Point de mire sur la prévention

Printemps 2014 

Intégrer la PrEP à la pratique : une mise à jour sur la recherche et la mise en œuvre

par James Wilton

Depuis la publication de cet article, de nouvelles informations sont devenues disponibles. Pour obtenir l’information la plus à jour, veuillez consulter la Déclaration de CATIE sur l’utilisation de la prophylaxie pré-exposition (PrEP) pour prévenir la transmission sexuelle du VIH.

L’utilisation de comprimés Truvada une fois par jour, en prophylaxie pré-exposition (PrEP ou PPrE en français), est une nouvelle stratégie de prévention du VIH dont l’efficacité a récemment été confirmée par des essais cliniques. En dépit de l’espoir et de l’excitation considérables qu’a suscités cette nouvelle, la PrEP est peu utilisée au Canada, à l’heure actuelle, et plusieurs questions restent sans réponse quant à la façon de mettre en œuvre cette stratégie de manière sécuritaire et efficace.

Dans cet article, nous examinons la recherche effectuée sur la PrEP, les mesures prises pour intégrer cet outil dans la pratique ainsi que le rôle que peuvent jouer les fournisseurs de services dans sa mise en œuvre sécuritaire et efficace au Canada.

Notions élémentaires

La PrEP est l’utilisation continue, par une personne séronégative, de médicaments contre le VIH afin de réduire son risque de contracter le VIH. Il s’agit d’un moyen possible de prévention du VIH pendant des périodes où une personne coure un « risque élevé » d’infection par le VIH.

Plusieurs types de PrEP pourraient être possibles et sont présentement à l’étude, mais un seul a été déclaré efficace après plusieurs essais cliniques et approuvé par la Food and Drug Administration (FDA), aux États-Unis. Cette forme de PrEP consiste à prendre chaque jour une pilule appelée Truvada (en débutant avant une exposition potentielle au VIH et en continuant après l’exposition). Truvada est une pilule qui contient deux médicaments anti-VIH (le ténofovir et l’emtricitabine). Le ténofovir seul s’est également révélé efficace dans deux essais cliniques sur la PrEP.

Avant que son efficacité soit démontrée pour la PrEP, Truvada était largement utilisé (et il l’est encore) en combinaison avec d’autres médicaments pour traiter l’infection à VIH. De plus, il est utilisé en combinaison avec d’autres médicaments pour prévenir l’infection par le VIH après une exposition comportant un risque élevé d’infection (prophylaxie post-exposition – PPE).

Dans le présent article, nous définissons la PrEP comme étant l’utilisation quotidienne d’une pilule de Truvada, mais il est important de mentionner que d’autres types de PrEP sont actuellement examinés dans le cadre d’essais cliniques. Par exemple, l’essai IPERGAY – qui est réalisé à Montréal et en France – examine l’efficacité de Truvada pris de façon intermittente (plutôt que sur une base quotidienne).

Plus qu’une pilule par jour

L’utilisation quotidienne de Truvada en PrEP est un outil destiné aux personnes séronégatives et qui ont un « risque élevé » de contracter le VIH. Par conséquent, cette utilisation doit être précédée d’un dépistage du VIH [pour confirmer la séronégativité] et d’une évaluation du risque afin de déterminer si le degré de risque fait de l’individu un bon candidat (admissible) à la PrEP.

Les personnes qui sont admissibles à la PrEP et qui décident de l’utiliser doivent s’engager à des rendez-vous médicaux périodiques (généralement aux trois mois). Lors de chaque visite, le médecin procède à une vérification pour déceler tout effet secondaire et toute toxicité, et effectue un dépistage du VIH (car, si le dépistage du VIH est positif, la PrEP ne doit plus être utilisée) et d’autres infections transmissibles sexuellement (ITS). La PrEP ne procure pas de protection contre d’autres ITS, comme la gonorrhée, la chlamydia, l’herpès et la syphilis — et leur présence peut réduire la capacité de la PrEP à prévenir l’infection par le VIH.

