu’un TAR pris de façon régulière et le maintien d’une charge virale indétectable constituent une stratégie très efficace pour réduire le risque de transmission du VIH.

Vu l’important corpus de données probantes, nous savons aujourd’hui qu’une personne vivant avec le VIH qui prend un TAR, qui atteint une charge virale indétectable et qui la maintient à ce niveau a un risque négligeable de transmettre le VIH à des partenaires sexuels. Les données actuelles pour ce qui est des personnes qui s’injectent des drogues indiquent que cette approche fonctionne, mais nous n’avons pas suffisamment de données pour estimer le risque lorsque cette stratégie est utilisée de façon correcte et régulière.

Deux études écologiques, réalisées à Vancouver et à Baltimore, ont fait état de diminutions du nombre de nouvelles infections par le VIH au fil du temps et ont observé une association avec la diminution de la charge virale dans la communauté des personnes s’injectant des drogues.10,11 S’il est probable qu’un recours accru au TAR soit partiellement responsable du déclin observé du nombre de nouvelles infections, certains chercheurs ont néanmoins indiqué qu’il est difficile, avec ce type d’étude, de savoir dans quelle mesure cela peut être attribué par ailleurs à une augmentation des services de réduction des méfaits au cours de la même période.12 Toutefois, une récente étude de cohorte réalisée en Inde, parmi des personnes s’injectant des drogues, a observé une corrélation claire entre le traitement, la suppression virale et l’incidence du VIH.13 Bien qu’il n’existe pas actuellement d’estimation de l’efficacité, nous savons qu’une forte observance au traitement peut conduire à la suppression virale, chez les personnes qui s’injectent des drogues, et que la suppression virale a une forte valeur prédictive en lien avec la transmission du VIH.14

Cependant, le traitement du VIH ne peut conduire à des bienfaits de santé et de prévention que si les personnes s’injectant des drogues y ont accès. Malheureusement, les personnes qui s’injectent des drogues n’ont pas un accès équitable au TAR, dans le monde, ni dans des pays développés comme le Canada et les États-Unis.9,15 Elles sont moins susceptibles que d’autres personnes vivant avec le VIH de recevoir un TAR, et plus susceptibles d’avoir amorcé celui-ci à une phase plus avancée de l’infection à VIH ou de décéder sans même l’avoir amorcé.9 Des recherches, à Vancouver, ont observé que jusqu’à 50 % des personnes s’injectant des drogues ont abandonné le TAR prématurément et que 60 % de celles en traitement avaient une observance thérapeutique insuffisante.16,17 Ceci indique que des mesures additionnelles de soutien pourraient être nécessaires pour aider les personnes qui vivent avec le VIH et s’injectent des drogues à demeurer impliquées dans les soins et à être fidèles au traitement du VIH.

La recherche a identifié plusieurs facteurs individuels (comme une consommation plus intense de drogues et des troubles de santé mentale) qui peuvent limiter l’accès au TAR et l’observance thérapeutique à son égard, chez les personnes qui s’injectent des drogues. En contrepartie, le recours à un traitement de substitution aux opioïdes (TSO) a été associé à une meilleure observance dans la prise du TAR, ce qui met en relief l’importance d’une approche qui combine la réduction des méfaits et la prévention du VIH. Cependant, certains facteurs sociaux et structurels, comme la stigmatisation et l’exclusion sociale, l’instabilité du logement ainsi que la criminalisation, ont des effets néfastes sur la capacité des personnes consommant des drogues d’avoir accès à un TAR et d’y être fidèles.

La prophylaxie pré-exposition (PrEP)

La prophylaxie pré-exposition (PrEP) par voie orale consiste en l’utilisation de médicaments antirétroviraux par une personne séronégative pour le VIH, sur une base régulière, commençant avant l’exposition au VIH et se poursuivant après celle-ci. La PrEP orale est basée sur la prise d’une pilule appelée Truvada, constituée de deux médicaments antirétroviraux (ténofovir et emtricitabine). Nous savons toutefois que l’on peut contracter le VIH même si l’on utilise la PrEP dans des cas rares; et nous savons que la PrEP est plus susceptible d’être efficace si on l’utilise de façon correcte et régulière, ce qui consiste notamment à :

  • obtenir Truvada par le biais d’un fournisseur de soins de santé et prendre la pilule comme prescrit;
  • se faire dépister pour le VIH et les infections transmissibles sexuellement, initialement puis de façon régulière; et
  • avoir des rendez-vous médicaux tous les trois mois.

