En 2008, on a lancé une campagne novatrice ciblant les hommes gais et bisexuels et visant à mettre fin à la stigmatisation entourant le VIH. Cette campagne allait au-delà de messages plus « statiques » (souvent le trait caractéristique des campagnes de marketing social) en lançant des discussions dans la communauté au sujet de la stigmatisation et de la prise de décisions sur le plan sexuel – avec comme objectif final d’améliorer la santé sexuelle des hommes gais et bisexuels.
Plus récemment, on a publié un rapport portant sur la façon dont la campagne sur la stigmatisation entourant le VIH avait été créée, déployée et évaluée. La campagne avait-elle réussi à mobiliser la communauté gaie et à changer les attitudes et, possiblement, les comportements? Ce modèle de campagne est plutôt prometteur. Voyez ci-dessous les raisons de son succès.
En quoi consistait cette campagne?
La campagne contre la stigmatisation entourant le VIH a été mise au point par l’Alliance pour la santé sexuelle des hommes gais, une vaste coalition d’hommes gais et de leurs alliés, comprenant des représentants d’organismes de lutte contre le sida, de bureaux de santé publique et de secteurs du gouvernement, ainsi que des chercheurs et d’autres membres de la collectivité. Cette campagne visait à :
-
réduire la stigmatisation entourant le VIH
-
susciter un plus grand appui pour les hommes séropositifs
-
rendre la divulgation de la séropositivité plus sûre
-
décourager le fait de se fier à la divulgation de la séropositivité pour éviter la transmission du VIH
-
inciter les personnes concernées à subir un test de dépistage
Contrairement à d’autres campagnes qui reposent souvent sur un message clé unique, cette campagne était fondée sur une question suscitant la réflexion : « Si vous étiez rejeté chaque fois que vous avouez être séropositif, dévoileriez-vous votre statut VIH? » Par cette question, on cherchait à encourager les hommes gais de l'Ontario à réfléchir et à discuter entre eux des effets de la stigmatisation entourant le VIH. On pouvait voir cette annonce sur des panneaux d'affichage, dans des médias ciblant les communautés gaies et ethniques, en ligne et dans du matériel de sensibilisation standard (boîtes de condoms, affiches, t-shirts et cartes postales). L'objectif était d'attirer les participants vers le site Web qui constituait le cœur de la campagne.
Le site Web comprenait des informations, un forum communautaire et une liste d’organismes pertinents en Ontario (y compris des centres de dépistage du VIH, des services de lutte contre le sida et d’autres organismes liés à la santé, des groupes communautaires gais et d’autres groupes sociaux).
Comment fonctionnait le site Web?
Lorsqu’on visitait le site Web pour la première fois, on nous accueillait avec la question « Si vous étiez rejeté chaque fois que vous avouez être séropositif, dévoileriez-vous votre statut VIH? » (en anglais) et le choix entre « oui » et « non ». On pouvait aussi voir une courte vidéo en langage familier abordant quelques points comme le fait que la stigmatisation incite les gens à cacher leur séropositivité et pourquoi il ne faut pas se fier à la divulgation de la séropositivité pour prévenir le VIH.
Pendant cinq mois, huit blogueurs embauchés pour la campagne – des hommes gais séronégatifs et séropositifs – ont animé de vives discussions en ligne sur une variété de sujets, par le biais d’articles affichés en continu et de vidéos.
Comment a-t-on évalué la campagne?
La campagne contre la stigmatisation entourant le VIH a été évaluée par deux chercheurs indépendants en consultation avec l’Alliance pour la santé sexuelle des hommes gais. À l’aide de sondages distribués aux hommes gais et bisexuels avant et après la campagne, les chercheurs ont pu évaluer si la campagne avait influencé les attitudes quant à la stigmatisation entourant le VIH, au dépistage du VIH et à la divulgation du statut VIH chez les hommes gais et bisexuels qui avaient vu la campagne.
Qu’ont noté les évaluateurs?
Les évaluateurs ont établi que la campagne avait réussi à sensibiliser les hommes gais et bisexuels en Ontario quant à la stigmatisation entourant le VIH. Les hommes qui avaient vu la campagne étaient :
-
plus susceptibles de reconnaître la stigmatisation à laquelle sont confrontés les hommes séropositifs (81 % contre 70 % de ceux qui n’avaient pas eu connaissance de la campagne)
-
plus en mesure de reconnaître que les hommes gais séropositifs peuvent être réticents à divulguer leur statut à leurs partenaires sexuels par crainte du rejet (73 % contre seulement 65 % des hommes qui n’avaient pas eu connaissance de la campagne)
-
plus en mesure de comprendre pourquoi certains hommes séropositifs ne divulguent pas leur statut VIH – ils reconnaissaient que ces hommes pouvaient avoir des motifs pour ne pas divulguer leur séropositivité dans certaines circonstances
Les évaluateurs ont conclu que ces observations résultaient de l'usage d’une combinaison de marketing social classique (annonces), de nouvelles stratégies fondées sur les médias sociaux (site Web, vidéos, blogues) et d’activités communautaires de sensibilisation.
Le verdict?
Au cours de la campagne, le site Web a eu 20 844 visiteurs uniques. La campagne contre la stigmatisation entourant le VIH a suscité l’intérêt de nombreux hommes gais en Ontario : 4 000 personnes ont visité le site plus de 10 fois. Cela laisse entendre que de nombreuses personnes ont suivi les discussions sur les blogues et que la campagne a atteint une bonne ampleur (par le nombre de personnes touchées) mais aussi une bonne profondeur. Ces résultats montrent que bien des hommes gais s’intéresseront à une telle campagne et que les plus récentes approches fondées sur les médias sociaux peuvent être des moyens de sensibilisation utiles.
Rien ne montre que cette campagne a eu un effet sur le recours aux tests de dépistage et sur les comportements à risque de transmission chez les hommes gais et bisexuels, mais la campagne a réussi à sensibiliser tous les individus à la stigmatisation entourant le VIH et à son rôle dans la transmission du VIH, ainsi qu’à lancer des discussions sur la façon dont cette stigmatisation peut contribuer à des situations de vulnérabilité en matière de transmission du VIH. Elle a servi de forum offrant aux hommes un espace collectif pour réfléchir et discuter au sujet des perceptions et visions du risque lié au VIH dans leur vie quotidienne.
Les campagnes de marketing social qui cherchent à aborder la stigmatisation entourant le VIH et combinent des annonces relevant du marketing social classique, des activités communautaires de sensibilisation et un site Web/blogue peuvent permettre de lancer des discussions entre les hommes gais sur des questions importantes en lien avec la stigmatisation et la transmission du VIH. Les campagnes qui se fondent sur de solides activités communautaires de sensibilisation et utilisent une approche collaborative, comme la campagne fondée sur le site serostigmatisation.com, peuvent avoir une grande influence sur la façon dont les hommes perçoivent la stigmatisation entourant le VIH et la transmission du VIH.
Référence
Adam BD, Murray James, Ross Suzanne et al. hivstigma.com, an innovative web-supported stigma reduction intervention for gay and bisexual men. Health Education Research. 2011 Jan 17.