De plus, la PrEP doit être accompagnée d’un soutien continu pour favoriser l’observance, de même que de services additionnels de prévention du VIH – comme le counseling sur la réduction des risques et l’accès à des condoms. Il est important d’évaluer régulièrement le degré de risque pour déterminer si un utilisateur de la PrEP a encore un « risque élevé » et demeure admissible à la PrEP.

Utile… seulement si on la prend

Plusieurs essais cliniques contrôlés contre placebo ont examiné l’efficacité de Truvada pris quotidiennement en PrEP. Ces essais démontrent que la PrEP peut réduire le risque d’infection par le VIH, chez des individus de diverses populations incluant les hommes gais, hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (HARSAH), femmes trans qui ont des relations sexuelles avec des hommes, personnes qui s’injectent des drogues, et hétérosexuels des deux sexes.

Dans l’ensemble, les estimations de l’efficacité de la PrEP dans ces essais cliniques varient fortement, allant de 0 à 75 %.1,2,3,4,5,6 Le consensus parmi les chercheurs est que ce large écart est dû aux différences d’observance dans la prise des pilules parmi les participants aux essais cliniques, puisque certains participants ne les prenaient que de façon occasionnelle, et d’autres ne les ont pas prises du tout.7

Par exemple, l’essai iPrEX a établi à 44 % l’efficacité générale de la PrEP, mais des examens plus poussés ont démontré que seulement la moitié de ses participants avaient des médicaments anti-VIH dans leur sang – ce qui indique que plusieurs n’ont pas pris leurs pilules de façon régulière.1 Par conséquent, le résultat de 44 % est une sous-estimation de l’efficacité de la PrEP qui serait prise en toute conformité à l’ordonnance. Dans deux autres essais cliniques, l’observance chez les participants a été si faible que l’on a conclu que la PrEP n’était pas plus efficace qu’un placebo, pour réduire le risque de contracter le VIH.3,6,7

On ne sait pas clairement à quel point la PrEP peut réduire le risque d’infection par le VIH lorsqu’elle est prise avec régularité. Dans l’étude iPrEX, les participants affectés au hasard à la PrEP et ayant déclaré une observance supérieure à 90 %, dans la prise quotidienne des médicaments, avaient 73 % moins de chances de contracter le VIH, comparativement aux participants affectés au hasard à la prise d’un placebo et ayant également déclaré une forte observance.

Certaines études ont limité leurs analyses aux participants affectés au hasard à la prise de la PrEP (en ignorant les participants affés à la prise d’un placebo). Elles ont comparé le risque d’infection par le VIH de ceux dont le sang contenait des médicaments anti-VIH (ce qui porte à croire qu’ils utilisaient la PrEP avec régularité), à celui des participants dont le sang ne contenait pas ces médicaments. D’une façon prometteuse, ces analyses donnent à croire que l’utilisation constante de la PrEP pourrait contribuer à réduire de plus de 90 % le risque d’infection par le VIH.1,2,8

Cependant, puisque ces analyses se concentrent sur les individus affectés à la PrEP et que la randomisation n’a pas servi à déterminer lesquels avaient ou non des médicaments dans leur sang, leurs conclusions sont observationnelles (non protégées par la randomisation). En général, on considère les conclusions observationnelles comme moins fortes que les preuves randomisées parce qu’elles peuvent s’expliquer en partie par d’autres facteurs, qui ne sont pas pris en compte.

Bien que la recherche sur son efficacité puisse être difficile à interpréter, l’idée générale est que la PrEP fonctionne : elle fonctionne si on l’utilise fidèlement.

[MISE À JOUR : À l'heure actuelle, la PrEP consiste en l'utilisation quotidienne de Truvada à titre préventif. Comme nous l'expliquons ci-dessous, Truvada est le seul genre de PrEP approuvé actuellement par l'agence de réglementation américaine et est recommandé par l'Organisation mondiale de la santé et les Centers for Disease Control and Prevention. Une étude récente du nom d'IPERGAY a toutefois révélé qu'une stratégie fondée sur l'usage intermittent et « sur demande » de Truvada était efficace pour les hommes gais qui avaient fréquemment des relations sexuelles. Malgré cette recherche, Truvada demeure le seul genre de PrEP recommandé par les autorités de la santé.]