Santé Canada a approuvé la PrEP uniquement pour la réduction du risque de contracter le VIH par voie sexuelle. Toutefois, les lignes directrices canadiennes relatives à la PrEP et à la PPE (prophylaxie post-exposition), dont la publication est attendue au début de 2017, recommanderont également la PrEP pour les personnes s’injectant des drogues et ayant des comportements d’injection ou des pratiques sexuelles qui les exposent à un risque élevé de contracter le VIH. La PrEP à l’intention des personnes s’injectant des drogues est recommandée également dans les lignes directrices de la Colombie-Britannique et celles des U.S. Centers for Disease Control (CDC). C’est un outil de prévention du VIH dont l’efficacité a été démontrée et que toute personne ayant un risque élevé pour le VIH devrait pouvoir utiliser si elle le désire.

L’efficacité de l’utilisation orale quotidienne de ténofovir en PrEP par des personnes s’injectant des drogues a été mesurée dans le cadre d’un essai clinique contrôlé à grande échelle, en Thaïlande. Cette étude, la Bangkok Tenofovir Study, a observé une diminution de 49 % du risque de contracter le VIH chez les participants que le hasard a attribués au groupe recevant la PrEP, en comparaison avec ceux recevant un placébo.18 Cependant, une analyse additionnelle concernant l’observance à la PrEP a conclu à une diminution de 84 % du risque de contracter le VIH chez les participants qui prenaient la PrEP régulièrement, en comparaison avec ceux qui ne la prenaient pas régulièrement.19 Ce résultat met en relief l’importance d’une forte observance thérapeutique à la PrEP.

Bien que le ténofovir ne constitue pas la norme de soin en matière de PrEP (la norme étant Truvada, qui contient du ténofovir et de l’emtricitabine), les résultats de cette étude sont comparables à ceux d’études évaluant l’efficacité de Truvada en PrEP contre la transmission sexuelle du VIH. Ceci porte à croire que la PrEP procure également une protection aux personnes s’injectant des drogues. Cependant, étant donné que les personnes s’injectant des drogues sont à risque pour le VIH à la fois par l’injection de drogues et par les relations sexuelles, nous ne savons pas si l’effet protecteur s’applique au sexe, à l’injection de drogues ou à ces deux facteurs.

Les médicaments antirétroviraux sont dispendieux; Truvada pour la PrEP coûte approximativement 1 000 $ par mois. Au Canada, à l’heure actuelle, la PrEP n’est couverte que par certains régimes publics d’assurance-maladie et certains assureurs privés. À présent que la PrEP contre la transmission sexuelle du VIH est approuvée au Canada, il est probable qu’elle sera couverte par un nombre croissant de régimes d’assurance. Des activités de plaidoyer pourraient être nécessaires pour faire en sorte qu’elle soit couverte par les régimes provinciaux, territoriaux et provinciaux en matière de médicaments afin que les personnes qui en ont besoin puissent se la procurer.

Des militants et des chercheurs ont identifié plusieurs préoccupations liées à la PrEP pour les personnes s’injectant des drogues, en raison de craintes qu’on la priorise davantage que l’accessibilité et l’expansion d’autres programmes de réduction des méfaits et des services de traitement du VIH.15 De fait, l’accessibilité d’interventions dont l’efficacité est démontrée pour les personnes s’injectant des drogues, comme la distribution de seringues stériles et les sites d’injection supervisée, est déjà limitée,15 de même que l’accessibilité du traitement du VIH pour les personnes s’injectant des drogues.9

La prophylaxie post-exposition (PPE)

La prophylaxie post-exposition (PPE) consiste en l’utilisation de médicaments antirétroviraux par une personne séronégative pour le VIH dès que possible après une exposition potentielle au VIH (en commençant dans les 72 heures suivant l’exposition) afin de prévenir l’infection par le VIH. Nous savons toutefois qu’une personne exposée au VIH peut développer l’infection même si elle prend une PPE; et nous savons que la PPE est plus susceptible d’être efficace si on l’utilise de façon correcte et régulière, ce qui consiste notamment à :

  • obtenir la PPE par le biais d’un fournisseur de soins de santé;
  • prendre la PPE comme prescrit pendant 28 jours; et
  • amorcer la PPE le plus tôt possible après l’exposition potentielle.

