Point de mire sur la prévention

Printemps 2012 

Mise à jour sur la recherche : Qu’est-il arrivé au vaccin thaïlandais contre le VIH?

Par James Wilton

En 2009, on annonçait la découverte du premier vaccin efficace contre le VIH, que l'on a surnommé le vaccin thaï. À l'époque, on a accueilli cette nouvelle à la fois avec enthousiasme et scepticisme, mais on a en très peu parlé depuis. Qu’est-il arrivé au vaccin? Pourquoi n'est-il pas accessible? Le sera-t-il un jour? 

Retour sur le vaccin RV144

Ce vaccin anti-VIH que l'on appelle aussi le vaccin RV144 ou le « vaccin thaï »  s'est montré modérément efficace pour réduire le risque d'infection par le VIH chez des hommes et des femmes hétérosexuels vivant en Thaïlande.1 Le vaccin thaï ne consistait pas en une seule injection; il fallait administrer deux vaccins différents en six injections étalées sur une période de six mois.

L’étude de trois ans pour tester le vaccin a permis de constater qu’à la fin de la première année, il y avait une réduction impressionnante du nombre d'infections parmi les participants ayant reçu le vaccin, soit 60 pour cent moins de cas que dans le groupe placebo. Toutefois, cette réduction de 60 pour cent a diminué pour se situer à 31 pour cent à la fin de l'étude. Donc dans l’ensemble, il y avait seulement 31 pour cent moins d'infections parmi les participants vaccinés à la fin de l'étude.

Lisez l'article de Nouvelles-CATIE sur cette étude

Même si cette nouvelle a suscité l'enthousiasme de certaines personnes travaillant dans le domaine de la prévention du VIH, de nombreux experts ont remis en question les résultats, se demandant si le nombre plus faible d'infections par le VIH dans le groupe vacciné était attribuable au vaccin ou simplement au hasard.2,3  On a aussi soulevé des questions quant à savoir si la protection que conférait le vaccin était assez forte pour justifier son utilisation. 

Des progrès récents ont aidé à répondre à ces questions et à orienter l'avenir du vaccin thaï et celui de la recherche sur les vaccins anti-VIH en général.

Le vaccin a-t-il fait son travail?

Depuis que les résultats ont été publiés, les chercheurs essaient de savoir si le vaccin était vraiment valable en examinant de plus près comment il aurait empêché le VIH d'infecter certaines personnes vaccinées.4

À l'occasion de la conférence sur les vaccins anti-VIH tenue en septembre 2011, des chercheurs ont annoncé qu’ils avaient trouvé un anticorps produit par le système immunitaire de certains receveurs du vaccin thaï qui aurait pu les protéger contre l'infection par le VIH.  Les participants vaccinés et dont l'organisme avait produit cet anticorps particulier étaient 43 pour cent moins susceptibles d'être infectés par le VIH que les receveurs du vaccin dont le système immunitaire n'avait pas produit cet anticorps.5

Ce résultat est enthousiasmant parce qu'il laisse croire que le vaccin thaï ait pu éventuellement contribuer à réduire le risque d'infection. Les chercheurs sont encore à la recherche d'autres réponses immunitaires qui auraient protégé les receveurs du vaccin contre l'infection. 

Le vaccin devrait-il être accessible à grande échelle au Canada?

L'essai sur le vaccin thaï a soulevé des questions importantes quant à savoir quel niveau de protection est nécessaire pour qu'un vaccin soit approuvé et rendu accessible. Bien que le vaccin ne confère qu'un faible niveau de protection à l'individu, des études récentes laissent croire qu'il pourrait prévenir un nombre faible, mais significatif d'infections par le VIH s'il était utilisé par un nombre suffisant de personnes au sein d'une population ou d'un pays donné.6,7,8,9,10,11,12

Il reste cependant un consensus général selon lequel un taux de protection de 31 % est trop faible. Ce faible niveau de protection soulève des questions quant à la rentabilité du vaccin, ainsi que des préoccupations concernant le faux sentiment de sécurité que le vaccin donnerait à certaines personnes et l'augmentation des comportements à risque qui s'ensuivrait. À en croire des études de modélisation, si un vaccin qui confère un faible niveau de protection était offert à grande échelle, l'augmentation des comportements à risque pourrait faire grimper le nombre d'infections par le VIH et non le contraire.

Il faut aussi souligner qu'il reste beaucoup de questions sans réponse par rapport à ce vaccin. Entre autres, nous ne savons pas si le vaccin thaï peut réduire les risques d'infection au sein des populations n'ayant pas figuré dans l'essai, comme les hommes ayant des rapports sexuels avec d'autres hommes (HARSAH) et les utilisateurs de drogues injectables. Comme une forte proportion des nouvelles infections par le VIH se produisant chaque année au Canada touche ces populations, il est difficile de prévoir quel impact le vaccin pourrait avoir sur l'épidémie dans ce pays. Nous ignorons aussi combien de personnes voudraient recevoir un vaccin qui n'est que modérément efficace et qui doit être injecté à plusieurs reprises sur une période de six mois.

