Nouvelles CATIE

7 mars 2017 

Une étude australienne trouve que le test de dépistage du VIH à domicile est attrayant pour les hommes gais et bisexuels

Selon les estimations de l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC), environ 20 % des personnes vivant avec le VIH dans ce pays ne savent pas qu’elles sont infectées.

Les chercheurs responsables d’une étude australienne ont trouvé qu’environ 20 % des hommes gais et bisexuels interrogés « n’avaient jamais été testés… ou leur dernier test de dépistage du VIH remontait à plus de deux ans ».

Les exemples de ces deux pays à revenu élevé soulignent la nécessité de multiplier les occasions d’offrir un test de dépistage du VIH aux hommes gais et bisexuels. 

Approches à suivre selon le résultat du test

Un résultat négatif devrait être suivi d’un counseling et d’une discussion sur les options pour continuer à prévenir l’infection par le VIH.

Un résultat positif devrait être suivi d’un counseling de soutien et d’une orientation rapide vers des soins afin que l’on puisse discuter des bienfaits du traitement et en offrir un au patient. De nos jours, les personnes qui commencent un traitement contre le VIH (TAR) ont généralement de nombreuses options sûres et simples dont elles peuvent discuter avec leur médecin. Lorsqu’une personne prend le TAR tous les jours en respectant toutes les prescriptions et consignes, la quantité de VIH dans son sang, c’est-à-dire sa charge virale, se met à chuter. D’ordinaire, en l’espace de plusieurs mois, la charge virale diminue jusqu’à un niveau tellement faible que les tests conventionnels sont incapables de la quantifier de façon fiable (on dit couramment que ce faible niveau de virus est « indétectable »). Si la personne continue de prendre son TAR tous les jours, sa charge virale restera indétectable. Les examens médicaux et les tests sanguins réguliers aident les patients à suivre le fil de leur charge virale et à rester à l’affût de tout problème qui pourrait surgir. Toutes ces étapes sont importantes pour améliorer la santé. Grâce à cette santé améliorée, les chercheurs s’attendent de plus en plus à ce que de nombreux jeunes adultes qui commencent aujourd’hui le TAR vivent jusqu’à un vieil âge. De plus, nombre d’études ont révélé que les personnes ayant une charge virale indétectable ne transmettent pas le VIH à leurs partenaires sexuels. Pour toutes ces raisons, les stratégies qui aident les gens à découvrir leur statut VIH, et à recevoir des soins et un traitement en cas de résultat positif, ont le potentiel de réduire la propagation de ce virus à l’échelle des villes, des régions et des pays.

Dépistage et prévention à domicile

Une possibilité pour augmenter le dépistage du VIH réside dans l’homologation des trousses de dépistage du VIH auto-administrées (également appelées trousses ou tests de dépistage à domicile). Les trousses de ce genre ont été approuvées par les agences de réglementation de la France, du Royaume-Uni et des États-Unis, mais pas celles du Canada et d’Australie.

Une étude bien conçue

Aux fins d’un essai clinique randomisé, des chercheurs australiens ont recruté plus de 300 hommes séronégatifs afin de comparer les différentes tendances de leurs comportements en matière de dépistage du VIH. Avant de s’inscrire à l’étude, ces hommes ont dévoilé qu’ils avaient eu des relations sexuelles sans condom avec plus de cinq partenaires masculins au cours des trois mois précédents. Les chercheurs ont divisé les participants dans les deux groupes suivants :

  • Un groupe a reçu des trousses de dépistage du VIH à domicile gratuites, et on leur a demandé de continuer à fréquenter les mêmes cliniques de santé sexuelle et autres qu’ils visitaient de temps en temps pour se faire tester pour les infections transmissibles sexuellement (ITS), y compris le VIH.
  • Un groupe n’a pas reçu de trousse de dépistage à domicile, et on leur a demandé de continuer à fréquenter les cliniques de santé sexuelle et autres qu’ils visitaient de temps en temps pour se faire tester pour les infections transmissibles sexuellement (ITS), y compris le VIH. Ces participants ont servi de groupe témoin ou de comparaison.

On a demandé à tous les participants de remplir un questionnaire en ligne tous les trois mois.

Dans un article qui paraîtra dans le prochain numéro de la revue Lancet HIV, les chercheurs australiens présentent les résultats obtenus au cours des 12 premiers mois de l’étude. L’équipe a trouvé que le taux de dépistage du VIH a doublé parmi les hommes qui ont reçu les trousses de dépistage à domicile. Parmi les hommes disposant de tests à domicile qui n’avaient pas passé de test du VIH pendant les deux années précédentes, le taux de dépistage a presque quadruplé. Aucun changement significatif ne s’est produit chez les hommes du groupe témoin en ce qui avait trait aux comportements liés au dépistage du VIH.

Les chercheurs ont affirmé que « les [trousses] de dépistage du VIH à domicile devraient être plus largement accessibles afin d’augmenter le dépistage et le diagnostic précoce ».