Les lignes directrices canadiennes relatives à la PPE (et à la PrEP), à paraître, recommanderont la PPE comme option préventive pour les personnes qui s’injectent des drogues. Les gouvernements de quelques provinces et territoires, en plus des CDC des États-Unis et de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), ont déjà adopté des lignes directrices recommandant la PPE pour les personnes qui s’injectent des drogues et sont exposées au VIH.

Des recherches ont conclu que la PPE peut réduire de plus de 80 % le risque de contracter le VIH.20,21,22,23,24 Aucune n’a examiné exclusivement l’utilisation de la PPE par des personnes qui s’injectent des drogues, mais des données portent à croire que la PPE est efficace dans cette population car, dans certaines des études, un petit nombre de participants ont déclaré avoir été exposés au VIH par le partage de matériel d’injection de drogues.25,26

Stratégies de réduction des méfaits  qui ont fait leurs preuves

La distribution de seringues et d’aiguilles

Un moyen efficace pour prévenir la transmission du VIH est l’utilisation de matériel neuf pour chaque injection de drogue. Les programmes de seringues et d’aiguilles (PSA) distribuent des seringues neuves ainsi que d’autres types de matériel d’injection aux personnes qui s’injectent des drogues; de plus, ils offrent généralement d’autres services – information, counseling et orientation vers d’autres ressources. Les PSA sont généralement accessibles dans des lieux fixes, mais ils peuvent également être offerts d’autres façons : services mobiles, accès en pharmacie, machines distributrices ou programmes de proximité. Des examens des données probantes ont conclu que le recours à des PSA par les personnes s’injectant des drogues est associé à une diminution des taux d’injection à risque et de transmission du VIH.27,28,29,30 Il semble que les PSA sont encore plus efficaces lorsque combinés à un éventail de mesures de réduction des méfaits, comme les interventions éducatives et le TSO.27,30

Le traitement de substitution aux opioïdes (TSO)

Le traitement de substitution aux opioïdes (TSO), pour les personnes qui consomment des opiacés, consiste à prendre des médicaments d’ordonnance (comme la méthadone ou la buprénorphine) qui peuvent réduire les envies de consommer et contrer les symptômes de sevrage. Ces médicaments agissent sans procurer le même état euphorique ou l’ivresse que la consommation d’opiacés par injection, inhalation ou voie orale.31 Il a maintes fois été démontré que le TSO contribue à réduire ou éliminer l’injection de drogue et les comportements à risque associés à l’injection, et à réduire le taux d’infection par le VIH parmi les personnes s’injectant des drogues.31,32,33 Par exemple, une méta-analyse a estimé que l’utilisation d’un TSO par des personnes s’injectant des drogues était associée à une diminution de 54 % du risque de contracter le VIH, comparé à des personnes sans TSO.33

Les sites d’injection supervisée

Un site d’injection supervisée (SIS) est un lieu supervisé où des personnes qui consomment des drogues peuvent s’injecter dans des conditions propres et sécuritaires, des drogues qu’elles se sont procurées ailleurs. Il a été démontré que les SIS sont attrayants pour des personnes à risque accru pour le VIH, et qu’ils peuvent constituer des occasions importantes pour livrer une éducation sur la réduction des méfaits, distribuer du matériel d’injection et diriger des clients vers des programmes de traitement de la toxicomanie.34 Plusieurs études ont démontré que les SIS sont associés à une diminution des comportements d’injection à risque pour la transmission du VIH, comme le partage de seringues.34,35 Aucune étude n’a encore examiné directement si les SIS ont un impact ou non sur le nombre d’infections par le VIH parmi les personnes qui y ont recours.36 Cependant, une étude de modélisation examinant le rapport coût-efficacité de sites [envisagés] d’injection supervisée à Toronto et à Ottawa a estimé le nombre de cas d’infection par le VIH et par l’hépatite C qui pourraient être évités. On a estimé que la présence d’un à trois SIS à Toronto pourrait permettre d’éviter environ deux ou trois infections par le VIH par année dans chaque site; et qu’environ 15 à 20 cas d’hépatite C seraient évités en 20 ans dans chaque site. Pour ce qui concerne Ottawa, le nombre estimé de cas de VIH évités s’élève à entre six et 10 cas (pour un ou deux SIS) alors que le nombre de cas d’hépatite C évitables a été estimé à entre 20 et 35 par année dans chaque site.37

