Nouvelles CATIE

20 décembre 2016 

Une équipe britannique étudie l’amorce du traitement peu de temps après le diagnostic de VIH

Pendant le stade précoce (également appelé stade aigu) de l’infection au VIH, soit environ deux semaines après l’exposition initiale au virus, l’organisme produit une très grande quantité de VIH. Cela se produit parce que le virus réussit à écraser et à subjuguer les défenses de l’organisme. Comme l’infection aiguë n’est pas associée à des symptômes spécifiques au VIH, la vaste majorité des personnes ne se rendent pas compte qu’elles sont infectées. La recherche porte à croire qu’une grande proportion des nouveaux cas de VIH sont transmis par des personnes qui ne savent pas qu’elles en sont au stade aigu de l’infection au VIH.

Pour réduire de façon importante la propagation du VIH, il faudra multiplier les occasions de dépistage confidentiel et de counseling en matière de prévention. Si un test de dépistage s’avérait positif, la personne touchée devrait être dirigée rapidement vers des soins et se faire offrir un traitement anti-VIH (TAR). Lorsque le TAR est introduit et que la personne le prend tous les jours en suivant les prescriptions et consignes à la lettre, la quantité de VIH dans son sang (charge virale) se met à diminuer et devient tellement faible que les tests standards ne peuvent la quantifier de façon fiable. On qualifie couramment ce faible niveau de virus d’indétectable. Nombre d’études ont révélé que l’amorce précoce du TAR aidait à préserver le système immunitaire et à réduire considérablement les risques d’infections graves et d’autres complications. De plus, la recherche a révélé que l’atteinte et le maintien d’une charge virale indétectable grâce à l’usage continu du TAR font en sorte que la personne séropositive traitée court un risque négligeable de transmettre le VIH.

Une équipe de chercheurs de Londres a passé en revue les dossiers médicaux de 113 hommes dont l’infection aiguë au VIH avait été diagnostiquée dans une clinique de santé sexuelle. L’équipe a trouvé que la plupart des hommes (77 %) avaient commencé le TAR dès leur première consultation à la clinique. Les chercheurs ont également découvert que 99 % des participants avaient une charge virale indétectable dans les six mois suivant l’amorce du TAR. Les participants dont le régime TAR incluait un médicament anti-VIH appartenant à la classe des inhibiteurs de l’intégrase avaient tendance à atteindre une charge virale indétectable plus rapidement (41 jours) que les participants dont le régime n’incluait pas de tel médicament (près de 90 jours). Les participants toléraient le TAR, et aucun effet secondaire n’était suffisamment embêtant pour les inciter à arrêter le traitement.

Notons que ce rapport provenant d’Angleterre est fondé sur une revue de dossiers médicaux et non sur une étude conçue spécifiquement pour tester l’usage de différents régimes pour l’amorce précoce du TAR. Il n’empêche que ce rapport est important et s’ajoute à la masse croissante de données probantes montrant que l’amorce précoce du TAR est efficace et acceptable aux yeux des personnes vivant avec le VIH.

Étant donné l’énorme puissance du TAR, non seulement pour améliorer la santé mais aussi pour freiner la propagation du VIH, il est probable que des villes, des régions et des pays entiers tâcheront de multiplier les occasions d’offrir le dépistage confidentiel du VIH et le counseling, suivis d’une orientation rapide vers des soins et l’offre immédiate d’un TAR (en cas de résultat positif).

Après le dépistage

Selon les chercheurs responsables de cette étude, le jour même où le VIH était diagnostiqué à la clinique de santé sexuelle, les participants étaient « évalués par un conseiller en santé », et l’on effectuait des prélèvements de sang à des fins d’analyse : compte de CD4+, charge virale, évaluations de la santé rénale et hépatique, tests de dépistage des virus causant l’hépatite, des résistances aux médicaments anti-VIH et de l’hypersensibilité au médicament anti-VIH abacavir (Ziagen et dans Kivexa, Trizivir et Triumeq). Ensuite, le personnel de la clinique fixait un rendez-vous afin que les participants puissent recevoir des soins dans un hôpital local. Selon les chercheurs, ce rendez-vous avait lieu « habituellement dans les deux semaines suivant le diagnostic [de VIH] ».

