Nouvelles CATIE

22 février 2018 

Des chercheurs étudient les conséquences des co-infections par les virus d’hépatite sur les femmes enceintes ayant le VIH

  • La co-infection par l’hépatite C augmente le risque de complications durant la grossesse chez les femmes ayant le VIH
  • Les femmes co-infectées par l’hépatite C avaient des charges virales du VIH plus élevées au moment de l’accouchement
  • Les chercheurs suggèrent de dépister l’hépatite C chez les femmes ayant le VIH avant la grossesse

En raison des voies infectieuses communes, la co-infection avec les virus causant l’hépatite, particulièrement le virus de l’hépatite B (VHB) et/ou le virus de l’hépatite C (VHC), est relativement courante chez certaines personnes ayant le VIH. Pour en apprendre davantage sur les conséquences de ces virus sur la grossesse et la naissance chez les femmes co-infectées, des chercheurs français ont mené une étude. Ils se sont concentrés sur les renseignements relatifs à la santé, collectés chez plus de 4 000 femmes séropositives qui sont tombées enceintes entre 2005 et 2013. Les chercheurs ont découvert que les femmes co-infectées par le VHC étaient plus à risque de vivre des complications relatives à la grossesse et d’avoir une santé plus fragile que les femmes co-infectées par le VHB ou ayant uniquement le VIH. L’étude française a attiré l’attention sur la co-infection par le VHC et la nécessité d’offrir un dépistage et un traitement pour cette infection avant que les femmes ne tombent enceintes.

Détails de l’étude

Les chercheurs se sont concentrés sur des données provenant de 4 326 femmes sur lesquelles ils avaient des renseignements au sujet de l’infection par le VIH et/ou VHB et/ou VHC.

Résultats – VHB et VIH

Un total de 261 femmes (6 %) avaient à la fois le VHB et le VIH. Pendant l’étude, la proportion de femmes avec une co-infection par le VHB est passée de 7 % en 2005 à environ 5 % en 2013. La co-infection avec le VHB était associée au pays de naissance, et non à l’âge ou à l’occupation de la femme, ni à ses antécédents potentiels d’injection de drogues.

Résultats – VHC et VIH

Dans l’ensemble, environ 2 % des femmes de l’étude avaient une co-infection active par le VHC (évaluée selon les niveaux de matériel génétique du VHC dans leurs échantillons sanguins). Les femmes nées en Europe avaient considérablement plus de risques d’avoir cette infection que les femmes nées en Afrique subsaharienne, en Asie ou aux Caraïbes. Près de 50 % des femmes ayant des antécédents d’injection de drogues avaient une co-infection par le VHC. Pendant l’étude, la proportion de femmes avec une co-infection par le VHC est passée de 3 % en 2005 à un peu moins de 1 % en 2013. Cette diminution a principalement eu lieu chez les femmes qui avaient des antécédents d’injection de drogues. Par exemple, en 2005, la proportion de femmes ayant cet historique qui avaient une co-infection avec le VHC était de 67 %, mais en 2013, seulement 21 % des femmes qui s’étaient déjà injecté des drogues étaient co-infectées par le VHC.

Infections virales chez les nouveau-nés

Les chercheurs ont étudié les résultats des tests en laboratoire provenant de 3 968 nouveau-nés des femmes dans l’étude. Un total de 28 nouveau-nés (0,7 %) étaient infectés par le VIH. Aucun de ces bébés n’était né de mères co-infectées avec le VHB. Les chercheurs ont dit que cela était dû au dépistage et au traitement du VHB et du VIH.

Parmi les 68 bébés nés de mères co-infectées par le VHC, 4 (6 %) étaient infectés par le VHC. Par ailleurs, les chercheurs ont découvert qu’il y avait un risque accru de complications relatives à la grossesse chez les femmes co-infectées par le VIH et le VHC, y compris une accumulation de bile dans le corps (cholestase) de la mère. Généralement, ce problème tend à apparaître tard dans la grossesse, puisque la circulation de bile du foie est bloquée et que la bile peut s’accumuler dans le sang.

Réaction au traitement du VIH

Parmi les femmes ayant uniquement le VIH, et celles avec une co-infection du VIH et du VHB, les chercheurs ont découvert que les deux groupes, à la fin de la grossesse, avaient des proportions similaires de charges virales du VIH détectables et un faible compte de cellules CD4+ (moins de 350 cellules CD4+/mm3) dans leurs échantillons de sang. Cela se produisait dans les cas où les femmes avaient commencé le traitement du VIH (TAR) avant ou pendant la grossesse.

Toutefois, parmi les femmes co-infectées par le VIH et le VHC, les chercheurs ont découvert que, en général, à la fin de la grossesse, elles avaient un compte de cellules CD4+ plus bas que les femmes qui étaient atteintes uniquement du VIH (ou les femmes qui avaient une co-infection du VIH et du VHB). Les femmes co-infectées par le VHC qui ont commencé le TAR durant la grossesse étaient plus à risque d’avoir une charge virale du VIH détectable au moment de l’accouchement.

À garder en tête

Dans la présente étude française, les chercheurs ont découvert une tendance de diminution des proportions des femmes co-infectées par le VIH et le VHB au fil du temps. Ils attribuent cette observation aux campagnes de vaccination dans les pays où le VHB est relativement courant. Aucun bébé dans l’étude n’est né infecté par le VHB et les chercheurs disent que cela est dû à l’utilisation du TAR, lequel contenait des médicaments efficaces contre le VIH et le VHB (comme le ténofovir DF, le FTC et le 3TC) par les mères durant la grossesse. Ils disent aussi que le fait d’administrer aux bébés le vaccin contre le VHB aide à leur protection future.

Les chercheurs ont découvert que les mères co-infectées par le VIH et le VHC avaient davantage de complications durant la grossesse. Puisque les chercheurs ont établi que la grande majorité des mères n’ont pas consommé de substances (alcool, drogues, tabac) pendant leur grossesse, ils peuvent éliminer la consommation de substances comme cause potentielle de complications relatives à la grossesse. Ils ne sont pas certains de quel aspect de la co-infection était responsable du fait que les mères ayant une co-infection par le VIH et le VHC avaient davantage de complications que les autres mères.

Maintenant que le traitement oral puissant pour le VHC est généralement subventionné dans les pays à haut revenu, les chercheurs disent que le traitement du VHC avant la grossesse devrait être considéré, puisque cela pourrait limiter les complications liées au VHC durant la grossesse.

Ressources

Vivre avec la co-infection VIH/hépatite C

Hépatite C : Un guide détaillé

Hépatite B – Feuillet d’information de CATIE

— Sean R. Hosein

RÉFÉRENCE :

Benhammou V, Tubiana R, Matheron S, et al. HBV or HCV co-infection in HIV-1-infected pregnant women in France: Prevalence and pregnancy outcomes. Journal of Acquired Immune Deficiency Syndromes. 2018; sous presse.