Les interventions éducatives

Les interventions pour éduquer les personnes s’injectant des drogues visent principalement à les informer sur les comportements à adopter ou à éviter afin de réduire les risques pour le VIH lors de l’injection de drogues ou pendant des relations sexuelles. Les interventions d’éducation à la réduction des risques qui ont été évaluées dans des travaux scientifiques intègrent diverses stratégies et méthodes de prestation.2 Par exemple, l’information sur la transmission du VIH ainsi que sur les comportements à risque et les stratégies de réduction des méfaits peut être livrée dans des séances de formation de pairs, dans le cadre du travail de proximité, par un counseling individuel, en groupe de discussion, par du matériel écrit, des vidéos, des démonstrations ou des séances de jeux de rôles. Ces types d’interventions peuvent différer grandement quant au lieu, à la population et à la combinaison des stratégies de réduction des méfaits utilisées, mais les données indiquent que les interventions éducatives peuvent avoir des effets modérés de réduction des comportements à risque.2,30

Couverture et portée

La couverture des services de réduction des méfaits doit être large, y compris dans les communautés rurales et éloignées, pour un impact réduisant la transmission du VIH parmi les personnes qui s’injectent des drogues. Par exemple, les PSA qui ne joignent pas suffisamment de personnes s’injectant des drogues ou qui ne leur distribuent pas suffisamment de matériel sont moins susceptibles de réduire les taux de transmission que les programmes ayant une plus grande étendue ou une portée plus large. On sait peu de choses de la couverture des programmes, au Canada, en raison d’une insuffisance de données.2 Toutefois, nous savons que la prévalence et l’incidence du VIH varient, à travers le pays, ce qui porte à croire que certains programmes ont une couverture et une portée plus larges que d’autres.

En dépit de l’efficacité démontrée de multiples interventions de réduction des méfaits, plusieurs de celles-ci n’ont pas encore été mises à l’échelle, pour les personnes s’injectant des drogues.15,38 Peu de SIS ont vu le jour au Canada, car jusqu’ici les communautés et les gouvernements ne les appuyaient pas fortement – mais le vent semble tourner : dans plusieurs régions du pays, on a préparé des demandes d’exemptions à la Loi réglementant certaines drogues et autres substances afin d’implanter de tels sites. De plus, en décembre 2016, la ministre fédérale de la Santé, Jane Philpott, a annoncé un projet de loi qui abolira des obstacles à l’ouverture de SIS et qui rendra plus facile l’instauration de tels services par les municipalités.

Recommandations aux intervenants qui offrent des services de prévention du VIH à des personnes s’injectant des drogues :

