Nouvelles CATIE

12 septembre 2017 

La fragilité, les lésions nerveuses et les chutes chez les personnes séropositives d'âge moyen et plus âgées

Les personnes séropositives sont plus nombreuses à vivre longtemps de nos jours grâce aux combinaisons de médicaments anti-VIH puissants (TAR). À mesure que les personnes séropositives atteignent l'âge moyen et l'âge d'or, elles se trouvent souvent aux prises avec un ou plusieurs problèmes liés au vieillissement. Un des problèmes qui peut avoir un impact considérable sur la santé et la qualité de vie des personnes plus âgées réside dans les chutes. Les personnes âgées qui font des chutes risquent de se blesser et, selon des chercheurs américains, les blessures en question peuvent aggraver leurs problèmes préexistants, notamment le manque d'activité physique et la faiblesse.

Certaines études menées auprès de personnes séropositives d'âge moyen et plus âgées portent à croire que la fragilité et les déficiences physiques sont relativement courantes. Lors d'une étude particulière, le risque de chute chez les personnes séropositives âgées de 52 ans en moyenne s'est révélé semblable au risque de chute chez les personnes séronégatives âgées de 65 ans ou plus.

Étude américaine

Pour une étude menée aux États-Unis sous le nom de code ACTG A5322, des chercheurs ont inscrit plus de 900 personnes séropositives d'âge moyen ou plus âgées afin d'étudier leur état de santé. Un rapport qui a émergé de cette recherche se rapporte à la fragilité et aux chutes. Les chercheurs ont constaté que la fragilité était peu courante, ne touchant que 6 % des participants. Cependant, près de 40 % des participants étaient en train de s'affaiblir physiquement, et les chercheurs leur ont attribué l'étiquette de « préfragiles ».

Des analyses statistiques ont révélé que les personnes fragiles ou préfragiles étaient plus à risque de faire des chutes. Le risque de chute était également plus élevé chez les personnes fragiles qui avaient des nerfs endommagés dans les pieds ou les jambes (neuropathie périphérique).

Cette étude souligne une caractéristique importante du vieillissement, ainsi que la nécessité de dépister les facteurs contribuant à l'augmentation du risque de chute chez certaines personnes séropositives et ce, dès qu'elles atteignent l'âge moyen.

Détails de l'étude

Les chercheurs ont inscrit des participants d'un peu partout aux États-Unis entre novembre 2013 et juillet 2014. Les participants ont visité les cliniques de l'étude tous les six mois pour être interrogés, remplir des questionnaires, passer des examens physiques et se faire prélever du sang à des fins d'analyse. Les chercheurs ont également évalué les participants afin de détecter la présence d'affections médicales coexistantes, et plus particulièrement de problèmes neurocognitifs.

En moyenne, les participants étaient au milieu de la cinquantaine; 80 % d'entre eux étaient des hommes et 20 %, des femmes.

Les chercheurs ont défini une chute comme « un événement inattendu lors duquel une personne perd l’équilibre et tombe sur le plancher, le sol ou sur un niveau inférieur et/ou elle se heurte contre un objet ». Les chercheurs n'ont pas inclus les chutes occasionnées par un AVC ou par le fait d'avoir été poussé.

Pour évaluer la fragilité, les chercheurs ont utilisé une méthode validée incluant les éléments suivants :

  • force de la prise de la personne (mesurée à l'aide d'un dynamomètre)
  • temps que met la personne à marcher une distance de quatre mètres (il s'agit de la vitesse de la démarche)
  • perte de poids non intentionnelle auto-déclarée
  • épuisement physique auto-déclaré
  • limitations auto-déclarées de diverses activités physiques

Résultats : chutes

Les chercheurs ont analysé les données recueillies auprès de 967 personnes et ont constaté que 174 personnes (18 %) avaient fait au moins une chute depuis un an. Voici la répartition des chutes :

  • 106 personnes (11 %) : une chute depuis un an
  • 68 personnes (7 %) : plus d'une chute depuis un an

Sur les 174 personnes ayant fait une chute, 21 % ont reçu des soins médicaux après être tombées. Environ 5 % de ces personnes ont subi au moins une fracture osseuse.