La PrEP semble sécuritaire et bien tolérée

L’utilisation de Truvada pour la PrEP semble généralement sécuritaire et bien tolérée. Lors d’essais cliniques, certains participants (10 % ou moins) ont développé une légère nausée, la diarrhée, des maux de tête et/ou une perte de poids, mais ces effets secondaires ont disparu pour la plupart après quelques semaines d’utilisation.1,2,3,4,5,6

Les effets à long terme de l’utilisation de la PrEP sur la santé sont peu connus, puisque la plupart des essais cliniques n’ont duré que quelques années. Toutefois, une diminution de la teneur minérale osseuse et une détérioration de la santé rénale sont observées chez certaines personnes séropositives au VIH qui prennent Truvada dans leur traitement anti-VIH à long terme. Des toxicités semblables ont été notées chez une proportion très faible d’utilisateurs de la PrEP, mais les dommages aux reins se sont résorbés après l’arrêt de la PrEP.

Une autre inquiétude est le développement possible d’une résistance médicamenteuse. Si une personne séronégative au VIH devenait séropositive alors qu’elle utilise la PrEP, son virus pourrait devenir résistant au Truvada. Cela est dû au fait que Truvada doit être utilisé en combinaison avec d’autres médicaments anti-VIH pour contrôler efficacement la réplication du virus et traiter l’infection. L’utilisation de Truvada seul, chez une personne séropositive au VIH, pourrait permettre au virus de muter et de devenir résistant au médicament. Le développement d’une résistance médicamenteuse pourrait limiter les futures options de traitement.

Dans les essais cliniques, les participants qui ont amorcé la PrEP alors qu’ils étaient déjà séropositifs au VIH (leur infection ayant échappé au dépistage initial, puisque récemment contractée et encore dans la « période fenêtre ») avaient un risque très élevé de développer une résistance médicamenteuse. En revanche, ceux qui ont amorcé la PrEP alors qu’ils étaient séronégatifs et qui ont contracté l’infection pendant qu’ils l’utilisaient ont semblé avoir un risque très faible de résistance médicamenteuse.

On ne sait pas clairement si les risques d’effets secondaires, de toxicité et de résistance médicamenteuse observés lors d’essais cliniques seront les mêmes en situation réelle d’utilisation de la PrEP. Il est possible que les essais cliniques aient sous-estimé ces risques, puisqu’une forte proportion des participants n’utilisait pas la PrEP de façon régulière.

Ajouter la PrEP à la pratique – où en sommes-nous dans la mise en œuvre?

À présent que des recherches ont livré des résultats et que nous savons que l’utilisation quotidienne de Truvada peut être sécuritaire et efficace, que fait-on (ou pas) pour intégrer la PrEP dans les pratiques, au Canada et dans d’autres pays?

Approbation des instances de réglementation

Truvada est approuvé pour le traitement des personnes vivant avec le VIH, dans la plupart des pays; mais les États-Unis sont le seul pays où il a été approuvé également pour la prévention de l’infection par le VIH.

Santé Canada (l’instance de réglementation canadienne) n’a pas approuvé Truvada pour la PrEP. Pour que cela arrive, il faudrait que la société pharmaceutique qui le fabrique en fasse la demande à Santé Canada – ce qu’elle n’a pas fait.

Ordonnance pour des usages non indiqués sur l’étiquette

L’utilisation de Truvada en PrEP a beau ne pas être approuvée par Santé Canada, certains fournisseurs de soins de santé le prescrivent déjà à cette fin.9 Cela est possible parce que Truvada est déjà approuvé pour le traitement de l’infection à VIH. Lorsqu’un médicament approuvé est prescrit pour une utilisation non approuvée, on parle d’« ordonnance pour usage non indiqué sur l’étiquette ». Il s’agit d’un genre d’ordonnance qui est légal et – pour certains genres de médicaments – fréquent.

