Point de mire sur la prévention

Printemps 2010 

Une réponse rapide au dépistage du VIH en milieu communautaire

Par Len Tooley

Selon certaines estimations, jusqu’à 26 % des personnes séropositives au Canada ignorent leur statut VIH.1 Étant donné ce taux élevé, il est évident qu’une plus grande facilité d’accès au test de dépistage est d’une importance primordiale dans les stratégies de traitement et de prévention. Partout au Canada, les organismes communautaires et les fournisseurs de services de santé envisagent de plus en plus l’implantation de programmes de dépistage rapide du VIH dans les points de service (PDS). Le test de dépistage dans les points de service permet aux fournisseurs  de services d’effectuer et de communiquer les résultats de test de dépistage du VIH dans une multiplicité de milieux communautaires. Ce modèle représente ainsi un élément clé dans l’expansion du service de tests de dépistage du VIH à l’intérieur de nouveaux organismes et dans la communauté.

L’évolution du test de dépistage d’anticorps du VIH au Canada : de deux semaines à deux minutes

Les tests sanguins de dépistage qui détectent les anticorps du VIH sont disponibles au Canada depuis 1985.2 Lors d’un test de dépistage standard du VIH, le travailleur de proximité effectue une brève consultation et un prélèvement de sang est effectué par la suite. Le spécimen est envoyé dans un laboratoire, où une analyse par dosage immunoenzymatique (EIA) est effectuée sur un échantillon de sérum ou de plasma. Si l’échantillon est négatif pour les anticorps du VIH, le résultat est renvoyé aux travailleurs de la santé. S’il est positif, le laboratoire poursuit un test de confirmation avant de renvoyer le résultat. Le client revient à la clinique après deux semaines pour recevoir le résultat et une session de counseling sur le sérodiagnostic du VIH.3

Le test de dépistage rapide dans les points de service diffère du modèle standard par le fait qu’il y a d’abord une discussion des avantages et des désavantages du test de dépistage rapide lors du counseling prétest. Ensuite, parce que l’intervenant explique la nécessité de l’analyse sanguine de confirmation si le test rapide est réactif (ce qu’on appelle le résultat séropositif préliminaire). Le travailleur de proximité emploie ensuite une lancette pour percer à l’aide d’une aiguille le bout du doigt du patient afin de prélever quelques gouttes de sang avec une pipette. L’analyse se fait hors de la vue du patient, le résultat étant disponible deux minutes plus tard. S’il est négatif, le client reçoit le résultat et un counseling post-test. Le processus du test de dépistage devrait prendre environ 20 minutes. Si le prélèvement est réactif, le travailleur informe le patient du résultat et après avoir obtenu le consentement informé du patient, un autre prélèvement de sang est effectué que l’on envoie immédiatement au laboratoire pour le test de confirmation. Le client reçoit un counseling suite au test et au sérodiagnostic préliminaire, et en reçoit encore lorsqu’il revient deux semaines plus tard chercher le résultat du test de confirmation.3

Le modèle du test de dépistage rapide du VIH dans les points de service offre de nombreux avantages. Le test de dépistage rapide peut être effectué avec une trousse de dépistage portable, ce qui permet une polyvalence des environnements et situations dans lesquels un test peut être effectué dans une communauté donnée. Il permet également une continuité de l’expérience du counseling : les clients vont recevoir du counseling prétest et post-test (préliminaire) avec le même travailleur de proximité, ce qui est plus difficile à assurer lors d’un test de dépistage standard du VIH à cause de la période d’attente de deux semaines. Les clients qui reçoivent un diagnostic séropositif ont accès à du counseling de meilleure qualité grâce au rendez-vous pour les résultats de test de confirmation qui est assuré par le processus.

Comment saura-t-on s’il est efficace ?

Le test de dépistage rapide du VIH qui est employé présentement dans les points de service s’appelle le Test d’anticorps VIH-1 rapide INSTI™. Il est fabriqué par bioLytical Laboratories de Richmond, en Colombie-Britannique, et a été approuvé par Santé Canada en octobre 2005 pour la vente aux professionnels de la santé, et cela après des études intensives. Selon une étude indépendante effectuée dans trois provinces différentes, le test s’est montré efficace avec une spécificité de plus de 99,6 %. Cela signifie que 99,6 % des individus en santé sont confirmés séronégatifs lors de l’analyse employant ce test. Cette sensibilité est comparable aux normes de tests de dépistage effectués en laboratoire avec une analyse par dosage immunoenzymatique (EIA) pour le VIH. La période de latence sérologique du VIH pour ce test est identique (3 mois) à celle du test standard.