Fragilité

Après avoir évalué tous les participants pour détecter des indices de fragilité, les chercheurs ont constaté ce qui suit :

  • 55 % n'étaient pas fragiles (non fragiles)
  • 39 % étaient préfragiles
  • 6 % étaient fragiles

Voici la répartition des chutes en fonction de la fragilité :

  • parmi les personnes non fragiles : 12 % ont fait au moins une chute depuis un an
  • parmi les personnes préfragiles : 22 % ont fait au moins une chute depuis un an
  • parmi les personnes fragiles : 49 % ont fait au moins une chute depuis an an

Les chercheurs ont constaté que les personnes dont la force de la prise était faible étaient plus susceptibles de faire des chutes récurrentes que les personnes dont la prise n'était pas faible.

De plus, les participants qui marchaient lentement étaient plus susceptibles de faire des chutes récurrentes que les personnes qui marchaient à une vitesse normale.

Neuropathie périphérique (NP)

Les personnes ayant le VIH sont sujettes à l'apparition de lésions nerveuses dans leurs pieds, leurs jambes et leurs mains. La NP peut se produire pour plusieurs raisons, dont les suivantes :

  1. Raisons liées au VIH : Lors d'expériences sur des singes infectés par un virus étroitement apparenté au VIH appelé VIS (virus de l'immunodéficience simienne), on a constaté que les singes étaient sujets aux lésions nerveuses à cause de la présence de protéines produites par les cellules infectées par le VIS. Il est donc très probable que des protéines produites par les cellules infectées par le VIH peuvent causer de l'inflammation et des lésions dans les cellules nerveuses vulnérables chez les humains, ce qui provoquerait la NP chez les personnes ayant avec le VIH. De plus, certaines études ont trouvé qu'une charge virale élevée était associée à un risque accru de NP.
  2. Utilisation antérieure d'un ou plusieurs membres de la famille des médicaments anti-VIH plus anciens surnommés « médicaments D », soit ddC (zalcitabine, Hivid), ddI (didanosine, Videx, Videx EC) et d4T (stavudine, Zerit). Bien que l'usage des médicaments D ne soit plus recommandé par les lignes directrices dans les pays à revenu élevé, la NP est l'héritage persistant de l'exposition à ce groupe de médicaments pour certaines personnes.
  3. co-infection par un membre de la famille des virus de l'herpès appelé CMV (cytomégalovirus)
  4. diabète de type 2
  5. carence en vitamine B12
  6. consommation excessive d'alcool
  7. zona (herpès zoster)
  8. dysfonction thyroïdienne
  9. exposition à certains antibiotiques utilisés pour traiter la tuberculose

Après avoir évalué les participants, les chercheurs ont découvert que 39 % d'entre eux (373 personnes) souffraient de NP. De plus, les chercheurs ont affirmé que les personnes fragiles qui avaient la NP « étaient considérablement plus susceptibles de faire des chutes que les personnes non fragiles ».

En général, les chercheurs n'ont pas trouvé d'indices probants révélant que d'autres affections, y compris les déficiences neurocognitives, avaient un impact important sur la fragilité et les chutes.

Lors d'une étude américaine antérieure menée auprès d'environ 650 femmes séropositives, on a également constaté un lien entre la présence de la NP et un risque accru de chutes.

Dans la publication de CATIE intitulée Un guide pratique des effets secondaires des médicaments anti-VIH, on peut trouver des options utiles à envisager pour faire face à la NP.

Points à prendre en considération

Cette étude confirme que les personnes séropositives présentant un certain degré de fragilité (c'est-à-dire les personnes fragiles ou préfragiles) sont plus à risque de faire des chutes.