Tant que nous n'en saurons pas plus sur le vaccin thaï, les chances qu'il devienne accessible au Canada demeureront minces.

Vers l'avant

D'autres études sur le vaccin thaï sont prévues. Des chercheurs veulent déterminer si l'administration d'injections additionnelles, après la période de vaccination initiale de six mois, pourrait stimuler le système immunitaire et empêcher le niveau de protection de baisser au fil du temps. Si les injections additionnelles parviennent à maintenir le niveau de protection à près de 60 pour cent, il sera peut-être possible d'établir des arguments plus forts en faveur de la vaccination à plus grande échelle. Des études futures recruteront aussi des HARSAH afin de déterminer si le vaccin confère une protection contre la transmission lors des rapports sexuels anaux.

D'autres vaccins anti-VIH sont également à l'étude, mais un seul essai d'envergure se déroule à l'heure actuelle. Le vaccin en question, qui est différent du vaccin thaï, est à l'étude aux États-Unis auprès de 2 200 HARSAH et femmes trans qui ont des relations sexuelles avec des hommes. Des résultats sont attendus en 2013. Il existe aussi des vaccins potentiels qui en sont à des stades plus précoces du développement; il pourrait s'écouler plusieurs années avant que ces vaccins fassent l'objet d'essais cliniques d'envergure.

Références :

  • 1. Rerks-Ngarm S, Pitisuttithum P, Nitayaphan S et al. Vaccination with ALVAC and AIDSVAX to prevent HIV-1 infection in Thailand. New England Journal of Medicine. 2009 Dec 3;361(23):2209-20.
  • 2. Butler D. Jury still out on HIV vaccine results. Nature. 2009 Oct 29;461(7268):1187.
  • 3. Gilbert PB, Berger JO, Stablein D et al. Statistical interpretation of the RV144 HIV vaccine efficacy trial in Thailand: a case study for statistical issues in efficacy trials. Journal of Infectious Diseases. 2011 Apr 1;203(7):969-75.
  • 4. Rolland M, Gilbert P. Evaluating Immune Correlates in HIV Type 1 Vaccine Efficacy Trials: What RV144 May Provide. AIDS Research and Human Retroviruses [Internet]. 2011 Sep 27 [cited 2011 Nov 11]. Available from: http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/21902593
  • 5. Callaway E. Clues emerge to explain first successful HIV vaccine trial. Nature [Internet]. 2011 Sep 16 [cited 2011 Nov 17]. Available from: www.nature.com/doifinder/10.1038/news.2011.541
  • 6. Hankins CA, Glasser JW, Chen RT. Modeling the impact of RV144-like vaccines on HIV transmission. Vaccine. 2011 Aug 18;29(36):6069-71.
  • 7. Nagelkerke NJD, Hontelez JAC, de Vlas SJ. The potential impact of an HIV vaccine with limited protection on HIV incidence in Thailand: a modeling study. Vaccine. 2011 Aug 18;29(36):6079-85.
  • 8. Andersson KM, Paltiel AD, Owens DK. The potential impact of an HIV vaccine with rapidly waning protection on the epidemic in Southern Africa: examining the RV144 trial results. Vaccine. 2011 Aug 18;29(36):6107-12.
  • 9. Hontelez JAC, Nagelkerke N, Bärnighausen T et al. The potential impact of RV144-like vaccines in rural South Africa: a study using the STDSIM microsimulation model. Vaccine. 2011 Aug 18;29(36):6100-6.
  • 10. Gray RT, Ghaus MH, Hoare A, Wilson DP. Expected epidemiological impact of the introduction of a partially effective HIV vaccine among men who have sex with men in Australia. Vaccine. 2011 Aug 18;29(36):6125-9.
  • 11. Long EF, Owens DK. The cost-effectiveness of a modestly effective HIV vaccine in the United States. Vaccine. 2011 Aug 18;29(36):6113-24.
  • 12. Schneider K, Kerr CC, Hoare A, Wilson DP. Expected epidemiological impacts of introducing an HIV vaccine in Thailand: a model-based analysis. Vaccine. 2011 Aug 18;29(36):6086-91.

À propos de l’auteur

James Wilton est le coordonnateur du Projet de prévention du VIH par la science biomédicale à CATIE. Il a un diplôme de premier cycle en microbiologie et en immunologie de l’University of British Columbia.