Autrement dit, au Canada, une personne peut déjà avoir recours à la PrEP si elle arrive à trouver un médecin qui est disposé à lui prescrire Truvada « pour usage non indiqué sur l’étiquette » à des fins préventives. Dans une récente enquête auprès de médecins canadiens relativement bien informés sur le VIH, 13 % ont répondu qu’ils avaient déjà prescrit la PrEP.9 Dans une autre enquête, auprès d’intervenants d’organismes canadiens de lutte contre le sida, 11 % des répondants ont déclaré connaître une ou plusieurs personnes qui utilisent la PrEP.10

Couverture financière

La PrEP est coûteuse : Truvada coûte entre 700 et 1 000 $ pour un mois.

Certains régimes d’assurance santé, publics et privés, au Canada, peuvent couvrir le coût du médicament. Par exemple, le régime public d’assurance maladie du Québec couvre la majeure partie du coût de la PrEP; de plus, on entend dire de diverses sources que certains régimes d’assurance privée le font aussi, à divers endroits au Canada.11,12 Si Truvada était un jour approuvé par Santé Canada pour la PrEP, cela pourrait ouvrir la porte à une couverture plus répandue du coût de la PrEP.

Campagnes de sensibilisation et ressources éducatives

Aux États-Unis, des campagnes ont été réalisées afin d’améliorer la sensibilisation et les connaissances concernant la PrEP. De plus, certains organismes ont élaboré des ressources éducatives pour aider les gens à examiner si la PrEP pourrait leur convenir et pour aider les fournisseurs de soins de santé et d’autres services à en parler avec les patients.

Bien que certains organismes canadiens aient intégré de l’information sur la PrEP dans leurs ressources et qu’une province (le Québec) ait développé un Avis intérimaire sur la PPrE, la sensibilisation et les connaissances sur le sujet demeurent faibles. Dans une récente enquête auprès d’hommes gais dépistés pour le VIH dans une clinique d’ITS du centre-ville de Toronto, seulement 26 % des répondants étaient au courant de l’existence de la PrEP.13 De plus, dans une enquête auprès d’intervenants d’organismes de lutte contre le sida canadiens, 64 % ont déclaré avoir le sentiment que leur organisme n’avait pas suffisamment de connaissances sur la PrEP.10

Lignes directrices à l’intention des fournisseurs de services

L’utilisation de la PrEP doit être précédée et accompagnée de divers services cliniques (prescription, dépistage du VIH et d’ITS, surveillance des effets secondaires et de la toxicité) et de services non cliniques (éducation, évaluation du risque et de l’admissibilité, counseling sur l’observance et sur la réduction des risques) afin d’atténuer de possibles préoccupations et de veiller à son innocuité et à son efficacité. Par conséquent, des lignes directrices sont nécessaires afin de soutenir divers fournisseurs (y compris les médecins, infirmiers et travailleurs communautaires non cliniques) dans la prestation de ces services à des clients et patients.

Les États-Unis, l’Afrique du Sud et le Québec ont développé des lignes directrices sur la PrEP à l’intention des fournisseurs de soins de santé, mais aucune directive n’existe pour d’autres genres de fournisseurs de services, ni pour les fournisseurs de soins de santé dans d’autres parties du Canada ou du monde.

Projets pilotes/de démonstration

Plusieurs questions restent sans réponse quant à la prestation et à l’utilisation de la PrEP hors des essais cliniques. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié en 2012 des lignes directrices [en anglais seulement] recommandant aux pays d’entreprendre des projets pilotes et de démonstration sur la PrEP pour répondre à ces questions.

Des projets pilotes/de démonstration impliquent de fournir la PrEP à un petit nombre de personnes séronégatives au VIH afin de répondre à d’importantes questions de mise en œuvre. Plusieurs projets du genre sont en cours ou planifiés, principalement aux États-Unis et en Afrique orientale et australe; ils intègrent la PrEP dans divers milieux, y compris des cliniques de dépistage d’ITS et du VIH et des centres de santé communautaire.

