Point de mire sur la prévention

Printemps 2015 

La prévention du VIH chez les couples sérodifférents : Un paradigme changeant

par James Wilton

On est souvent porté à croire que les couples sérodifférents (où un partenaire est séronégatif et l’autre séropositif) courent un « risqué élevé » de transmission du VIH, mais une nouvelle compréhension de la biologie de la transmission du VIH et l’avènement de nouvelles options en matière de prévention peuvent aider à réduire le risque de transmission au sein de ces couples à des niveaux très faibles, même négligeables. En fait, il est peut-être plus facile de prévenir la transmission du VIH dans les couples qui sont dans une relation sérodifférente que dans les couples qui sont dans d’autres types de relations comme les relations séronégatives séroconcordantes présumées (où les deux partenaires se croient séronégatifs) et les relations occasionnelles.

Cet article explore ce changement de paradigme concernant le risque de transmission du VIH et la manière dont les fournisseurs de services de première ligne peuvent aider les personnes qui sont dans une relation sérodifférente connue à réduire leur risque de transmission du VIH.

N.B. : Nous définissons un couple sérodifférent comme étant deux personnes (l’une séropositive et l’autre séronégative) qui entretiennent une relation sexuelle soutenue dans laquelle les deux partenaires se sont fait tester et ont ouvertement dévoilé leur statut sérologique.

Les relations sérodifférentes sont-elles chose courante?

Nous n’avons pas de bonnes estimations quant au nombre de personnes au Canada qui sont dans une relation sérodifférente. Bien que les études sur le VIH menées auprès de populations au Canada demandent souvent aux participants d’indiquer le statut sérologique de leurs partenaires sexuels, la pleine nature de leurs relations sexuelles est rarement explorée en détail.

Un nouveau paradigme en matière de risque de transmission du VIH

On pense souvent que les couples sérodifférents sont une population qui court un « risque élevé » de transmission du VIH. Il peut donc être surprenant d’entendre qu’on peut réduire le risque de transmission du VIH dans ces couples à des niveaux très faibles, voire négligeables, grâce aux nouvelles connaissances que nous avons acquises sur la biologie de la transmission du VIH et l’émergence de nouvelles options en matière de prévention du VIH.

Malheureusement, beaucoup de personnes sont encore craintives à l’idée d’entamer une relation sérodifférente, ce qui suggère que ces nouveaux renseignements sur la transmission et la prévention du VIH n’atteignent pas les personnes qui en ont besoin. Par exemple, lors d’une enquête téléphonique menée au Canada en 2011-2012 auprès de plus de 1 000 hommes gais et hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (HARSAH), 49 % d’entre eux ont dit qu’ils refuseraient d’avoir des relations sexuelles avec un homme séropositif, même s’ils étaient très attirés par celui-ci.1  De plus, 68 % des hommes séropositifs interrogés dans le cadre de cette enquête ont dit s’inquiéter d’être rejetés par les hommes gais et bisexuels de leur communauté à cause de leur statut sérologique.

Contrairement à la croyance populaire, il peut, en fait, être plus facile pour les couples dans des relations sérodifférentes de prévenir le VIH que pour ceux qui sont dans d’autres types de relations comme les relations séronégatives séroconcordantes présumées (où les deux partenaires se croient séronégatifs), parce que le fait d’être dans une relation sérodifférente peut :

  • Permettre d’envisager d’avoir recours à une thérapie antirétrovirale (TAR) comme stratégie de prévention du VIH. La TAR peut réduire la quantité de virus (charge virale) présente dans les liquides corporels d’un partenaire séropositif à des niveaux très bas, ce qui peut réduire considérablement le risque de transmission du VIH dans un couple.
  • Motiver les partenaires à adopter des stratégies de réduction du risque pour prévenir la transmission du VIH. Les personnes séronégatives qui ne sont pas dans une relation sérodifférente ont souvent de la difficulté à évaluer leur risque d’infection. Un faible risque perçu peut réduire la motivation à adopter des stratégies de réduction du risque.
  • Éliminer les incertitudes liées au statut sérologique d’un partenaire. Dans les relations séronégatives séroconcordantes, il peut être difficile de savoir avec certitude si les deux partenaires sont effectivement séronégatifs (surtout si la relation est non monogame). Si un partenaire est infecté par le VIH sans le savoir, le risque de transmission du VIH dans le couple peut être très élevé parce que la charge virale du partenaire séropositif est probablement élevée et le couple ne prend peut-être pas les précautions nécessaires.