Un début enraciné dans la communauté

La Hassle Free Clinic, une clinique communautaire autogérée du centre-ville de Toronto est un bon exemple de comment un seul fournisseur de services communautaires peut influencer les méthodes de dépistage du VIH partout dans la province. Depuis 1973, la clinique offre des services médicaux et du counseling dans le domaine de la santé sexuelle. La clinique Hassle Free a été active dans l’éducation et la prévention au début de la crise du VIH/sida en 1983. Lorsque le test de dépistage du VIH est devenu  disponible en 1985, la clinique Hassle Free a offert le test de dépistage anonyme illégalement jusqu’en 1992, année où le gouvernement ontarien a légalisé le test de dépistage anonyme (voir la case ci-dessous pour les définitions des différentes formes de dépistage d’anticorps du VIH qui sont approuvées au Canada). Par la suite, la clinique a contribué à la rédaction de lignes directrices pour les tests de dépistage anonymes, en même temps qu’une formation du personnel dans certains points de service désignés en Ontario.3,4

Le premier test de dépistage du VIH offert par la clinique était le Fast-Check HIV-1/2, en 2001. Toutefois, la clinique Hassle Free a dû cesser d’offrir ce test de dépistage lorsqu’il a été retiré du marché en 2002, à cause de certaines craintes par rapport à son exactitude.

Plusieurs gains ont été constatés durant l’année où ce premier test a été employé. La clinique s’est montrée capable d’adapter ses protocoles de dépistage en ce qui concerne le counseling prétest et post-test; le personnel a créé un nouveau système d’inscription des résultats pour s’assurer que l’information d’importance épidémiologique soit transmise sur une base régulière à la vigie de la santé publique. La clinique a participé à une étude, The Effects of a Rapid Point-of-Care HIV Testing Program, en collaboration avec l’équipe CLEAR (Community-Linked Evaluation AIDS Resource ) de l’Université McMaster. Cette étude mettait l’accent sur les expériences des clients et des travailleurs de proximité plutôt que sur la technique du test même. L’étude CLEAR a conclu que :

  • Le test de dépistage du VIH rapide peut être effectué d’une manière très efficace;
  • Le test rapide était le choix préféré pour la plupart des personnes dépistées anonymement, était plus satisfaisant tant pour les travailleurs de proximité que pour les cliniciens effectuant le test—et ce, peu importe le résultat, séropositif ou séronégatif.
  • Les niveaux d’anxiété prétest étaient similaires pour les clients ayant choisi le test standard et pour ceux ayant choisi le test rapide.
  • Tous les clients ayant choisi le test rapide ont reçu leur résultat.2

Étant donné la réponse positive et la satisfaction globale des clients, la clinique n’a pas tardé à offrir le Test d’anticorps VIH-1 rapide INSTI lorsque ce dernier a été disponible en 2005.

Les résultats des tests de confirmation effectués en laboratoire pour les tests rapides (dans le point de service) réactifs ou indéterminés pour l’année mai 2006 à avril 2007 ont été l’objet d’une rétrospective. Parmi les 4 180 tests rapides dans le point de service, on a constaté une spécificité de 99,7 %, ce qui est un peu plus élevé que celle que bioLytical Laboratories avait constatée.6 Les résultats de cette étude ont confirmé que le nouveau test rapide était aussi exact que le test de dépistage standard en laboratoire, et par conséquent, que c’était une technique appropriée pour le milieu clinique.

Un sondage sur la satisfaction des clients a été effectué durant les 3 mois suivant l’application du nouveau test de dépistage. Parmi les 400 clients sondés, 98 % ont indiqué une satisfaction globale de leur expérience du test de dépistage rapide dans le point de service.

Après avoir surmonté les obstacles à la mise en oeuvre : les succès en Ontario

Étant donné la richesse de l’information acquise sur les avantages du test de dépistage rapide, la Hassle Free était prête à militer pour une application plus générale partout en Ontario. Les membres de l’organisme étaient convaincus que le test de dépistage dans les points de service était une méthode viable et pragmatique pour augmenter le taux de dépistage du VIH dans toute la province.