Les questions auxquelles ces projets tentent de répondre incluent :

  • Comment peut-on intégrer la PrEP dans un ensemble complet de services pour les personnes « à risque élevé » d’infection par le VIH?
  • Est-il faisable d’intégrer la PrEP dans des services existants?
  • Quel est le meilleur contexte pour la prestation de la PrEP?
  •  Combien de personnes, et lesquelles, veulent utiliser la PrEP?
  • Dans quelle mesure les gens sont-ils capables de bien prendre la PrEP chaque jour?
  • Les gens augmentent-ils leurs comportements à risque lorsqu’ils prennent la PrEP?
  • Quels sont les meilleurs moyens de soutenir l’observance et de prévenir l’augmentation des comportements à risque?
  • Quels sont les impacts de l’utilisation de la PrEP sur la santé et le bien-être en général?
  • Les utilisateurs de la PrEP sont-ils stigmatisés; et si oui, quel en est l’impact?

[MISE À JOUR : Les données provenant des projets pilotes et de démonstration commencent à apparaître. Pour en savoir plus, voir :

Projets pilotes canadiens

Centre d’excellence VIH – ITS – Hépatites depuis bientôt 30 ans, la Clinique médicale l’Actuel accorde, depuis  janvier 2013, le traitement aux gens adoptant des comportements jugés à haut risque et ce, de façon récurrente. Il a été clairement établi en comité que la PrEP pouvait être bénéfique pour la clientèle du centre, principalement composée d’hommes gais de tous les âges.

Un protocole d’évaluation a été élaboré, de concert entre infirmiers et médecins, afin de bien identifier les habitudes de la personne visée par le traitement. Les antécédents médicaux, les comportements sexuels et la consommation de drogues sont revus, ainsi que l’historique de dépistage ITSS et les habitudes en matière de séropositionnement (c.-à-d. la décision d’être celui qui donne la pénétration, ou qui la reçoit, dans le cas de rapports anaux). Un examen physique et des tests sanguins incluant un dépistage ITSS complètent cette évaluation initiale.

Les réponses du client et son bilan sanguin — la séronégativité au VIH est requise — déterminent s’il peut recevoir une ordonnance de PrEP pour trois mois. Le cas échéant, un premier rendez-vous de suivi conjoint infirmière-médecin sera prévu à la fin du premier mois de traitement. La personne sera amenée à discuter du déroulement de son traitement, ainsi que de tout effet secondaire ressenti. Sans oublier qu’un retour sur l’observance au traitement demeure l’élément essentiel de cette rencontre. Elle pourra également bénéficier d’un counseling sur la réduction de risque. Le même processus d’évaluation se poursuivra tous les 3 mois, jusqu’à ce que le traitement soit cessé.

À ce jour, les médecins de l’Actuel ont prescrit la PrEP à 24 patients, en grande majorité des hommes gais. Aucune femme n’a reçu d’ordonnance de PrEP. Une évaluation est en cours. En date de septembre 2013, le programme pilote n’avait pas de date de fin précise.

Un autre projet pilote est planifié à l’Hôpital St. Michael’s de Toronto. Il impliquera 50 hommes gais et autres HARSAH, et utilisera un protocole semblable au programme de la Clinique médicale l’Actuel. L’enrôlement débutera en 2014.

Quel est le rôle des fournisseurs de services dans la mise en œuvre de la PrEP?

La PrEP n’est plus une stratégie du futur; elle est déjà disponible et utilisée. L’émergence de la PrEP est encourageante; toutefois, bien qu’elle puisse être bénéfique à certains de nos clients et patients, son utilisation soulève diverses préoccupations.

Les intervenants en prévention du VIH (y compris les fournisseurs de services de première ligne) ont un important rôle à jouer dans la réponse à ces préoccupations et dans la mise en œuvre sécuritaire et efficace de la PrEP.