  • Offrir une variété de services de réduction des méfaits (comme la distribution de seringues, l’éducation pour l’injection plus sécuritaire, etc.) à l’aide de diverses méthodes de prestation (p. ex., sites fixes et mobiles, travail de rue et formation des pairs) et offrir des orientations vers d’autres services de réduction des méfaits et mesures de soutien, y compris le TSO. Pour plus de renseignements, consulter les Recommandations de pratiques exemplaires pour les programmes canadiens qui fournissent des services aux utilisateurs de drogues qui sont à risque pour le VIH, le VHC et d’autres méfaits pour la santé  – Partie 1.
  • Informer les clients de l’existence de nouvelles technologies biomédicales de prévention du VIH afin qu’ils soient au courant de toute la gamme des options qui s’offrent à eux.
    • Discuter de l’utilisation correcte et régulière de la PrEP et de la PPE, avec les clients. La PrEP ne convient pas à tout le monde, mais peut être envisagée par toute personne qui a un risque élevé de contracter le VIH. La PPE est offerte en cas d’urgence, lorsqu’il se peut qu’il y ait eu exposition au VIH (depuis moins de 72 heures). La PrEP et la PPE peuvent être combinées à d’autres stratégies de réduction des méfaits et aux relations sexuelles plus sécuritaires afin de réduire le risque de contracter le VIH.
    • Discuter de l’utilisation correcte et régulière du TAR par les personnes vivant avec le VIH afin d’arriver à une charge virale indétectable et de la maintenir à ce niveau. S’assurer que les clients vivant avec le VIH connaissent les bienfaits préventifs et de santé qui s’associent à un niveau indétectable de charge virale du VIH. Soutenir ces personnes ou les diriger vers des services de soutien approprié afin qu’elles parviennent à une charge virale indétectable et la maintiennent à ce niveau.
  • Fournir du matériel pour des relations sexuelles plus sécuritaires (comme des condoms, du lubrifiant, etc.) et du counseling afin de réduire le risque pour le VIH et d’autres infections transmissibles sexuellement.
  • Fournir des services de dépistage du VIH et de l’hépatite C (ou des orientations vers de tels services).
  • Arrimer les personnes vivant avec le VIH et/ou l’hépatite C à des soins et à des services de soutien.
  • Offrir des orientations vers d’autres services pour les clients, selon le cas, afin d’aider à répondre aux déterminants sociaux de la santé qui affectent le risque pour le VIH chez les personnes qui s’injectent des drogues (p. ex., assistance sociale et en matière de logement, services de santé mentale et en matière de toxicomanie, etc.).