Pourtant, certaines questions se sont posées : étant donné le coût de chaque test (plus de $ 10 chacun), comment pourrait-on assurer un accès égal au test de dépistage rapide dans les points de service? De plus, est-ce que la facilité et la rapidité de ce test iraient à l’encontre de l’adhérence au counselling et aux lignes directrices de procédure ainsi que contre le maintien des méthodes de collecte des données épidémiologiques? « Nous voulions nous assurer qu’il était bien fait, » nous dit Jane Greer, une administratrice et conseillère à la Hassle Free.

Il fallait d’abord répondre à ces questions avant de poursuivre avec l’implantation du test de dépistage rapide dans les points de service partout dans la province. Il fallait considérer toutes ces questions de qualité et d’exactitude, et les avantages du test de dépistage du VIH rapide PDS comparé au test de dépistage standard effectué en laboratoire.

L’accès au test de dépistage rapide dans les PDS

Le Bureau de la lutte contre le sida de l’Ontario, la clinique Hassle Free et d’autres intervenants clés ont entamé une démarche pour collaborer à dégager des pistes de solution. La solution proposée était de permettre au Ministère de la Santé et des Soins de longue durée de l’Ontario d’acheter d’une manière centralisée les trousses de test de dépistage du VIH destinées aux PDS et de les distribuer dans les PDS tels que les sites de dépistage du VIH anonymes, les cliniques de santé sexuelle et les autres organismes de services liés au VIH/sida. De cette façon, l’accès au test rapide de dépistage dans les PDS serait disponible partout dans la province, et des lignes directrices communes pourraient être élaborées afin d’assurer la mise en œuvre appropriée de cette nouvelle technologie. Ces solutions ont fait partie des principes du Programme de dépistage rapide du VIH dans les PDS de la province de l’Ontario.

L’assurance de la qualité et les contrôles

L’un des grands défis dans l’implantation du test de dépistage rapide dans les PDS était que l’analyse d’anticorps du VIH se passait à l’extérieur des laboratoires de la santé publique—des lieux strictement contrôlés et axés sur la qualité et l’expertise de ses techniciens. La technique du test de dépistage serait alors transposé dans les mains des travailleurs de proximité qui n’ont pas nécessairement le même niveau d’expertise technique dans les mesures de contrôle de la qualité et d’assurance de la qualité (AQ/CQ).

En collaborant avec des conseillers expérimentés en  dépistage du VIH en Ontario, certaines mesures d’assurance de la qualité et de contrôle de qualité ont été implantées et codifiées dans le document Politiques, procédures et assurance de la qualité dans les tests de dépistage du VIH au point de service en Ontario.

Chaque site qui emploie le test rapide du VIH dans les PDS offre une formation complète au personnel qui effectuera le test, avec une mise en place de protocoles de certification qui obligent, entre autres, une inspection de la température de mise en garde et une vérification des trousses sur une base régulière. Les points de service ont constaté que les mesures sont faciles à gérer; néanmoins, certains sites qui n’effectuent que 2 ou 3 tests de dépistage par semaine ont décidé de ne plus l’offrir à cause de la faible utilisation et étant donné la rigueur des mesures AQ/CQ.

Pour assurer l’AQ/CQ en permanence, le programme de test de dépistage dans les PDS de l’Ontario est obligé de se soumettre aux mêmes mesures de contrôle de qualité que tous les laboratoires de la santé publique de la province.

La saisie de données épidémiologiques en permanence

Un des enjeux des mesures du test de dépistage rapide du VIH dans les PDS était le possible manque de surveillance de la transmission de données épidémiologiques des PDS à la santé publique, à cause de la décentralisation de l’analyse de sang hors des laboratoires. Sans surveillance, cette décentralisation aurait pu représenter un défi pour la saisie de données sur la prévalence du VIH dans la province. La solution proposée était d’envoyer le même formulaire de réquisition pour les tests rapides de dépistage du VIH dans le PDS que ceux employés par les cliniciens lors d’une demande d’analyse sanguine standard. Un système d’autocollant simplifié a été créé, celui-ci indiquant qu’un test de dépistage dans un PDS a été effectué, et quel en était le résultat (voir les pages 3 et 4 du document Politiques, procédures et assurance de la qualité dans les tests de dépistage du VIH au point de service en Ontario pour de plus amples explications sur le système d’autocollants). Ce système a permis à la santé publique de continuer leur saisie de données sur les catégories de risque et la possible vulnérabilité à l’infection, ainsi que sur les séroconversions présumées, l’âge (selon date de naissance), le sexe et l’identification des patients dépistés pour la première fois.