Rehausser la connaissance de la PrEP et la prise de conscience à son égard, et appuyer les décisions pertinentes

La connaissance de la PrEP et la conscientisation à son sujet peuvent être rehaussées en impliquant les personnes « à risque élevé » au moyen d’activités de proximité, de ressources éducatives, de campagnes et de counseling. Ces efforts devraient faire en sorte que les clients sachent ce qu’est la PrEP et à qui elle s’adresse, et que toute décision relative à l’amorce ou à l’interruption de la PrEP soit éclairée. Ils devraient impliquer d’autres fournisseurs de services (y compris des médecins, infirmières, pharmaciens et travailleurs de première ligne) et combler les besoins de connaissance et de conscientisation.

Les fournisseurs de services devraient être préparés à discuter de la perception du risque avec leurs clients. Un client qui demande la PrEP pourrait avoir un risque faible et ne pas en avoir besoin, tandis qu’un autre pourrait considérer n’avoir qu’un risque faible alors que son comportement l’expose à un risque élevé d’infection par le VIH.

La PrEP n’est pas destinée à remplacer d’autres stratégies efficaces de prévention du VIH (comme les condoms et les seringues neuves), mais elle peut offrir une importante option de prévention lorsque le client a de la difficulté à gérer son risque de VIH par d’autres moyens. Puisqu’elle est coûteuse et comporte des risques, la PrEP n’est pas nécessairement une stratégie qu’un client devrait ou souhaiterait utiliser à long terme.

Faciliter l’accès à la PrEP

Les fournisseurs de services de première ligne devraient connaître les fournisseurs de soins de santé, cliniques, centres de santé et projets pilotes/programmes locaux de démonstration qui sont disposés à prescrire la PrEP – et développer des partenariats avec eux. Cela permettra que les clients qui pourraient bénéficier de la PrEP et qui souhaitent l’utiliser soient dirigés vers un établissement où elle est accessible. Pour faciliter encore plus l’accès, des clients pourraient avoir besoin d’assistance afin de discuter de la PrEP avec leurs fournisseurs de soins de santé.

Il est également important de savoir si le coût de la PrEP est couvert par le régime d’assurance médicaments de votre province ou territoire. Les clients peuvent aussi s’informer auprès de leur assureur privé, le cas échéant, à savoir si la PrEP est couverte par leur régime particulier.

Soutenir l’observance à la PrEP en combinaison avec d’autres stratégies de réduction du risque

L’observance à la prise quotidienne de médicaments, importante pour l’efficacité de la PrEP, peut être difficile pour certains clients. Les fournisseurs de services peuvent soutenir l’observance à la PrEP par divers moyens, comme le counseling, les groupes de soutien et d’autres stratégies novatrices (comme les rappels par téléphone cellulaire).

Les fournisseurs de services peuvent aider un client qui utilise la PrEP à réduire son risque général d’infection par le VIH en abordant les facteurs sous-jacents pertinents à son risque (comme la santé mentale, l’utilisation de drogues ou d’alcool, le logement et la pauvreté) et en l’aidant à adopter des stratégies de prévention additionnelles (comme l’utilisation de condoms et de seringues neuves). Si un client réussit à réduire considérablement son risque d’infection par le VIH à l’aide d’autres moyens, il pourrait être en mesure de cesser d’utiliser la PrEP. En revanche, si un client augmente ses comportements à risque alors qu’il utilise la PrEP (par exemple, en réduisant son utilisation de condoms ou en augmentant son nombre de partenaires sexuels), il pourrait accroître par inadvertance son risque d’infection par le VIH. Par conséquent, le counseling est important pour éviter l’augmentation des comportements à risque.

Le soutien à l’observance et à la réduction du risque pourrait nécessiter plus que des interventions directes (comme le counseling sur la réduction du risque), afin de relier les clients à des services additionnels (par exemple en matière de logement et de santé mentale).

Remerciements

Merci à la Clinique médicale l’Actuel pour son assistance à la préparation de cet article.

