Point de mire sur la prévention

automne 2017 

Mise à jour sur la recherche : Une étude new-yorkaise trouve que près de la moitié des hommes gais séropositifs co-infectés par l'hépatite C ont une quantité détectable de VHC dans leurs sécrétions rectales

par Zak Knowles

Nous savons que le virus de l'hépatite C (VHC) peut être transmis par les rapports sexuels anaux sans condom parmi les hommes ayant des rapports sexuels avec d'autres hommes (HARSAH). L'incidence de l'infection à l'hépatite C est plus élevée parmi les HARSAH séropositifs que chez les HARSAH séronégatifs.1 Jusqu'à très récemment, on croyait que le VHC se transmettait parmi ces hommes lors d'activités sexuelles incluant la présence de sang.

Récemment, des chercheurs à New York ont trouvé des quantités mesurables de VHC dans les sécrétions rectales d'HARSAH séropositifs co-infectés par l'hépatite C.2 L'équipe a également constaté une corrélation entre la quantité de VHC dans les sécrétions rectales et celle dans le sang. La quantité de virus était suffisamment élevée pour permettre la transmission de l'hépatite C lors des rapports sexuels anaux sans condom.

Cette étude porte à croire que la présence de sang pourrait ne pas être nécessaire pour que la transmission ait lieu.

Quelles sont les découvertes de l'étude?

Des chercheurs à New York ont effectué des frottis rectaux afin de recueillir des échantillons de sécrétions rectales auprès de 45 HARSAH séropositifs co-infectés par l'hépatite C.2 Ils ont mesuré la charge virale dans les sécrétions rectales ainsi que dans un échantillon de sang prélevé le même jour. Pour confirmer que le frottis n'avait pas endommagé le revêtement rectal, une anuscopie de haute résolution a été effectuée chez la première tranche de 30 hommes. Cette technique a permis de s'assurer que les échantillons de sécrétions rectales n'étaient pas contaminés par du sang.

Tous les hommes sauf deux suivaient un traitement anti-VIH (TAR), et 22 hommes sur 43 sous TAR (49 %) avaient une charge virale indétectable en VIH.

Les chercheurs ont détecté le VHC dans les sécrétions rectales de 20 hommes sur les 43 (47 %) dont la charge virale pouvait être analysée. La charge virale en VHC dans le sang était beaucoup plus élevée chez les hommes dont les sécrétions rectales contenaient du VHC détectable que chez les hommes dont les sécrétions rectales ne contenaient pas de VHC détectable. Toutefois, le fait d'avoir une charge virale détectable en VIH dans le sang n'avait pas d'impact sur la probabilité d'avoir du VHC détectable dans les sécrétions rectales.

Les chercheurs ont souligné que la plupart des hommes inscrits à cette étude en étaient aux stades précoces de l'infection à l'hépatite C et avaient par conséquent une charge virale plus faible en VHC dans le sang que les hommes co-infectés dont l'hépatite C en était au stade chronique. Ainsi, selon les chercheurs, il est possible qu'une plus grande proportion d'hommes ayant la co-infection chronique à l'hépatite C aient du VHC détectable dans leurs sécrétions rectales que les hommes suivis dans cette étude.

Les chercheurs ont conclu que le VHC était présent en quantité suffisante dans les sécrétions rectales pour permettre la transmission de l'hépatite C lors des rapports sexuels anaux sans condom.

Quelles sont les implications pour les fournisseurs de services au Canada?

La nouvelle information fournie par cette étude vient changer nos idées traditionnelles concernant la transmission de l'hépatite C parmi les HARSAH séropositifs. C'est la première étude à générer des données concluantes révélant que le VHC est présent en quantité suffisante dans les sécrétions rectales des HARSAH co-infectés par le VIH pour permettre la transmission du VHC lors des rapports sexuels sans condom et ce, sans qu'il soit nécessaire que du sang soit présent.

Même si cette étude est la première à montrer que le VHC peut être présent dans les sécrétions rectales, notons que les équipes d'autres études ont détecté le VHC dans le sperme d'HARSAH séropositifs3,4 et séronégatifs4 ayant l'hépatite C. Dans les études en question, le VHC était présent dans le sperme en quantité suffisante pour causer la transmission du virus lors des rapports sexuels anaux sans condom.

Ces résultats portent à croire que le sexe anal sans condom est un facteur de risque de transmission de l'hépatite C parmi les HARSAH séropositifs. Il est possible que la présence d'un trauma rectal ou de sang ne soit pas nécessaire pour que la transmission ait lieu. Il est important d'éduquer les HARSAH sur les risques potentiels de transmission sexuelle de l'hépatite C. Tous les HARSAH qui ont du sexe anal sans condom devraient être encouragés à parler à leur professionnel de la santé du dépistage de l'hépatite C, qu'ils utilisent des drogues ou pas. Or, comme la consommation de drogues demeure la voie de transmission de l'hépatite C la plus probable parmi les HARSAH,1 on devrait également encourager l'adoption d'approches de réduction des méfaits.

Ressource

Hépatite C : Un guide détaillé

Références

  • 1. a. b. Jin F, Matthews GV, Grulich AE. Sexual transmission of hepatitis C virus among gay and bisexual men: a systematic review. Sexual Health. 2017;14:28–41. Disponible à : http://www.publish.csiro.au/sh/Fulltext/SH16141
  • 2. Foster AL, Gaisa MM, Hijdra RM, et al. Shedding of hepatitis C virus into the rectum of HIV-infected men who have sex with men. Clinical Infectious Diseases. 2017; 64(3):284–88.
  • 3. Bradshaw D, Lamoury F, Catlett B, et al. A comparison of seminal hepatitis C virus (HCV) RNA levels during recent and chronic HCV infection in HIV-infected and HIV-uninfected individuals. Journal of Infectious Diseases. 2015;211:736–43.
  • 4. a. b. Turner SS, Gianella S, Yip MJ-S, et al. Shedding of hepatitis C virus in semen of human immunodeficiency virus-infected men. Open Forum Infectious Diseases. 2016 Mar;3(2):ofw057. Disponible à l’adresse : https://academic.oup.com/ofid/article-lookup/doi/10.1093/ofid/ofw057

À propos de l’auteur

Zak Knowles est le gestionnaire du contenu Web de CATIE. Avant de travailler à CATIE, il a été conseiller en matière de VIH à la Hassle Free Clinic, une clinique de santé sexuelle située au centre-ville de Toronto.