Ressources

Références

  • 1. Patel P, Borkowf CB, Brooks JT, et al. Estimating per-act HIV transmission risk: a systematic review. AIDS. 2014 Jun 19;28(10):1509–19.
  • 2. a. b. c. d. Strike C, Hopkins S, Watson TM, et al. Recommandations de pratiques exemplaires pour les programmes canadiens de réduction des méfaits qui fournissent des services aux utilisateurs de drogues qui sont à risque de contracter le VIH et le VHC, et d’autres méfaits : Partie 1. Toronto, ON : Working Group on Best Practice for Harm Reduction Programs in Canada. 2013. Disponible à l’adresse : http://www.catie.ca/sites/default/files/bestpractice-harmreduction-fre.pdf
  • 3. WHO. Effectiveness of sterile needle and syringe programming in reducing HIV/AIDS among injection drug users. World Health Organization, 2004. Disponible à l’adresse : http://apps.who.int/iris/bitstream/10665/43107/1/9241591641.pdf
  • 4. a. b. c. Agence de santé publique du Canada. Résumé des résultats clés de la phase 3 du système I-Track (2010 à 2012). Division de la surveillance et de l’épidémiologie, Division des lignes directrices professionnelles et des pratiques de santé publique, Centre de la lutte contre les maladies transmissibles et les infections, Agence de santé publique du Canada, 2014. Disponible à l’adresse : http://www.catie.ca/fr/ressources/resume-resultats-cles-phase-3-systeme-i-track-2010-2012
  • 5. Yang Q, Ogunnaike-Cooke S, Halverson J, et al. Estimated national HIV incidence rates among key sub-populations in Canada, 2014. Presented at 25th Annual Canadian Conference on HIV/AIDS Research (CAHR), 12–15 May 2016, Winnipeg, Canada. Abstract EPH3.5.
  • 6. Agence de santé publique du Canada. Résumé : estimations de l'incidence, de la prévalence et de la proportion non diagnostiquée au VIH au Canada, 2014. Division de la surveillance et de l’épidémiologie, Division des lignes directrices professionnelles et des pratiques de santé publique, Centre de la lutte contre les maladies transmissibles et les infections, Agence de santé publique du Canada, 2015. Disponible à l’adresse : http://www.catie.ca/fr/ressources/resume-estimations-lincidence-prevalence-proportion-non-diagnostiquee-vih-canada-2014
  • 7. Agence de santé publique du Canada.  Actualités en épidémiologie du VIH/sida – Chapitre 1 : Estimations de la prévalence et de l’incidence de l’infection par le VIH au Canada pour 2011. Centre de la lutte contre les maladies transmissibles et les infections, Agence de santé publique du Canada, 2014. Disponible à l’adresse : http://www.catie.ca/fr/ressources/actualites-epidemiologie-vihsida-chapitre-1-estimations-prevalence-incidence-infection-vi
  • 8. a. b. Rhodes T, Singer M, Bourgois P, et al. The social structural production of HIV risk among injecting drug users. Social Science & Medicine. 2005 Sept;61(5):1026–44.
  • 9. a. b. c. d. Krusi A, Wood E, Montaner J, Kerr T. Social and structural determinants of HAART access and adherence among injection drug users. International Journal of Drug Policy. 2010;21:4–9.
  • 10. Wood E, Kerr T, Marshall BDL, et al. Longitudinal community plasma HIV-1 RNA concentrations and incidence of HIV-1 among injecting drug users: prospective cohort study. British Medical Journal. 2009 May 16;338:b1649.
  • 11. KirK G, Galai N, Astemborski J et al. Decline in community viral load strongly associated with declining HIV incidence among IDU: In: Proceedings of the 18th conference on Retroviruses and Opportunistic Infections; 27 Feb to 2 March 2011, Boston, MA, USA; 2011.
  • 12. Fraser H, Mukandavire C, Martin NK, et al. HIV treatment as prevention among people who inject drugs – a re-evaluation of the evidence. International Journal of Epidemiology. 2016 Aug 14. Epub ahead of print.
  • 13. Solomon SS, Mehta SH, McFall AM, et al. Community viral load, antiretroviral therapy coverage, and HIV incidence in India: a cross sectional, comparative study. The Lancet HIV. 2016;3:e183–90.
  • 14. Nolan S, Milloy MJ, Zhang R. Adherence and plasma HIV RNA response to antiretroviral therapy among HIV-seropositive injection drug users in a Canadian setting. AIDS Care. 2011; 23: 980–7
  • 15. a. b. c. d. Guise A, Albers ER, Strathdee SA. ‘PrEP is not ready for our community, and our community is not ready for PrEP’: pre-exposure prophylaxis for HIV for people who inject drugs and limits to the HIV prevention response. Addiction. 2016 Jun 8. Epub ahead of print.
  • 16. Kerr T, Marshall A, Walsh J, et al. Determinants of highly active antiretroviral therapy discontinuation among injection drug users. AIDS Care. 2005;17(5),539–49.
  • 17. Kerr T, Palepu A, Barness G, et al. Psychosocial determinants of adherence to highly active antiretroviral therapy among injection drug users in Vancouver. Antiviral Therapy. 2004;9(3): 407–14.
  • 18. Choopanya K, Martin M, Suntharasamai P, et al. Antiretroviral prophylaxis for HIV infection in injecting drug users in Bangkok, Thailand (the Bangkok Tenofovir Study): a randomised, double-blind, placebo-controlled phase 3 trial. The Lancet. 2013 Jun;381(9883):2083–90.