Ressource

La prophylaxie pré-exposition (PrEP ou PPrE) – Feuillet d’information de CATIE

Références

  • 1. a. b. c. d. Grant RM, Lama JR, Anderson PL, et al. Preexposure chemoprophylaxis for HIV prevention in men who have sex with men. New England Journal of Medicine. 2010;363(27):2587–99.
  • 2. a. b. c. Baeten JM, Donnell D, Ndase P, et al. Antiretroviral prophylaxis for HIV prevention in heterosexual men and women. New England Journal of Medicine. 2012;367(5):399–410.
  • 3. a. b. c. Van Damme L, Corneli A, Ahmed K, et al. Preexposure prophylaxis for HIV infection among African women. New England Journal of Medicine. 2012;367(5):411–22.
  • 4. a. b. Choopanya K, Martin M, Suntharasamai P, et al. Antiretroviral prophylaxis for HIV infection in injecting drug users in Bangkok, Thailand (the Bangkok Tenofovir Study): a randomised, double-blind, placebo-controlled phase 3 trial. The Lancet. 2013;381(9883):2083–90.
  • 5. a. b. Thigpen MC, Kebaabetswe PM, Paxton LA, et al. Antiretroviral preexposure prophylaxis for heterosexual HIV transmission in Botswana. New England Journal of Medicine 2012;367(5):423–34.
  • 6. a. b. c. Marrazzo J, Ramjee G, Nair G. Pre-exposure Prophylaxis for HIV in Women: Daily Oral Tenofovir, Oral Tenofovir/Emtricitabine, or Vaginal Tenofovir Gel in the VOICE Study (MTN 003). 20th Conference on Retroviruses and Opportunistic Infections. 2012;(Paper#26LB).
  • 7. a. b. Van der Straten A, Van Damme L, Haberer JE, Bangsberg DR. Unraveling the divergent results of pre-exposure prophylaxis trials for HIV prevention. AIDS. 2012;26(7):F13–19.
  • 8. Anderson PL, Glidden DV, Liu A, et al. Emtricitabine-tenofovir concentrations and pre-exposure prophylaxis efficacy in men who have sex with men. Science Translational Medicine. 2012;4(151):151ra125.
  • 9. Sharma M, Senn H, Wilton J, et al. Les perceptions des médecins canadiens quant à la prophylaxie pré-exposition pour le VIH : l’heure n’est pas encore venue? 22e Congrès annuel canadien de recherche sur le VIH/sida (ACRV), 2013.
  • 10. a. b. Senn H, Wilton J, Sharma M, et al. Knowledge of and Opinions on HIV Preexposure Prophylaxis Among Front-Line Service Providers at Canadian AIDS Service Organizations. AIDS Research and Human Retroviruses. 2013;29(9):1183–9.
  • 11. Positivelite.com. Len Tooley on PrEP. 2013. Accessible à : http://www.positivelite.com/component/zoo/item/len-tooley-on-prep-part-two.
  • 12. LeBlanc M. PrEP – What have I done to deserve this? My PrEP Exp. Accessible à : http://www.myprepexperience.blogspot.ca/2013/05/prep-what-have-i-done-to.... [Des versions françaises sont accessibles dans : www.thewarning.info/IMG/pdf/prep_fr.pdf (p. 6-8); et www.cocqsida.com/assets/files/mediatheque/remaides-pdf/rem86_qc_web.pdf (p. XIII-XIV).]
  • 13. Kain T, Fowler S, Grennan T, et al. Low Perceptions of HIV Risk among Toronto MSM Seeking Anonymous HIV Testing: Objective and Subjective Assessments of PrEP Eligibility. Controlling the HIV Epidemic with Antiretrovirals: From Consensus to Implementation. 2013.

À propos de l’auteur

James Wilton est coordonnateur du projet de prévention du VIH par la science biomédicale de CATIE; il achève une maîtrise en santé publique, avec spécialisation en épidémiologie, à l’Université de Toronto. Il est également titulaire d’un diplôme de premier cycle en microbiologie et immunologie de l’Université de la Colombie-Britannique (UBC).