Les changements effectués aux modèles de counseling prétest et post-test

Un autre problème qui s’est présenté dans les discussions sur les protocoles et les lignes directrices du counseling prétest et post-test était que les modifications effectuées sur le terrain risquaient de ne pas être communiquées au Ministère pour la mise à jour de son document intitulé : Procédures de counseling et de dépistage anonyme du VIH en Ontario. Un comité de travail a été établi pour considérer tous les aspects de ces lignes directrices. Le plus important changement était que le counseling prétest et post-test avait lieu durant la même rencontre. Le counseling pour un diagnostic séropositif a maintenant lieu en deux fois : d’abord lorsque le résultat de l’analyse est divulgué, ce qui comprend une discussion de stratégies pour gérer le stress et l’anxiété durant les 2 semaines d’attente pour le retour du test de confirmation et, par la suite, lors de la visite de suivie établie pour fournir ce deuxième résultat.

En fournissant le financement pour la distribution de trousses de tests de dépistage, le Bureau de lutte contre le sida de l’Ontario et le ministère de la Santé et des Soins de longue durée de l’Ontario assurent que les mesures AQ/CQ, la saisie de données épidémiologiques et les normes de counseling prétest et post-test sont appliqués universellement dans les points de service du test de dépistage rapide du VIH. Ce modèle a réussi à assurer la constance et la haute qualité de la provision de tests de dépistage rapide du VIH dans les PDS partout dans la province.

La croissance du dépistage rapide du VIH en Ontario : d’une seule à plusieurs communautés

Grâce aux efforts des intervenants tel que la clinique Hassle Free, le ministère de la Santé et des Soins de longue durée annonce en juin 2007 la mise en branle d’un programme de test de dépistage du VIH dans les PDS partout dans la province. « C’est tout simplement logique. Si la technologie est disponible, et nous avons l’assurance que ça fonctionne, employons-la, » disait Ken English, conseiller principal des programmes pour la Division de la responsabilisation et de la performance du système de santé du Bureau de lutte contre le sida du Ministère de la Santé et des Soins de longue durée.

Durant cette même période, le Bureau de lutte contre le sida a entrepris une expansion de son programme de test de dépistage anonyme du VIH en 2007, augmentant le nombre de PDS en Ontario de 24 à 50. Lorsque le Ministère a annoncé l’implantation de son programme provincial de tests de dépistage du VIH dans les PDS, le Bureau de lutte contre le sida a fait en sorte qu’il y ait un chevauchement entre les sites offrant les tests anonymes et ceux qui allaient offrir le test rapide dans les PDS. Il existe présentement environ 50 PDS en Ontario qui offrent le test de dépistage rapide : la grande majorité de ceux-ci offrent également le test de dépistage anonyme du VIH.

Les expériences acquises grâce au test de dépistage rapide du VIH

Les fournisseurs de services qui effectuent le test de dépistage rapide du VIH dans les PDS des régions rurales et des secteurs urbains de l’Ontario ont eu des expériences positives par rapport à l’acceptation et l’implantation du test rapide. Dans les sections suivantes, on discute des trois avantages importants du test de dépistage rapide du VIH dans le PDS comparé au test de dépistage standard effectué en laboratoire.

L’accessibilité et la portabilité

La Options Clinic de London, Ontario, offre le test de dépistage du VIH rapide dans le PDS depuis le mois de mai 2007. Elle est une bon exemple de la manière dont le test rapide dans les PDS améliore la facilité d’accès et l’acceptation de ce test pour les populations à risque élevé d’infection.

Selon Lyn Pierre-Pitman, coordinatrice de la Options Clinic, les fournisseurs de services « doivent amener le test du VIH jusqu’au gens, là où ils sont, au lieu de les obliger à venir vers nous. » Ce changement d’attitude a incité la Options Clinic à augmenter ses efforts de conscientisation dans le cadre de son programme de test du VIH. Le personnel rend souvent visite au centre de jeunes de la rue Youth Action et à un site d’échange de seringues, ainsi qu’à un sauna pour hommes gais, bisexuels, et autres HRSH, en plus de visiter une église rurale.