  • 19. Martin M, Vanichseni S, Suntharasamai P, et al. The impact of adherence to preexposure prophylaxis on the risk of HIV infection among people who inject drugs. AIDS. 2015 Apr 24;29(7):819–24.
  • 20. Cardo DM, Culver DH, Ciesielski CA, et al. A case-control study of HIV seroconversion in health care workers after percutaneous exposure. Centers for Disease Control and Prevention Needlestick Surveillance Group. New England Journal of Medicine. 1997 Nov 20;337(21):1485–90.
  • 21. Schechter M, do Lago RF, Mendelsohn AB, et al. Behavioral impact, acceptability, and HIV incidence among homosexual men with access to postexposure chemoprophylaxis for HIV. Journal of Acquired Immune Deficiency Syndromes. 2004 Apr 15;35(5):519–25.
  • 22. Barber TJ, Benn PD. Postexposure prophylaxis for HIV following sexual exposure. Current Opinion in HIV and AIDS. 2010 Jul;5(4):322–6.
  • 23. Poynten IM, Jin F, Mao L, et al. Nonoccupational postexposure prophylaxis, subsequent risk behaviour and HIV incidence in a cohort of Australian homosexual men. AIDS. 2009 Jun 1;23(9):1119–26.
  • 24. Heuker J, Sonder GJB, Stolte I, et al. High HIV incidence among MSM prescribed postexposure prophylaxis, 2000-2009: indications for ongoing sexual risk behaviour. AIDS. 2012 Feb 20;26(4):505–12.
  • 25. Tissot F, Erard V, Dang T, Cavassini M. Nonoccupational HIV post-exposure prophylaxis: a 10-year retrospective analysis. HIV Medicine. 2010;11:584–92.
  • 26. Kahn JO, Martin JN, Roland ME, et al. Feasibility of postexposure prophylaxis (PEP) against human immunodeficiency virus infection after sexual or injection drug use exposure: the San Francisco post-exposure prophylaxis Study. Journal of Infectious Diseases. 2001;183:707–14.
  • 27. a. b. Strike C, Watson TM, Gohil H, et al. Recommandations de pratiques exemplaires pour les programmes canadiens de réduction des méfaits qui fournissent des services aux utilisateurs de drogues qui sont à risque de contracter le VIH et le VHC, et d'autres méfaits : partie 2. Toronto, ON : Working Group on Best Practice for Harm Reduction Programs in Canada. 2015. Disponible à l’adresse : http://www.catie.ca/fr/ressources/recommandations-pratiques-exemplaires-les-programmes-canadiens-reduction-mefaits-qui-four
  • 28. Gibson D, Flynn N, Perales D. Effectiveness of syringe exchange programs in reducing HIV risk behaviour and HIV seroconversion among injecting drug users. AIDS. 2001;15:1329–41.
  • 29. Wodak A, Cooney A. Effectiveness of sterile needle and syringe programming in reducing HIV/AIDS among injecting drug users. Evidence for Action Technical Papers. 2004. Geneva: World Health Organization.
  • 30. a. b. c. Aspinall EJ, Nambiar D, Goldberg DJ, et al. Are needle and syringe programmes associated with a reduction in HIV transmission among people who inject drugs: A systematic review and meta-analysis. International Journal of Epidemiology. 2014;43(1):235–48.
  • 31. a. b. Tilson H, Aramrattana A, Bozzette SA, et al. Preventing HIV infection among injecting drug users in high-riskcountries: An assessment of the evidence. 2007. Washington: Institute of Medicine.
  • 32. Coffin PO, Rowe C, Santos GM. Novel interventions to prevent HIV and HCV among persons who inject drugs. Current HIV/AIDS Reports. 2015 Mar;12(1):145–63.
  • 33. a. b. MacArthur GJ, Minozzi S, Martin N, et al. Opiate substitution treatment and HIV transmission in people who inject drugs: systematic review and meta-analysis. British Medical Journal. 2012 Oct 4;345:e5945.
  • 34. a. b. Kerr T, Kimber J, Debeck K, et al. The role of safer injection facilities in the response to HIV/AIDS among injection drug users. Current HIV/AIDS Reports. 2007;4:158–64.
  • 35. Hedrich, D. European report on drug consumption rooms. 2004. Lisbon: European Monitoring Centre for Drug and Drug Addiction.
  • 36. MacArthur GJ, van Velzen E, Palmateer N, et al. Interventions to prevent HIV and Hepatitis C in people who inject drugs: a review of reviews to assess evidence of effectiveness. International Journal of Drug Policy. 2014 Jan;25(1):34–52.
  • 37. Bayoumi AM, Strike C, Jairam J, et al. Report of the Toronto and Ottawa Supervised Consumption Assessment Study, 2012. Toronto, Ontario: St. Michael’s Hospital and the Dalla Lana School of Public Health, University of Toronto.
  • 38. Escudero DJ, Lurie MN, Kerr T, et al. HIV pre-exposure prophylaxis for people who inject drugs: a review of current results and an agenda for future research. Journal of the International AIDS Society. 2014 Mar 27;17:18899. Disponible à l’adresse : http://www.jiasociety.org/index.php/jias/article/view/18899/3567

À propos de l’auteur

Camille Arkell est spécialiste en connaissances, Science biomédicale de la prévention chez CATIE. Elle détient une maîtrise de santé publique en promotion de la santé de l’Université de Toronto, et travaille en éducation et recherche sur le VIH depuis 2010.