La prévention du VIH peut aussi être plus facile pour les personnes dans des relations sérodifférentes stables, comparativement à celles qui sont dans des relations plus occasionnelles. Les personnes dans une relation stable ont davantage d’occasions d’échanger continuellement des renseignements importants – par ex., résultats de tests de dépistage du VIH et d’autres infections transmissibles sexuellement (ITS), mesure de la charge virale, etc. – permettant de prendre des décisions plus éclairées sur les relations sexuelles plus sécuritaires. Le soutien du partenaire peut aussi jouer un important rôle dans l’utilisation soutenue et correcte d’une stratégie de prévention du VIH.

Conseiller les couples sérodifférents et discuter du risque de transmission du VIH

Il existe plusieurs stratégies de prévention du VIH qui peuvent réduire considérablement le risque de transmission du virus dans les relations sérodifférentes. L’inclusion de renseignements sur ces stratégies dans l’éducation et le counseling des clients peut sensibiliser ces derniers à ces options et les aider à décider s’ils veulent les adopter. Étant donné qu’une utilisation inconstante et incorrecte peut être courante et compromettre l’efficacité d’une stratégie, le counseling peut aussi jouer un important rôle en aidant un couple à profiter au maximum des avantages qu’offrent ces stratégies sur le plan de la prévention.

Avant de discuter de stratégies hautement efficaces avec un client, vous voudrez peut-être tenir compte des points suivants :

Le counseling en couple

Tenir une séance de counseling simultanée avec les deux partenaires d’une relation sérodifférente (counseling en couple) peut être plus efficace pour ce qui est de réduire les comportements à risque que le fait de conseiller chaque partenaire individuellement.2  Le counseling en couple peut créer un espace propice où les partenaires peuvent parvenir à une entente consensuelle sur la manière de réduire leur risque de transmission du VIH et trouver des moyens de se soutenir mutuellement dans l’utilisation de stratégies de prévention de façon soutenue et correcte. On peut aussi aider les couples à discuter de questions potentiellement délicates liées à la prévention du VIH, telles que l’intimité sexuelle, la dynamique de la relation et s’il y a des partenaires sexuels en dehors de la relation. Grâce au counseling, les couples hétérosexuels peuvent aussi explorer si des projets de procréation peuvent influencer l’adoption de stratégies de prévention du VIH.

Évaluer le risque de base

Avant de discuter des stratégies de réduction du risque, les fournisseurs de services devraient chercher à connaître la nature des relations sexuelles du couple, s’ils perçoivent leur risque de transmission du VIH comme étant élevé ou faible (et corriger toute fausse idée à ce sujet), et dans quelle mesure ils sont à l’aise avec leur niveau de risque. Pour déterminer si le fait d’opter pour des activités comportant un risque de base plus faible de transmission du VIH est une option possible (par exemple, privilégier le sexe oral par rapport au sexe vaginal/anal ou diminuer la fréquence des relations sexuelles anales réceptives – où le partenaire séronégatif assume le rôle réceptif), il peut être important de discuter des types de relations sexuelles qui leur plaisent le plus, de leurs attentes à l’égard des relations sexuelles, et de comment rendre plus érotiques certains types de relations sexuelles comportant un risque plus faible. Si le risque de base d’un couple est très élevé, réduire ce risque à un niveau faible/négligeable peut nécessiter l’utilisation d’une combinaison de stratégies de prévention.