Lors du rendez-vous médical, un médecin éduquait les participants au sujet des bienfaits de l’amorce immédiate du TAR. Les médecins et patients pouvaient choisir parmi plusieurs régimes. Dans les cas où la personne avait une souche du VIH qui n’était pas résistante aux traitements couramment utilisés, les médecins proposaient un régime consistant en une classe de médicaments appelés inhibiteurs de l’intégrase, ainsi que deux analogues nucléosidiques. Dans les cas où l’on détectait une certaine résistance aux médicaments d’usage courant chez les participants, on proposait un régime fondé sur la classe de médicaments appelés inhibiteurs de la protéase.

Accent sur les participants

Quatre-vingt-sept participants (77 %) ont accepté de commencer immédiatement le TAR lors de leur première visite à la clinique. Ces participants avaient le profil moyen suivant au moment de commencer le TAR :

  • ils étaient tous des hommes gais, bisexuels ou hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes
  • âge : 34 ans
  • charge virale en VIH : 3 millions copies/ml
  • compte de CD4+ : 500 cellules/mm3
  • 45 % ont dévoilé avoir utilisé des drogues pendant des relations sexuelles au cours du mois précédent, y compris les suivantes : méphédrone (méthylméthcathinone); GBH/GBL (gamma-hydroxybutyrate/gamma-hydroxybutyrolactone); méthamphétamine en cristaux (crystal meth).

Résultats

Après 16 semaines de TAR, 85 % des participants avaient une charge virale supprimée (aux fins de cette analyse, il s’agissait de 200 copies/ml ou moins). À la 24e semaine de l’étude, 99 % avaient une charge virale supprimée. L’exception concernait un participant dont la charge virale initiale avait été très élevée, soit plus de 14 millions de copies/ml. Notons que la suppression de la charge virale met typiquement plus de temps à se produire chez les personnes ayant une charge virale aussi élevée. À la 24e semaine de l’étude, la charge virale de ce participant se situait à 636 copies/ml.

En moyenne, la période écoulée avant la suppression de la charge virale était la plus courte (41 jours) chez les participants recevant un traitement fondé sur un inhibiteur de l’intégrase, comparativement à tous les autres régimes (près de 90 jours) ou à un régime fondé sur un inhibiteur de la protéase (106 jours). Ces différences sont significatives du point de vue statistique.

Effets secondaires

En général, les régimes à base d’inhibiteur de l’intégrase sont très efficaces et bien tolérés lorsqu’ils sont utilisés pour le traitement initial du VIH. Selon les chercheurs, durant cette étude, le TAR a été « bien toléré, sans aucun abandon du traitement et aucun [besoin d’interrompre le traitement] à cause d’effets secondaires ».

Points à retenir

Les résultats de cette analyse effectuée à Londres sont largement semblables à ceux d’une étude menée à San Francisco où l’on introduisait le TAR peu de temps après le diagnostic de VIH (habituellement le même jour).

Les participants à cette étude britannique se faisaient tester fréquemment pour le VIH et, selon les chercheurs, avaient les caractéristiques suivantes :

  • majoritairement gais ou bisexuels
  • usage courant de drogues
  • « connaissances détaillées antérieures quant à la prise en charge du VIH »

Pour ces raisons, les chercheurs croient que l’offre du TAR relativement rapidement après un diagnostic de VIH donnerait lieu à un taux d’acceptation élevé dans une population semblable ailleurs.

Comme la présente étude repose sur une analyse de données recueillies à une autre fin, les chercheurs laissent croire qu’il serait utile de mener un essai clinique conçu spécifiquement pour comparer la vitesse de suppression virale obtenue sous l’effet de différents régimes, ainsi que pour déterminer la tolérance des patients.

Ressources

Le risque négligeable : Les résultats les plus récents de deux études continuent de montrer que le traitement antirétroviral et une charge virale indétectable constituent une stratégie de prévention du VIH hautement efficace - Nouvelles CATIE

Le TAR commence le même jour du diagnostic de VIH en Colombie-BritanniqueTraitementActualités 210

Une étude annonce un changement important dans les soins et le traitementTraitementActualités 210

Résultats détaillés de l’étude STARTTraitementActualités 210

La thérapie antirétrovirale pour les adultes infectés par le VIH : Guide pour les professionnels de la santé du Québec – Ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec

Guidelines for the Use of Antiretroviral Agents in HIV-1-Infected Adults and Adolescents (en anglais seulement)

 —Sean R. Hosein

RÉFÉRENCES :

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