Nouvelles CATIE

26 octobre 2016 

Des chercheurs réclament l’assouplissement des restrictions sur l’accès au traitement de l’hépatite C au Canada

Le virus de l’hépatite C (VHC) infecte le foie et y cause de l’inflammation. À mesure que l’infection persiste, le tissu sain du foie est graduellement remplacé par du tissu cicatriciel inutile dans le cadre d’un processus appelé fibrose. Plus la cicatrisation s’étend, plus le foie cesse de fonctionner normalement. Cette situation entraîne des complications, y compris un risque accru d’hémorragies internes et d’infections graves. De plus, à mesure que le tissu cicatriciel s’accumule dans le foie, le risque qu’un cancer se déclare dans cet organe augmente. À la longue, lorsqu’une grande proportion du foie a été transformée en tissu cicatriciel, la cirrhose s’installe et entraîne un risque de complications graves et de décès.

Des chercheurs de l’Agence de la santé publique du Canada estiment qu’environ 220 000 personnes vivent avec l’infection chronique au VHC dans ce pays. De plus, selon les estimations d’autres chercheurs, près du quart de cette population aura la cirrhose d’ici 2035. En 2013, le coût des soins dispensés aux Canadiens atteints de cirrhose liée au VHC s’élevait à 161 millions de $. D’ici 2035, il est probable que le coût des soins atteindra environ 260 millions de $ par année.

Pendant de nombreuses années, le traitement du VHC reposait sur des injections hebdomadaires d’interféron. Ce traitement n’était pas très efficace et provoquait de nombreux effets secondaires dont certains causaient beaucoup de détresse. Cependant, depuis quelques années, le traitement du VHC a été révolutionné grâce à l’introduction d’une famille de médicaments appelés antiviraux à action directe (AAD). Pris par voie orale et en combinaison, ces médicaments sont bien tolérés et très efficaces. Lors des essais cliniques, on a habituellement obtenu des taux de guérison d’environ 95 % avec les AAD les plus récents.

Le prix courant d’un traitement par AAD de 12 semaines se situe généralement à environ 60 000 $ par personne. Cela constitue un obstacle énorme pour la personne moyenne vivant avec le VHC chronique. Par conséquent, les ministères de la Santé provinciaux et territoriaux du Canada subventionnent le coût du traitement, mais ils imposent souvent des restrictions sur les personnes qui peuvent avoir accès au traitement.

Une équipe de chercheurs au Canada et en Australie ont récemment passé en revue les critères en vertu desquels les provinces et territoires canadiens (ainsi que quelques programmes fédéraux de remboursement des médicaments destinés aux peuples autochtones et aux détenus) acceptent de couvrir le coût des régimes d’AAD couramment utilisés.

Résultats clés

  • Dans l’ensemble, l’équipe a constaté que 85 % à 92 % des ministères de la Santé restreignaient l’accès au traitement du VHC en exigeant que les patients présentent au moins un degré modéré de fibrose hépatique. L’abréviation médicale pour ce degré de dommages au foie est « F2 ».
  • Les patients souffrant d’une dépendance à la drogue et/ou à l’alcool n’étaient pas exclus comme candidats au traitement.
  • Les restrictions sur l’usage d’AAD par les personnes co-infectées par le VIH et le VHC étaient « principalement non existantes », selon les chercheurs.
  • Entre 23 % et 43 % des ministères de la Santé limitaient le droit de prescrire des AAD aux spécialistes.

Restrictions non fondées sur des données probantes

Selon l’équipe, les restrictions sur l’accès au traitement fondées sur le degré de fibrose n’ont pas de fondement dans les données obtenues lors des essais cliniques. En effet, il n’y avait dans les lignes directrices thérapeutiques élaborées par les principales associations de chercheurs et de spécialistes des maladies hépatiques, gastro-intestinales et infectieuses aucunes données probantes à l’appui de telles restrictions. De plus, a affirmé l’équipe, « une revue effectuée par l’Agence canadienne des médicaments et des technologies de la santé a révélé qu’il était rentable de traiter les patients peu importe leur stade de fibrose ». Les chercheurs ont également fait valoir que plusieurs états américains avaient supprimé les restrictions sur l’accès aux AAD fondées sur la fibrose en réponse à la « possibilité de poursuites judiciaires par des patients ». L’équipe a aussi souligné que le Québec était en train de lever graduellement les restrictions sur l’accès aux AAD fondées sur le stade de fibrose.

Populations spécifiques

Les programmes fédéraux de remboursement des médicaments s’adressant aux peuples autochtones (Programme des services de santé non assurés ) et aux détenus fédéraux exigent que les patients présentent au moins un degré modéré de fibrose avant de pouvoir recevoir le traitement. De plus, selon les chercheurs, le Service correctionnel du Canada stipule que « le traitement directement observé est obligatoire » pour traiter les prisonniers atteints du VHC.

Réduire les barrières à l’accès

L’équipe de recherche a fait plusieurs suggestions afin de réduire les barrières à l’accès au traitement du VHC au Canada :

  1. L’équipe exhorte les ministères de la Santé à revoir les restrictions fondées sur le stade de fibrose parce que celles-ci « ne sont ni rentables ni fondées sur des données probantes ».
  2. Les autorités de la santé devraient fournir aux médecins généralistes « de l’éducation, de la formation et des liens avec des spécialistes du VHC ». Cela serait particulièrement utile dans les régions du Canada où l’accès à de tels spécialistes est limité. Selon les chercheurs, « en Australie, tous les médecins généralistes peuvent prescrire les traitements du VHC en consultation avec un spécialiste (par courriel, par exemple), une pratique que l’on pourrait imiter au Canada ».
  3. Les chercheurs ont déclaré ceci : « Depuis mars 2016, le gouvernement australien offre l’accès universel aux traitements du VHC sans restrictions fondées sur le stade de la maladie hépatique, la consommation récente de drogues, la co-infection au VIH ou le droit de prescription exclusif des spécialistes. » Pour soutenir cet accès, le gouvernement australien s’est engagé à investir 1 milliard de $ sur les cinq prochaines années. Selon les chercheurs, « l’établissement d’une liste de médicaments assurés nationale au Canada pourrait permettre une meilleure standardisation du remboursement du traitement et, potentiellement, un plus grand ʺpouvoir d’achatʺ lors des négociations sur le prix des nouveaux traitements [provenant des compagnies pharmaceutiques] ». Et d’ajouter l’équipe, « le développement et l’adaptation d’une stratégie nationale sur le VHC au Canada, comme il en existe en Australie et en Écosse, pourrait faciliter les rabais fondés sur le volume, réduire [les différences entre la couverture des médicaments anti-VHC dans les provinces], assurer le traitement des populations à risque et élargir l’accès équitable afin de permettre l’élimination de l’infection au VHC au Canada ».

Ressources

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Information sur l’hépatite C de CATIE

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCES :

  1. Marshall AD, Saeed S, Barrett L, et al. Restrictions for reimbursement of direct-acting antiviral treatment for hepatitis C virus infection in Canada: a descriptive study. CMAJ Open. 2016; in press.
  2. Barua S, Greenwald R, Grebely J, et al. Restrictions for Medicaid reimbursement of sofosbuvir for the treatment of hepatitis C virus infection in the United States. Annals of Internal Medicine. 2015 Aug 4;163(3):215-23.