Communiquer le risque cumulatif

La possibilité d’expositions continues au VIH dans une relation sérodifférente signifie que le risque de transmission peut s’accumuler rapidement. Des stratégies hautement efficaces peuvent réduire le risque de transmission du VIH après une exposition unique à des niveaux très faibles ou négligeables, mais ces faibles risques peuvent s’accumuler et augmenter à long terme à cause d’expositions multiples. Combiner plus d’une stratégie de prévention du VIH peut aider à ralentir l’accumulation du risque et minimiser le risque de transmission du VIH à long terme dans un couple.

Explorer des stratégies de prévention hautement efficaces

Dans le présent article, les stratégies hautement efficaces sont définies comme étant des stratégies capables de réduire le risque de transmission du VIH de plus de 90 % lorsqu’elles sont utilisées correctement et de façon soutenue. Malheureusement, la recherche démontre que ces stratégies sont souvent utilisées de façon incorrecte et inconstante, ce qui peut diminuer leur efficacité à prévenir la prévention de la transmission du VIH. En d’autres mots, une stratégie hautement efficace peut devenir inefficace si elle est mal utilisée.

En discutant des options en matière de prévention avec les clients, il est important d’explorer dans quelle mesure un couple pourra utiliser une mesure de prévention donnée, afin de les aider à adopter la stratégie qui leur conviendra le mieux.

Utilisation de la thérapie antirétrovirale comme outil de prévention

La thérapie antirétrovirale (TAR) peut réduire la charge virale dans les liquides corporels d’une personne infectée par le VIH à des niveaux indétectables, ce qui peut réduire le risque de transmission du VIH lors de relations sexuelles anales ou vaginales. Plusieurs études démontrent que la TAR peut réduire le risque de transmission du VIH de 90 % ou plus lorsqu’elle est utilisée correctement et de façon soutenue.3,4,5

La recherche indique cependant que certains couples ne profitent pas au maximum des avantages qu’offre la TAR sur le plan de la prévention. Par exemple, dans une analyse combinant les résultats de neuf études, la TAR n’a réduit le risque de transmission du VIH dans les couples sérodifférents que de 42 %.5  En fait, deux études incluses dans l’analyse ont révélé que la TAR ne fournissait aucune protection contre la transmission du VIH. Bon nombre des participants à ces études ne recevaient peut-être pas de soins soutenus, n’observaient pas leur régime thérapeutique (l’observance de la TAR est importante pour maintenir la charge virale à un niveau indétectable) ou ne subissaient pas de tests de dépistage des ITS de façon régulière (des infections chez l’un ou l’autre des partenaires peuvent augmenter le risque de transmission du VIH).

Le counseling sur l’utilisation de la TAR comme outil de prévention devrait inclure :

  • Une discussion des effets préventifs de la TAR sur la transmission du VIH et des conditions qui peuvent maximiser son efficacité. Ces conditions comprennent 1) une charge virale sanguine indétectable pendant au moins six mois; 2) pas d’ITS non traitée chez ni l’un ni l’autre des partenaires; et 3) des visites médicales régulières pour surveiller la charge virale et dépister des ITS.
  • Encourager le couple à discuter régulièrement des résultats des tests de la charge virale, et insister sur le fait qu’il ne faut pas tenir pour acquis que la charge virale est indétectable.
  • Aider le couple à observer sa TAR et à s’impliquer dans des soins. Cela suppose d’explorer les obstacles potentiels à l’observance/l’implication (et comment les surmonter) et le rôle important que peut jouer le partenaire dans le soutien à l’observance.

Si le partenaire séropositif n’est pas en traitement à l’heure actuelle, le counseling devrait inclure :

  • Des renseignements sur les bienfaits pour la santé du traitement et sur ses effets secondaires potentiels. Cette information est importante pour s’assurer que la décision d’entamer une TAR est bien éclairée.
  • Une évaluation de l’état de préparation à entamer la TAR. On devrait s’assurer que le partenaire séropositif est prêt à s’engager à observer une thérapie antirétrovirale de façon soutenue et qu’il ne se sent pas contraint à le faire (par son partenaire ou son fournisseur de soins).
  • Aider à faciliter l’arrimage aux soins et l’accès au traitement si le partenaire séropositif ne reçoit pas de soins actuellement.

