Nouvelles CATIE

13 mars 2018 

Hausse rapide de l’exposition au fentanyl parmi les personnes qui utilisent des drogues à Vancouver

  • Des chercheurs de Vancouver ont analysé les tendances de la consommation de drogues dans le Downtown Eastside
  • L’opioïde puissant fentanyl a été détecté dans les échantillons d’urine de 39 % des participants
  • De mars à juillet 2017, la probabilité de la détection de fentanyl a doublé chaque mois

Depuis plusieurs années, on assiste à une augmentation marquée du nombre de décès parmi les personnes faisant des surdoses de drogues. Ce problème est survenu en premier en Colombie-Britannique puis s’est étendu à l’Alberta  et au reste du Canada. La Colombie-Britannique en particulier continue de se battre contre une « épidémie de surdoses » attribuable à l’exposition à l’analgésique puissant fentanyl et à ses analogues.

Dans le bulletin précédent de Nouvelles CATIE, nous avons rendu compte des résultats obtenus par des chercheurs de Vancouver qui ont effectué des analyses d’urine auprès de plusieurs centaines d’utilisateurs de drogues. Cette équipe a découvert que 15 % des personnes en question avaient été exposées au fentanyl. Parmi les personnes qui s’injectaient des drogues, la proportion d’expositions s’élevait à 20 %. Comme cette étude a été réalisée en 2016 et les résultats publiés en 2018, il est probable que la pénétration du fentanyl dans les marchés de drogues a augmenté dans l’intervalle. Il est donc probable que la proportion d’utilisateurs de drogues exposés au fentanyl a augmenté aussi.

Le Downtown Eastside : un quartier lourdement touché

Une autre équipe de chercheurs de l’Université de la Colombie-Britannique et de l’Université Simon Fraser de Vancouver ont étudié l’efficacité de certains services de santé offerts à 375 personnes vivant dans un quartier appelé le Downtown Eastside. Selon les chercheurs, ce dernier est un quartier pauvre qui fait face à de nombreux problèmes sur le plan de la santé, y compris des « épidémies de VIH, d’hépatite C et de consommation d’opioïdes et de stimulants ». Les chercheurs ont trouvé que « l’efficacité clinique des traitements était la plus élevée pour l’infection au VIH, moyenne pour la dépendance aux opioïdes et la plus faible pour la psychose ».

Accent sur la consommation de drogues

Les chercheurs ont réalisé une autre étude centrée sur la consommation de drogues auprès de 237 personnes inscrites à l’étude mentionnée ci-dessus. Durant cette étude menée entre mars et juillet 2017, les chercheurs contactaient les participants une fois par mois pour les interroger au sujet de leur consommation de drogues et leur faire passer des tests d’urine pour déterminer s’ils avaient été exposés aux substances suivantes :

  • fentanyl/norfentanyl
  • morphine
  • héroïne
  • codéine
  • méthadone

Les participants à l’étude sur la consommation de drogues avaient le profil moyen suivant :

  • âge : 46 ans
  • 78 % d’hommes, 22 % de femmes
  • selon les chercheurs, la plupart des personnes étaient « logées de façon marginale ou sans abri »
  • près de 50 % s’étaient injecté des drogues au cours de la semaine précédente

Résultats

Les chercheurs ont trouvé que, pendant les cinq mois de l’étude, 91 participants sur 237 (38 %) ont dévoilé avoir consommé des opioïdes non prescrits.

Le fentanyl a été détecté dans 229 échantillons d’urine sur 590 (39 %).

Selon les chercheurs, « Dans l’ensemble, 83 des 91 participants (91 %) ayant signalé l’usage d’opioïdes non prescrits avaient au moins un spécimen [d’urine] contenant du fentanyl; 15 personnes sur 83 (18 %) ont affirmé avoir pris du fentanyl (dont 11 quotidiennement) ».

Les chercheurs ont trouvé que « la correspondance entre l’autodéclaration et la détection étaient faible dans le cas du fentanyl, alors qu’elle était modérée ou plus forte dans le cas des autres opioïdes ».

Au cours de l’étude, les chercheurs ont observé les tendances suivantes :

  • « La probabilité de la détection de fentanyl a doublé chaque mois. »
  • Parmi les personnes ayant dévoilé l’usage d’opioïdes non prescrits, « la probabilité de la détection de fentanyl était plus élevée et augmentait plus rapidement au fil du temps. En revanche, la détection [d’autres] opioïdes a diminué avec le temps. »

Toutes ces tendances sont significatives du point de statistique, c’est-à-dire non attribuables au seul hasard.

Au cours de l’étude, le nombre de décès par surdose de drogues a diminué quelque peu puis s’est stabilisé tout en restant élevé.

À retenir

En tant que drogue de rue, le fentanyl n’est pas nouveau. Avant l’époque actuelle, des études avaient trouvé que le fentanyl se trouvait relativement rarement sur le marché de drogues au Canada. Ce qui est nouveau est la plus grande disponibilité de cette drogue depuis plusieurs années.

Voici une déclaration des chercheurs :

« À Vancouver, comme [aux États-Unis], la phase initiale de l’épidémie d’opioïdes était associée [aux produits pharmaceutiques détournés du système médical]. Cela a changé lorsque le fentanyl non pharmaceutique est arrivé sur le marché en tant qu’additif à l’héroïne. La faible concordance entre l’usage déclaré de fentanyl et sa détection est cohérente avec l’ignorance de l’exposition [chez les utilisateurs]. Durant les premiers mois, à mesure que les échantillons d’urine contenant du fentanyl s’accumulaient parmi les participants, une hausse des appels aux premiers intervenants pour des surdoses s’est produite dans le quartier, et le nombre de surdoses mortelles a augmenté partout dans la ville. »

Selon les chercheurs, il est possible que « certains utilisateurs commencent à acquérir une tolérance aux effets indésirables des opioïdes plus puissants parce que certains individus disent rechercher délibérément du fentanyl ».

La présente étude s’ajoute à la masse croissante de données probantes soulignant la nécessité d’un élargissement coordonné et complet des services de première ligne et autres pour limiter les surdoses futures (et les décès) de tout opioïde (y compris le fentanyl) et pour stabiliser subséquemment la vie des personnes qui utilisent des drogues en leur fournissant les soutiens et les interventions nécessaires (notamment l’accès libre au traitement des maladies mentales et des dépendances et l’accès au logement subventionné).

Ressources

Mise à jour sur la recherche : Les sites d’injection supervisée au Canada : passé, présent et futur — Point de mire sur la prévention

Recommandations de pratiques exemplaires pour les programmes canadiens de réduction des méfaits — CATIE

Implementing Supervised Injection Services – L'Association des infirmières et infirmiers autorisés de l’Ontario

                                                                                                                        —Sean R. Hosein

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