Détails de l’étude

Les chercheurs australiens ont recruté deux groupes d’hommes qui avaient les antécédents suivants en matière de dépistage du VIH :

  • hommes dont le dernier test du VIH avait eu lieu au cours des deux années précédentes (testeurs récents)
  • hommes qui n’avaient jamais été testés pour le VIH ou dont le dernier test remontait à plus de deux ans (testeurs non récents)

En moyenne, les hommes inscrits à l’étude étaient dans la mi-trentaine. Le recrutement avait eu lieu dans de grandes cliniques de santé sexuelle urbaines des villes de Cairns, de Melbourne et de Sydney, ainsi que dans deux organismes communautaires. Selon les chercheurs, entre 17 % et 24 % des nouveaux clients des cliniques en question n’avaient jamais passé de test du VIH auparavant, et entre 12 % et 18 % des hommes étaient bisexuels.

Les chercheurs ont fait la promotion de l’étude par le biais d’affiches dans les cliniques, de bannières dans les sites Web gais et des médiaux sociaux, ainsi que sur l’app de réseautage social gai Grindr.

Les chercheurs ont conseillé à tous les participants de « continuer à se faire tester pour le VIH et les ITS comme normalement dans leurs [cliniques] préférées ». Pour la durée de l’étude, les hommes ont consenti à ce que les cliniques dévoilent les résultats de leurs dépistages à un membre de l’équipe de l’étude.

Pendant cette étude, on a utilisé la trousse de dépistage du VIH à domicile OraQuick, un produit de la compagnie pharmaceutique OraSure Techologies (Bethlehem, en Pennsylvanie). Ce test peut donner un résultat positif préliminaire que l’on qualifie de « réactif »; ce résultat doit ensuite être confirmé dans une clinique par un test plus précis.

L’équipe de recherche a offert rapidement, dans une clinique associée à l’étude, « un test de confirmation, un examen clinique et un counseling de soutien à tous les participants recevant un résultat réactif au test à domicile ».

Les participants du groupe utilisant le test à domicile ont reçu initialement quatre trousses et pouvaient en demander jusqu’à un maximum de 12 par année.

Au bout de 12 mois, les chercheurs ont donné des trousses de dépistage à domicile aux hommes du groupe témoin et les ont suivis pendant 12 mois additionnels. On a expliqué aux participants qu’ils ne devaient pas utiliser le test à domicile si une exposition potentielle au VIH s’était produite au cours des trois mois précédents, parce que le test avait une « période fenêtre » à respecter. Rappelons que le test de dépistage est utilisé pour détecter des anticorps contre le VIH qui sont produits à la suite de l’infection. Or, chez la majorité des gens, ces anticorps n’apparaissent qu’à peu près trois mois après le moment de l’infection par le VIH (on appelle ces trois mois la période fenêtre).

Résultats clés

  • Les participants qui ont reçu des trousses de dépistage du VIH à domicile étaient deux fois plus enclins à passer un test chez eux ou en clinique.
  • Les hommes qui ne s’étaient jamais fait tester pour le VIH ou qui n’avaient pas été testés depuis plus de deux ans étaient quatre fois plus enclins à utiliser le test à domicile ou à se faire tester en clinique.

Ces changements dans les comportements de dépistage du VIH sont significatifs du point de vue statistique.

Les chercheurs n’ont pas constaté de baisse significative de la fréquence des dépistages du VIH et des ITS en clinique parmi les participants qui avaient reçu les trousses de dépistage du VIH à domicile (on reviendra à ce point plus loin dans notre article). Cette observation s’applique autant aux testeurs récents qu’aux testeurs non récents.

Infections par le VIH

Trois nouvelles infections par le VIH ont été diagnostiquées pendant l’étude. Les trois infections se sont produites dans le groupe qui avait reçu les trousses de dépistage à domicile. Chacun des hommes a été mis en contact avec un service de soins.

Raisons et perspectives

Selon les chercheurs, les hommes qui avaient accès aux trousses de dépistage du VIH à domicile ont dévoilé ce qui suit :

  • ils étaient plus susceptibles d’utiliser le test à domicile que de se faire tester en clinique
  • ils utilisaient les trousses à la suite de comportements à risque élevé
  • ils utilisaient les trousses s’ils tombaient malades ou s’ils éprouvaient un symptôme qui les préoccupait

Après 12 mois d’expérience de l’utilisation des trousses à domicile, les hommes ont affirmé ce qui suit :

  • 97 % ont trouvé le test à domicile « facile »
  • 95 % disaient qu’ils iraient voir un médecin pour un test de confirmation si le test à domicile donnait un résultat réactif
  • 95 % recommanderaient le test à domicile à d’autres hommes

Les chercheurs ont également trouvé que 78 % des hommes qui utilisaient le test à domicile seraient prêts à payer jusqu’à 30 $AUS par test s’il était approuvé en Australie. Ce prix équivaut plus ou moins aux montants suivants dans ces autres monnaies :

  • dollar canadien : 31 $
  • euro : 22 €
  • dollar américain : 23 $

Appels téléphoniques

Les participants ont appelé la ligne de soutien de l’étude 20 fois seulement. La vaste majorité (90 %) des appels avaient pour motif une demande de trousses de dépistage additionnelles. Les participants n’ont signalé aucun effet indésirable lié à l’usage des tests à domicile.