Condoms

Le condom est une barrière qui empêche les liquides corporels contenant du VIH d’entrer en contact avec les parties du corps qui sont vulnérables à l’infection par le VIH. Il existe deux principaux types de condoms : le condom externe (masculin) et le condom interne (féminin). Le condom externe se place sur le pénis en érection et le condom interne s’insère dans le vagin ou le rectum. Si un condom est utilisé correctement et ne se brise pas, ne glisse pas ou ne fuit pas, il n’y a alors aucun risque de transmission du VIH parce qu’il n’y a aucune exposition au virus. Les condoms sont la seule stratégie de prévention du VIH qui peut également réduire le risque de grossesse et de transmission d’ITS.

La recherche indique que de nombreuses personnes ont de la difficulté à utiliser les condoms de façon correcte. Par exemple, des analyses combinant les résultats d’études multiples ont permis de déterminer que l’utilisation assidue de condoms n’a réduit le risque de transmission du VIH que de 70 % à 80 %.6,7  Bien que les participants à ces études ont dit utiliser les condoms de façon assidue, beaucoup d’entre eux ne les utilisaient peut-être pas correctement. L’utilisation incorrecte des condoms peut compromettre l’efficacité de cette stratégie et la recherche démontre que les erreurs d’utilisation des condoms sont courantes.8 L’utilisation inconstante est aussi très répandue et peut réduire considérablement l’efficacité du condom.9

Le counseling sur les condoms devrait inclure :

  • L’offre gratuite de condoms et de lubrifiant.
  • Des renseignements sur la manière d’utiliser les condoms correctement – entre autres, comment les ouvrir, les placer et les enlever. On devrait également insister sur le fait que les condoms doivent être utilisés pendant toute la durée de la relation sexuelle, en combinaison avec un lubrifiant compatible avec le type de condom utilisé. Plusieurs tailles et formes de condoms externes sont disponibles et le fait d’encourager un couple à trouver une marque offrant un bon ajustement et une bonne sensation peut aider à prévenir le bris et le glissement, tout en augmentant le plaisir.
  • Une exploration des obstacles à l’utilisation assidue de condoms et prestation d’un soutien pour les surmonter. Parmi les obstacles à une utilisation assidue des condoms, citons leur non-disponibilité au moment des relations sexuelles, la dysfonction érectile, une intimité ou un plaisir réduit, et le manque de confort. Parmi les solutions possibles à discuter avec les clients, il y a la planification préalable, le fait de s’assurer que des condoms sont disponibles, l’utilisation d’un lubrifiant et le choix d’une marque offrant un meilleur ajustement et qui procure une meilleure sensation. On devrait discuter du condom interne avec les couples comme une solution de rechange possible au condom externe (pour le sexe anal et vaginal). Pendant la séance de counseling, il y aura peut-être lieu d’examiner également la relation entre les condoms et l’intimité et d’encourager les clients à chercher à obtenir des conseils médicaux pour la dysfonction érectile.

Prophylaxie pré-exposition (PrEP)

La PrEP désigne l’utilisation continue de médicaments antirétroviraux par une personne séronégative en vue de réduire son risque d’être infectée par le VIH. Plusieurs études démontrent que l’utilisation quotidienne d’une pilule appelée Truvada comme PrEP peut réduire le risque de transmission du VIH lors des relations sexuelles anales ou vaginales.10  Des analyses de deux études indiquent que la PrEP peut réduire de plus de 90 % le risque d’infection par le VIH lorsqu’elle est utilisée correctement et de façon soutenue. 11,12 La PrEP suppose aussi de consulter régulièrement un fournisseur de services pour suivre les effets secondaires, dépister des ITS et recevoir des ordonnances pour d’autres pilules. Bien que la PrEP n’ait pas été approuvée au Canada, elle est actuellement disponible sous forme d’ordonnances « non conformes » auprès de fournisseurs de soins. Les ordonnances utilisées de façon « non conforme à l’étiquette » ne sont pas interdites au Canada et sont courantes pour certains types de médicaments.