Dans cette étude, il y avait un lien significatif entre deux caractéristiques normalisées et mesurables de la fragilité, soit la faiblesse de la prise et la démarche lente, et un risque accru de chute.

Il est possible que les participants à cette étude ne reflètent pas fidèlement les patients que les médecins voient habituellement dans leurs cliniques. Cette possibilité existe parce que, selon les chercheurs, de nombreuses personnes inscrites à cette étude avaient déjà participé à des essais cliniques sur le VIH. Quoi qu'il en soit, il est possible que certaines personnes séropositives en dehors de cette étude soient plus vulnérables à la fragilité et aux chutes.

Conseils des chercheurs

À la lumière des résultats de leur étude, les chercheurs encouragent les médecins et les infirmières à incorporer des évaluations simples de la fragilité, telles les mesures de la force de la prise et de la vitesse de la démarche, comme moyens possibles de reconnaître leurs patients séropositifs courant un risque accru de chute. Il serait ensuite possible d'éduquer de tels patients sur la prévention des chutes. Les chercheurs ont également souligné qu'il était peut-être nécessaire d'évaluer le risque de chute chez les personnes séropositives souffrant de NP.

Points à retenir

La présente étude a mis en évidence deux problèmes liés au vieillissement qui touchent les personnes vivant avec le VIH : la fragilité et les chutes. Ces problèmes s'observent typiquement chez les personnes séronégatives âgées, mais dans cette étude ils se produisaient chez certaines personnes séropositives dès l'âge moyen.

Une épidémie qui vieillit

La recherche porte à croire que le VIH est arrivé en Amérique du Nord au début des années 1970 et que sa propagation a fini par entraîner l'apparition des premiers cas reconnus de sida en 1981. Les personnes séropositives qui ont survécu à cette époque ont bien plus de 50 ans aujourd'hui.

Lors de plusieurs études, les chercheurs ont trouvé que le VIH persistait dans les tissus lymphatiques des participants et causait l'inflammation et l'activation continues du système immunitaire et ce, malgré la prise d'un TAR et une excellente observance thérapeutique pendant de nombreuses années. Cette activation et inflammation continues pourraient rendre certaines personnes séropositives plus sujettes aux complications liées au vieillissement. Ainsi, les chercheurs doivent poursuivre leurs travaux auprès des personnes séropositives vieillissantes afin de trouver des moyens de les aider à maintenir une bonne qualité de vie jusqu'à l'âge d'or.

—Sean R. Hosein

Ressources

Facteurs liés aux chutes chez les femmes d'âge moyenNouvelles CATIE

La douleur névralgique et les engourdissementsUn guide pratique des effets secondaires des médicaments anti-VIH

Élucider la complexité de la fatigue liée au VIHNouvelles CATIE

« America’s other drug problem: Giving the elderly too many prescriptions » – Washington Post

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HIV and Aging: State of Knowledge and Areas of Critical Need for Research. A Report to the NIH Office of AIDS Research by the HIV and Aging Working Group

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Programme de recherche des IRSC sur la comorbidité liée au VIH : secteurs de recherche pertinents

Le VIH et le vieillissement – Conseils pour vivre en santé à l'intention des personnes séropositives de 50 ans et plus

Santé mentaleLe VIH au Canada : Guide d'introduction pour les fournisseurs de services

VIH et problèmes cérébrauxTraitementActualités 204

Espérance de vie prolongée pour les personnes séropositives en Amérique du NordTraitementActualités 200

Feuillets d'information sur le VIH et le vieillissement au Canada – Société canadienne du sida

VIH et vieillissement : Une analyse environnementale des programmes et services au Canada – rapport communautaire – réalise (anciennement le Groupe de travail canadien sur le VIH et la réinsertion sociale – GTCVRS)

Répertoire des programmes et services prometteurs pour les personnes âgées vivant avec le VIH au Canada – réalise

Evidence-informed recommendations for rehabilitation with older adults living with HIV: a knowledge synthesisBMJ Open

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