Avant d’avoir accès au test de dépistage rapide du VIH dans le PDS, Mme Pierre-Pitman s’était inquiétée que 36 % de jeunes du centre Youth Action, et jusqu’à 16 pour cent des UDI du site d’échange de seringues, ne revenaient pas chercher leur résultat de test du VIH. Elle se rappelle également que plusieurs clients avaient refusé de passer un test de dépistage du VIH à cause de la perception négative qu’ils avaient du counseling prétest et de la période d’attente de 2 semaines pour les résultats. Depuis la grande diffusion du test de dépistage rapide du VIH dans les PDS, on peut offrir aux clients perçus comme étant à risque élevé d’infection de recevoir leur sérodiagnostic le jour même de leur prise de sang : le nombre de clients qui ne reviennent pas chercher leur résultat a diminué énormément. La Options Clinic constate notamment une augmentation générale du nombre de clients qui viennent se faire tester depuis que le test rapide est disponible, la communauté étant de plus en plus au courant du service.

La continuité du counseling

Un des avantages non prévus du test de dépistage rapide du VIH dans le PDS était l’opportunité de continuer à faire du counseling prétest et post-test dans la même visite, surtout lorsque le résultat est séropositif. Dans le modèle du test standard, le counseling prétest et le dévoilement du résultat s’effectuent séparément lors de deux rencontres. Ceci représente un défi significatif quant à la consultation, puisque le rapport entre le client et le fournisseur est habituellement restreint à, tout au plus, deux à trois rencontres. Lorsqu’un client revient chercher son résultat du test standard, les intervenants ne sont normalement pas en mesure d’assurer que la rencontre se fasse avec la même personne qui a effectué le counseling prétest initial. De plus, les fournisseurs ont souvent de la difficulté à maintenir le rapport thérapeutique pendant les deux semaines d’attente pendant lesquelles il n’y a généralement aucun contact avec le client. Le fait de devoir réinstaurer le rapport de consultation représente un défi réel pour le fournisseur, surtout lorsque le résultat est séropositif.

Selon Stephanie Vendetti, Directrice intérimaire des Services cliniques du Service de santé publique de Sudbury, l’instantanéité du test rapide nous permet d’influencer les clients dans la modification des comportements à risque élevé. Elle constate que « pour les clients qui reçoivent un résultat séronégatif, on peut leur poser la question—surtout lorsqu’ils ne craignent pas d’être dans la période de latence—Comment peux-tu prévenir l’infection au VIH à l’avenir, sachant maintenant que tu ne l’as pas contractée? C’est une question de saisir l’occasion didactique et de conscientiser le client quant à son importance. »

L’amélioration du suivi pour les clients ayant un résultat séropositif

Plusieurs fournisseurs de services considèrent comme avantageux le fait d’avoir une session de counseling post-test compris dans la même rencontre avec le client que le test de dépistage rapide du VIH dans le PDS au cas où l’analyse initiale est réactive. Étant donné qu’un sérodiagnostic négatif n’exige pas une deuxième rencontre avec le client, les intervenants ont souvent plus de temps à dédier aux clients qui doivent revenir chercher leur résultat de test de confirmation.

Souvent, lorsqu’un client reçoit un sérodiagnostic positif, il n’absorbe que très peu du contenu de la session d’intervention post-test. La session de counseling effectuée lors de la deuxième rencontre post-test (lorsqu’on dévoile le résultat du test de confirmation) est une occasion pour l’intervenant de résumer certaines informations, de répondre aux questions posées par le client et de faire le suivi des références données lors de la rencontre initiale (par exemple, des contacts avec les organismes de services liés au sida ou des médecins).

Le test de dépistage rapide du VIH dans les PDS à l’extérieur de l’Ontario

Le Centre de santé communautaire Nine Circles, à Winnipeg, Manitoba, est un autre organisme de services qui a réussi à offrir le test de dépistage rapide du VIH dans le PDS. Le centre Nine Circles est un organisme communautaire à but non lucratif de prévention et de soins en matière du VIH et d’autres ITS.

« Les gens apprenaient leur statut VIH tardivement, longtemps après l’infection, alors on voulait introduire le test de dépistage rapide afin d’augmenter l’utilisation du test pour le VIH, » confirme Carla Pindera, Directice des programmes cliniques chez Nine Circles. Le centre Nine Circles a fait une demande de financement au ministère de la Vie saine du Manitoba afin de pouvoir offrir le test de dépistage rapide du VIH dans le PDS de manière nominale et non-nominale au centre même et par l’entremise de leurs programmes de conscientisation.