La recherche démontre que l’utilisation efficace de cette stratégie peut s’avérer difficile. Par exemple, une analyse combinant les résultats de plusieurs études a révélé que la PrEP ne réduisait que de 47 %13  le risque d’infection par le VIH. En fait, deux des études analysées ont révélé que la PrEP n’offrait aucune protection contre l’infection par le VIH. Plusieurs des participants à ces études ne prenaient pas leurs pilules de façon assidue et avaient aussi de la difficulté à rester impliqués dans les services de PrEP (et n’ont donc peut-être pas reçu de nouvelle ordonnance de la part de leur fournisseur de services).

Le counseling sur la PrEP devrait inclure :

  • Des renseignements sur la PrEP et une aide pour déterminer si elle constitue la bonne solution pour le couple. Cela devrait inclure une évaluation du risque d’infection par le VIH car la PrEP n’est recommandée que pour les personnes séronégatives qui courent un « risque élevé » d’infection (étant donné qu’elle est dispendieuse et peut entraîner des effets secondaires). Discuter des risques et des avantages qu’il y a à entamer une PrEP peut aider à prendre une décision éclairée au sujet de cette stratégie. Si un couple utilise déjà une stratégie de prévention hautement efficace de façon correcte et soutenue (par ex., condoms et/ou TAR comme outil de prévention), les risques/coûts de la PrEP pourraient dépasser les avantages de cette dernière parce que le risque de transmission du VIH est peut-être déjà très faible.
  • Une aide pour trouver 1) un fournisseur de soins disposé à prescrire la PrEP et 2) un moyen de couvrir les coûts. On devrait encourager les clients à discuter de la PrEP avec leur médecin de famille ou avec le médecin qui prescrit la TAR au partenaire séropositif. Les clients devraient aussi communiquer avec leur compagnie d’assurance maladie privée (s’il y a lieu) pour déterminer si le coût de la PrEP est couvert. Ils devraient également communiquer avec leur régime public d’assurance maladie puisque ce dernier couvre peut-être une partie ou la totalité des coûts dans certaines provinces et territoires.
  • Un soutien pour l’observance et l’implication dans les services de PrEP. Cela devrait inclure un examen des obstacles potentiels à l’observance/l’implication (et la manière de les surmonter) et du rôle important que peut jouer un partenaire dans le soutien à l’observance.

Technologies reproductives

L’utilisation de la TAR et de la PrEP à des fins de prévention est efficace et sans danger pour les couples qui veulent procréer en ayant des relations sexuelles sans condom et réduire leur risque de transmission du VIH. Il existe toutefois d’autres mesures de prévention hautement efficaces et spécifiques à la reproduction dont on devrait discuter avec les clients. Ces mesures comprennent, entre autres, le lavage du sperme et la reproduction assistée.14

Autres mesures de prévention

Voici une description de stratégies de prévention du VIH qui ne sont pas hautement efficaces lorsqu’elles sont utilisées seules, mais qui peuvent aider à réduire le risque global de transmission du VIH dans un couple lorsqu’elles sont combinées à des stratégies hautement efficaces.

Prophylaxie post-exposition (PPE)

La PPE désigne l’utilisation de médicaments antirétroviraux par une personne séronégative pour réduire le risque d’infection par le VIH après une exposition unique au virus.15  La PPE doit être entamée le plus tôt possible (mais généralement dans les 72 heures) après une exposition et comprend la prise de médicaments tous les jours pendant un mois entier. La PPE ne doit pas être utilisée comme méthode courante de prévention de l’infection par le VIH, mais seulement en cas d’urgence. Elle suppose également plusieurs visites au fournisseur de services pour suivre les effets secondaires et dépister le VIH.