Commentaires au sujet de l’étude

Des chercheurs de New York ont passé en revue les résultats de l’étude australienne et commenté de manière pertinente les thèmes évoqués par celle-ci.

Méfaits sociaux

Les chercheurs de New York ont souligné que l’étude australienne n’avait trouvé aucun méfait social associé au test de dépistage à domicile. Cependant, ils soutiennent que les stratégies de dépistage du VIH qui sont partiellement fondées sur les trousses à domicile « doivent clairement tenir compte des méfaits sociaux potentiels, et plus particulièrement ceux associés à l’oppression fondée sur le genre et la sexualité ».

Enjeux liés au coût

Les chercheurs de New York ont fait la déclaration suivante :

« Assurer l’accès aux tests à domicile réglementés et approuvés devrait être une priorité pour les programmes nationaux de prévention du VIH. Cependant, comme la plupart des recherches ont fourni gratuitement les tests à domicile, l’effet du coût de ces tests sur le dépistage régulier n’est pas bien compris. »

Selon ces chercheurs, le coût du test à domicile aux États-Unis se situe à environ 40 $ à 60 $ (entre 53 $ et 80 $CDN). En France, le test à domicile coûte généralement entre 20 € et 40 € (à peu près le même coût qu’aux États-Unis).

Autre déclaration des chercheurs de New York :

« Pour contourner les barrières possibles liées au coût, les autorités de la santé devront peut-être fournir gratuitement les tests à domicile afin de réaliser l’augmentation de la fréquence du dépistage [observée dans l’étude australienne]. »

Points à retenir

Comme les taux de dépistage ont augmenté, les chercheurs australiens ont conclu que le test de dépistage du VIH à domicile était populaire auprès des hommes gais et bisexuels inscrits à cette étude. Il est donc possible que l’accès à un test de dépistage à domicile subventionné puisse faire partie d’une stratégie visant à réduire les barrières au dépistage du VIH, notamment pour certaines populations comme les hommes gais et bisexuels vivant dans les pays à revenu élevé.

Les chercheurs ont également trouvé que les participants n’ont pas utilisé moins fréquemment les services de dépistage du VIH des cliniques au cours de cette étude. Il est important de souligner ce point parce que, à Seattle, des chercheurs avaient produit des simulations informatiques suggérant que la disponibilité d’un test à domicile pourrait accroître le nombre d’infections par le VIH parce que les patients arrêteraient de se faire tester en clinique en faveur du test à domicile, alors que ce dernier n’est pas fiable pour détecter les infections récentes (infections survenues au cours des trois mois précédents).

Ressources

Dépistage

Le dépistage du VIH à domicile : bienfaits potentiels et préoccupations actuellesPoint de mire sur la prévention

Les technologies de dépistage du VIH – feuillet d'information

Le processus de dépistage du VIH – feuillet d'information

Prévention du VIH

Déclaration de CATIE sur l’utilisation du traitement antirétroviral (TAR) pour maintenir une charge virale indétectable comme stratégie hautement efficace pour prévenir la transmission sexuelle du VIH

Ressources sur la prophylaxie pré-exposition (PrEP) – CATIE

Ressources sur la prévention de CATIE – CATIE

VIH, TAR et survie

La survie s’améliore chez les personnes séropositives plus âgées mais demeure plus courte que chez la population générale Nouvelles CATIE

Qu’est-ce qui réduit la survie 10 ans après l’amorce du TAR en Amérique du Nord et en Europe? TraitementActualités 217

Espérance de vie prolongée pour les personnes séropositives en Amérique du NordTraitementActualités 200

Exploration des facteurs contribuant à la survie prolongée des personnes sous multithérapie – TraitementActualités 200

L’infection au VIH à long terme et la qualité de vie liée à la santéNouvelles CATIE

Des chercheurs suisses évaluent la consommation de drogues et son impact sur la santé et la survie Nouvelles CATIE

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCES :

  1. Jamil MS, Prestage G, Fairley CK, et al. Effect of availability of HIV self-testing on HIV testing frequency in gay and bisexual men at high risk of infection (FORTH): a waiting-list randomised controlled trial. Lancet HIV. 2017; in press.
  2. Frye V, Koblin BA. HIV self-testing in high-risk populations. Lancet HIV. 2017; in press.
  3. Wilson DP, Hoare A, Regan DG, et al. Importance of promoting HIV testing for preventing secondary transmissions: modelling the Australian HIV epidemic among men who have sex with men. Sexual Health. 2009 Mar;6(1):19-33.
  4. Katz DA, Cassels SL, Stekler JD. Replacing clinic-based tests with home-use tests may increase HIV prevalence among Seattle men who have sex with men: evidence from a mathematical model. Sexually Transmitted Diseases. 2014 Jan;41(1):2-9.