Le centre Nine Circle offre le test de dépistage rapide du VIH dans les PDS à ses clients depuis le mois de mars 2008. Ils ont également instauré un système de vigie pour ces tests en effectuant des tests de confirmation de routine (sur les résultats positifs et négatifs). De plus, leurs clients reçoivent un questionnaire de satisfaction à remplir lors de chaque rencontre de test rapide. Jusqu’ici les résultats de cette évaluation continue ont été extrêmement favorables : 91 % des clients indiquent une satisfaction globale; 9 % marquent une satisfaction neutre, sans aucune réponse entièrement insatisfaite. En plus, 100 % des tests de confirmation effectués en laboratoire (réactifs et non-réactifs) ont été conformes au sérodiagnostic du test de dépistage rapide du VIH dans le PDS.

Le personnel du centre Nine Circles travaille fort pour élargir son programme de dépistage dans le PDS, particulièrement pour les femmes enceintes de l’Hôpital des femmes de Winnipeg et dans d’autres sites tels que la Division de stabilisation des mineurs toxicomanes (YASU), où des jeunes avec des problèmes de toxicomanie séjournent durant 1 à 7 jours. Avant de poursuivre avec une implantation au niveau provincial du programme de test de dépistage rapide du VIH dans les PDS, le ministère de la Vie saine veut néanmoins attendre d’avoir une évaluation formelle. Jusque là, toute implantation plus élargie du programme doit être financée de manière autonome par les organismes communautaires qui veulent offrir le test de dépistage rapide du VIH dans les PDS. Ceci représente un empêchement majeur, surtout pour les communautés à risque élevé.

L’implantation élargie du test de dépistage rapide du VIH dans le PDS : avancer de manière appropriée

Le test de dépistage rapide du VIH dans le PDS pourrait avoir un effet important et favorable dans le domaine du dépistage du VIH au Canada, ainsi que sur les démarches de traitement et de prévention, surtout pour les populations marginalisées à risque élevé.

Cependant, le Canada se trouve à une impasse critique : une meilleure diffusion du test de dépistage rapide du VIH dans les PDS implique la possibilité qu’il soit offert dans les points de service qui n’ont pas d’expérience avec le counseling prétest et post-test et qui n’ont pas la formation nécessaire pour appliquer les mesures de AQ/CQ ou la bonne saisie de données épidémiologiques.

Ces deux inquiétudes ont été exprimées par les organismes communautaires tels que la clinique Hassle Free et par le Réseau juridique canadien VIH/sida. Ces instances, en consultation avec d’autres organismes et fournisseurs de services, recommandent fortement aux gouvernements d’émettre des mises en garde et des politiques pour limiter l’accès aux trousses de tests de dépistage. Ils croient que seulement les intervenants bien formés et pouvant appliquer avec assurance les mesures de AQ/CQ, de counseling prétest et post-test et les procédures de tests de confirmation devraient avoir accès aux technologies du test de dépistage rapide du VIH dans les PDS.8

Selon Jane Greer de la Hassle Free, même si le dépistage en PDS permet d’accroître l’accès au dépistage, surtout pour les communautés à risque élevé, les fournisseurs de services doivent quand même se conformer à des normes élevées par rapport aux « trois C du test de dépistage du VIH : un Counseling prétest et post-test de haute qualité, l’assurance du Consentement informé et les rigueurs de la Confidentialité. » Elle note aussi que les intervenants doivent avoir une formation adéquate pour expliquer aux clients qui reçoivent un sérodiagnostic initial réactif qu’un test de confirmation est nécessaire.

Nous nous trouvons à un point de notre histoire où on peut bénéficier du travail sur le terrain en offrant le test de dépistage rapide du VIH dans les PDS partout au pays. Si la pression politique et le soutien offert par les fournisseurs de services continuent, il est possible que les ministères de la santé à l’échelle fédérale et provinciale et les laboratoires de santé publique fassent un pas vers l’avant dans la lutte nationale, provinciale et communautaire contre le VIH/sida : offrir le test de dépistage rapide du VIH dans les PDS exige la coopération à tous ces niveaux.

Remerciements

Nous tenons à remercier Mme Jane Greer, M. Ken English, Mme Lyn Pierre-Pitman, Mme Stephanie Vendetti et Mme Carla Pindera pour leur contribution très appréciée.

Références

À propos de l’auteur

Len Tooley est un intervenant et conseiller en VIH à la Hassle Free Clinic, située au centre-ville de Toronto.