La recherche démontre que la PPE est efficace pour ce qui est de réduire le risque d’infection par le VIH après une exposition au virus.15  Toutefois, si on attend trop longtemps avant de l’entamer, si on ne prend pas la pilule tous les jours et si l’on s’expose de nouveau au VIH pendant qu’on utilise cette stratégie, cela peut réduire l’efficacité de cette dernière.16

Le counseling devrait inclure :

  • Une discussion des circonstances dans lesquelles la PPE constitue un outil de prévention approprié. Étant donné son coût et ses effets secondaires, la PPE ne devrait être utilisée que dans le cas d’expositions à « risque élevé ».  Une discussion des risques et des avantages liés à la PPE peut aider le client à prendre une décision éclairée sur les types d’expositions pour lesquels on devrait recourir à la PPE. Si un couple utilise déjà une stratégie de prévention hautement efficace de façon correcte et soutenue (par ex., condoms et/ou TAR comme outil de prévention), les risques/coûts de la PPE pourraient dépasser les avantages parce que le risque de transmission du VIH est peut-être déjà très faible. Les couples voudront peut-être recourir à la PPE si aucune stratégie hautement efficace n’est utilisée ou si ces stratégies ont été compromises comme, par exemple, si un condom se déchire, si on rate une dose d’antirétroviral, si une ITS est présente ou s’il y a déchirure des membranes muqueuses génitales ou anales.
  • Une aide pour élaborer un plan apte à assurer un accès rapide à la PPE en cas de besoin. Idéalement, cette planification devrait s’effectuer avant qu’on ait besoin de la PPE, afin de s’assurer qu’on puisse avoir rapidement accès à cette dernière en cas de besoin. On devrait communiquer avec les services d’urgence des hôpitaux locaux pour déterminer si la PPE est disponible et combien elle coûte. Les services d’urgence sont l’endroit idéal pour avoir accès à la la PPE puisqu’ils sont habituellement ouverts 24 heures sur 24.  On peut aussi avoir accès à la PPE auprès d’un médecin de famille, du spécialiste en VIH du partenaire séropositif ou dans les cliniques de santé locales. On devrait tenter de déterminer si le régime public d’assurance maladie couvre une partie ou la totalité des coûts de la PPE. Si le client dispose d’une assurance maladie privée, on devrait l’encourager à communiquer avec sa compagnie d’assurance pour savoir si les coûts de la PPE sont couverts.
  • Soutien pour l’observance et l’implication dans les services de PPE. Cela devrait inclure un examen des obstacles potentiels à l’observance/l’implication (et la manière de les surmonter) et du rôle important que peut jouer un partenaire dans le soutien à l’observance.

Prise en charge des ITS

La présence d’infections transmissibles sexuellement chez le partenaire séropositif ou séronégatif peut augmenter le risque de transmission du VIH. 17  La prévention et le traitement des ITS peuvent donc réduire le risque de transmission du VIH dans un couple.

Pendant le counseling, on devrait encourager les couples à subir des tests de dépistage d’ITS (et traiter toute infection détectée) avant d’avoir des relations sexuelles susceptibles d’entraîner la transmission d’ITS ou du VIH. S’il s’agit d’une relation non monogame et qu’il y a d’autres partenaires sexuels, le couple voudra peut-être subir régulièrement des tests de dépistage d’ITS. On devrait conseiller aux couples d’utiliser des condoms lorsqu’il y a risque de transmission d’ITS.

Ententes sexuelles/sécurité négociée

Pendant le counseling, on devrait encourager les couples à discuter de la nature de leur relation (monogame ou non monogame) et à divulguer s’il y a des partenaires sexuels en dehors du couple. Les relations sexuelles avec des partenaires externes peuvent introduire des ITS dans la relation principale, ce qui peut augmenter le risque de transmission d’ITS et du VIH. De plus, chez les couples sérodifférents, le principal risque d’infection par le VIH pour le partenaire séronégatif peut provenir de partenaires sexuels externes.3,4

Afin de prévenir l’introduction d’ITS dans la relation, on devrait, pendant le counseling, encourager et aider les couples non monogames à élaborer des ententes sexuelles indiquant ce qu’il est permis (et interdit) de faire avec des partenaires en dehors de la relation. On devrait également souligner l’importance de la divulgation lorsqu’on contrevient à une entente, puisque la divulgation peut aider à prendre des décisions éclairées sur le dépistage et la prévention des ITS.

