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6 juillet 2017 

Une étude canadienne découvre un risque accru de mortalité parmi les Autochtones séropositifs

Les études menées depuis 35 ans ont révélé que les Autochtones canadiens ont généralement une espérance de vie plus courte que les non-Autochtones. Cette longévité réduite a été attribuée aux causes directes suivantes :

  • maladies cardiovasculaires
  • maladies gastro-intestinales
  • cancer
  • accidents de véhicules motorisés
  • consommation de drogues/d’alcool
  • infection au VIH

Autochtones et VIH

Depuis l'introduction des combinaisons de médicaments anti-VIH puissants (TAR) en 1996, le nombre de décès attribuables aux complications du VIH a diminué énormément au Canada. Cependant, une équipe de chercheurs autochtones et non autochtones a récemment examiné les données de santé recueillies auprès de personnes séropositives  par des cliniques en Colombie-Britannique, en Ontario et au Québec en collaboration avec le Centre de recherche collaborative canadien (CANOC). Les chercheurs ont trouvé que les personnes autochtones qui s'étaient fait prescrire un TAR durant l'époque récente (2000 à 2012) affichaient encore des taux de mortalité élevés par rapport aux non-Autochtones. L'équipe a réclamé une « action immédiate » pour déterminer les causes de décès et trouver des moyens d'améliorer la santé des Autochtones vivant avec le VIH.

Détails de l'étude

Grâce à la participation et aux conseils de personnes autochtones, l'équipe de recherche a créé un outil qu'elle a nommé le « Modèle épidémiologique de la santé autochtone ». Il s'agit d'un cadre de travail qui unit des perspectives autochtones et épidémiologiques.

L'équipe de recherche a utilisé les données recueillies par le CANOC. Ce dernier collecte des informations liées à la santé auprès de nombreuses cliniques situées dans plusieurs provinces canadiennes.  Les données qu'utilise le CANOC sont recueillies après que les participants ont commencé un TAR. Tout renseignement identificatoire est éliminé des données, et celles-ci sont analysées de temps en temps.

L'équipe de recherche s'est concentrée sur les données de 7 080 participants qui ont été recueillies entre 2000 et 2012. Le profil moyen des participants lors de leur admission à l'étude était le suivant :

  • 79 % d'hommes, 21 % de femmes
  • âge : 40 ans
  • compte de CD4+ : 210 cellules/mm3
  • charge virale : 78 000 copies/ml

Les participants avaient la composition ethno-raciale suivante :

  • Autochtones : 497 personnes
  • Blancs : 2 471 personnes
  • Africains, Caribéens ou Noirs : 787 personnes
  • autre (non spécifié) : 629 personnes
  • inconnu : 2 696 personnes

Résultats

Au cours de la période à l'étude, 10 % des participants sont morts. Les Autochtones couraient un risque de mortalité considérablement plus élevé que les non-Autochtones.

Il existe de nombreux facteurs mesurables qui peuvent avoir un impact sur la santé et les chances de survie d'une personne séropositive. Lorsque les chercheurs ont tenu compte de certains de ces facteurs – l'âge, le sexe, la voie d'infection par le VIH, la co-infection au virus de l'hépatite C, la combinaison de médicaments figurant dans les régimes, le compte de CD4+ et la charge virale initiaux –, ils ont trouvé que le risque de mortalité était deux fois et demie plus élevé chez les Autochtones séropositifs que chez les personnes séropositives de race blanche. Cette différence dans le risque de mortalité est significative du point de vue statistique, c'est-à-dire non attribuable au seul hasard.

Il semblait y avoir une tendance vers une augmentation du risque de mortalité chez les Autochtones au cours de l'étude.

Il n'y avait pas de différence significative entre le risque de mortalité chez les Blancs et celui des personnes d'origine africaine ou celles appartenant à d'autres groupes ethnoraciaux.

Points à retenir

1. Les résultats de la présente étude sont très troublants. Les raisons de cette survie réduite parmi les Autochtones séropositifs ne sont pas claires. Or, comme nous l'avons déjà mentionné, les Autochtones vivent généralement moins longtemps au Canada; selon l'équipe de recherche, il est possible que les mêmes facteurs qui réduisent la longévité des Autochtones en général aient également un impact sur la survie des Autochtones séropositifs. De plus, une étude antérieure avait révélé que certains facteurs avaient un impact négatif sur la survie des personnes séropositives, y compris les suivants :

  • avoir un médecin qui n'a pas d'expérience des soins et du traitement des personnes séropositives
  • antécédents d'utilisation de drogues injectables
  • niveau de scolarité plus faible
  • statut socioéconomique plus faible

Il faudra mener d'autres recherches pour déterminer pourquoi précisément les Autochtones séropositifs meurent prématurément.

2. Environ 80 % des Autochtones figurant dans cette étude vivaient en Colombie-Britannique. Le nombre d'Autochtones dans l'étude n'était pas suffisant pour faire des comparaisons pertinentes avec le sort des Autochtones vivant dans d'autres provinces comme l'Ontario ou le Québec.

3. Les bases de données observationnelles comme celle du CANOC  dépendent des cliniques pour recueillir leurs données. En raison des contraintes de temps, de personnel et d'argent, les cliniques ont tendance à capter des données qui sont facilement mesurables et informatisées, telles que les résultats des tests sanguins. Lors de la présente étude, les chercheurs ont souligné qu'ils ne disposaient d'aucune information sur les facteurs suivants qui auraient pu avoir un impact sur la santé, le bien-être et la survie :

  • consommation actuelle d'alcool ou de drogues
  • capacité des participants à prendre le TAR tous les jours tel qu'il est prescrit
  • « milieux sociaux et physiques défavorables »
  • « perte de culture et traumatismes intergénérationnels »
  • « développement de l'enfant défavorable »
  • « discrimination et usage et accès inéquitables aux soins »

Vers l'avenir

Afin de mieux reconnaître et comprendre les problèmes touchant les Autochtones séropositifs, les activités de recherche futures pourraient inclure l'établissement de liens avec les bases de données provinciales qui collectent des informations se rapportant à la santé.

Il reste beaucoup de travail à faire pour comprendre les facteurs qui compromettent la santé des Autochtones vivant avec le VIH. Selon cette équipe de chercheurs, ces résultats « nécessitent une action immédiate pour discerner les causes de décès, déterminer les défis et les barrières structurales à l'autodétermination en matière de santé et de bien-être et reconnaître des initiatives illustrant la réussite des forces autochtones pour améliorer et maintenir la santé et le bien-être ».

—Sean R. Hosein

Ressources

Centre de recherche collaborative canadien (CANOC)

Réseau canadien autochtone du sida (RCAS)

RÉFÉRENCES :

  1. Benoit AC, Younger J, Beaver K, Jackson R, et al. Increased mortality among Indigenous persons in a multisite cohort of people living with HIV in Canada. Canadian Journal of Public Health. 2017 Jun 16;108(2):e169-e175.
  2. Lima VD, Kretz P, Palepu A, et al. Aboriginal status is a prognostic factor for mortality among antiretroviral naïve HIV-positive individuals first initiating HAART. AIDS Research and Therapy. 2006 May 24;3:14.
  3. Benoit AC, Younger J, Beaver K, et al. A comparison of virological suppression and rebound between Indigenous and non-Indigenous persons initiating combination antiretroviral therapy in a multisite cohort of individuals living with HIV in Canada. Antiviral Therapy. 2017; in press.