Conclusion

Plusieurs stratégies sont disponibles pour prévenir la transmission du VIH au sein des couples sérodifférents. Bien que ces stratégies peuvent réduire considérablement le risque de transmission du VIH, la recherche démontre qu’une utilisation incorrecte ou non assidue de ces stratégies peut diminuer leur efficacité. Les fournisseurs de services de première ligne peuvent jouer un rôle clé en aidant les couples sérodifférents à choisir parmi ces stratégies de prévention du VIH, à y avoir accès, à en adopter et à en faire un usage optimal.

Ressources

Évaluer le risque de base et communiquer le risque cumulatif

Chiffrer les risques lors d'une exposition au VIHPoint de mire sur la prévention

Défis liés à la communication des risques de transmission du VIHPoint de mire sur la prévention

Utilisation de la thérapie antirétrovirale comme outil de prévention

Le VIH : la charge virale, le traitement et la transmission sexuelle – Feuillet d’information de CATIE

Le traitement et la charge virale : que savons-nous de leurs répercussions sur la transmission du VIH?Point de mire sur la prévention

Le risque de transmission du VIH lorsque la charge virale est indétectable et qu'aucun condom n'est utilisé (aperçu de l’étude PARTNER) – Nouvelles CATIE

Le Québec adopte un consensus d'experts sur la charge virale et le risque de transmission du VIHNouvelles CATIE

Principes directeurs sur l'utilisation du traitement antirétroviral comme outil de prévention : une déclaration de consensus communautaire international  – Nouvelles CATIE

Lignes directrices unifiées sur la prévention du VIH, le diagnostic, le traitements et les soins pour les populations clés – Organisation mondiale de la santé (OMS)

Énoncé de position sur l'utilisation de la thérapie antirétrovirale pour réduire la transmission du VIH – The British HIV Association (BHIVA) and the Expert Advisory Group on AIDS (EAGA)

Condoms

Les condoms : infaillibles?Point de mire sur la prévention

Haute prévalence d'erreurs et de problèmes d'usage du condom – conséquences pour les messages visant la prévention du VIH Nouvelles CATIE

Prophylaxie pré-exposition

La prophylaxie pré-exposition (PPrE ou PrEP) – Feuillet d’information de CATIE

Intégrer la PPrE à la pratique : une mise à jour sur la recherche et la mise en œuvre  – Point de mire sur la prévention

Approbation du Truvada aux États-Unis comme moyen de prévenir l'infection au VIHNouvelles CATIE

L'utilisation de la PPrE aux États-UnisNouvelles CATIE

La PPrE dans le « vrai monde » : résultats de l'essai de prolongation ouvert iPrEX – Nouvelles CATIE

Lignes directrices unifiées sur la prévention du VIH, le diagnostic, le traitements et les soins pour les populations clés – Organisation mondiale de la santé (OMS)

La prophylaxie pré-exposition pour la prévention de l'infection par le VIH aux États-Unis : ligne directrice pour la pratique clinique – Centers for Disease Control and Prevention

Technologies reproductives

Lignes directrices canadiennes en matière de planification de la grossesse en présence du VIH – La Société des obstétriciens et gynécologues du Canada

Prophylaxie post-exposition

La prophylaxie post-exposition (PPE) – Feuillet d’information de CATIE

La prophylaxie post-exposition (PPE) : Peut-on empêcher l'infection du VIH après une exposition?Point de mire sur la prévention

Le programme de PPE à la clinique l’ActuelConnectons nos programmes

Prise en charge des ITS

Les infections transmissibles sexuellement : quel rôle jouent-elles dans la transmission du VIH?Point de mire sur la prévention

Références

 

 

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À propos de l’auteur

James Wilton est le coordonnateur du projet de prévention du VIH par la science biomédicale pour CATIE et termine actuellement sa maîtrise en santé publique, avec une spécialisation en épidémiologie, à l’Université de Toronto. Il a également obtenu un diplôme de premier cycle en microbiologie et immunologie de l’Université de la Colombie-Britannique (UBC).