Nouvelles CATIE

28 septembre 2015 

La survie s’améliore chez les personnes séropositives plus âgées mais demeure plus courte que chez la population générale

De nos jours au Canada et dans les autres pays à revenu élevé, de plus en plus de personnes vivant avec le VIH atteignent l’âge de 50 ans. Ce vieillissement de la population séropositive est surtout attribuable aux bienfaits énormes des combinaisons de médicaments anti-VIH puissants (couramment appelées TAR) quant à la prolongation de la vie. Quoique moins significative, une autre raison de l’augmentation du nombre de personnes séropositives de 50 ans ou plus réside dans les nouvelles infections qui se produisent chez certains membres de ce groupe d’âge.

Il existe des données fiables sur les effets de la TAR sur l’espérance de vie des jeunes adultes, mais qu’en est-il des personnes de plus de 50 ans qui commencent la TAR? Pendant combien de temps vivront-elles?

Des chercheurs de plusieurs universités et hôpitaux du Danemark ont collaboré dans le but de répondre à cette question. Ils ont comparé des données se rapportant à la survie de personnes séropositives et séronégatives qui avaient au moins 50 ans au début de la période étudiée. Les chercheurs ont constaté que, même si la survie s’est considérablement améliorée parmi les personnes séropositives plus âgées – leur espérance de vie s’élève maintenant à 70 ans ou plus – elle demeurait moins longue que celle des personnes séronégatives en bonne santé.

L’étude danoise souligne au moins l’enjeu suivant :

  • Nous avons besoin de plus de recherches ciblant spécifiquement les personnes séropositives plus âgées afin de découvrir la ou les raisons de leur longévité inférieure à la normale.

Détails de l’étude

Le Danemark dispose de bases de données de grande qualité qui recueillent de l’information sur la santé de ses citoyens et résidants. Les bases de données de ce genre sont courantes dans certains pays du nord de l’Europe, où le niveau de confiance entre les citoyens et l’état est relativement élevé. Le Danemark a un système de santé universel et offre l’accès subventionné aux médicaments, dont la TAR.

Les chercheurs se sont concentrés sur la période entre janvier 1996 et mai 2014. L’équipe a comparé les données recueillies auprès de chaque personne séropositive à celles recueillies auprès de six personnes séronégatives en bonne santé du même âge et du même sexe que la personne séropositive.

Voici les critères de base auxquels les personnes séropositives devaient répondre pour faire partie de cette étude :

  • elles atteindraient l’âge de 50 ans au cours de la période à l’étude
  • elles étaient séropositives depuis au moins un an avant de participer à l’étude

En utilisant ces critères, les chercheurs ont inscrit 2 440 personnes séropositives et 14 588 personnes séronégatives.

Les personnes séropositives avaient le profil moyen suivant au moment de leur admission à l’étude :

  • 84 % d’hommes, 16 % de femmes
  • âge au moment du diagnostic de VIH : 43 ans
  • compte de CD4+ : 252 cellules/mm3

Résultats

Selon les estimations, la longévité d’une personne séropositive de 50 ans aurait probablement évolué comme suit au cours de l’étude :

  • 1996 à 1999 : 62 ans
  • 2000 à 2005 : 68 ans
  • 2006 à 2014 : 73 ans

Il est probable que ces différences entre l’espérance de vie des personnes séropositives sont attribuables aux années que celles-ci ont vécues avec une infection au VIH non traitée ou mal gérée avant l’arrivée de la TAR en 1996. Au 21e siècle, à mesure que les régimes de TAR sont devenus plus tolérables et que les patients et médecins ont acquis plus d’expérience de leur usage, les régimes ont également gagné en efficacité et les gens ont commencé graduellement à s’en servir plus tôt dans le cours de l’infection au VIH. Tous ces facteurs ont contribué à améliorer l’espérance de vie.

Parmi les personnes séronégatives de 50 ans, l’espérance de vie n’a pas changé de façon significative entre 1996 et 2014, et ce groupe pouvait s’attendre à vivre jusqu’à l’âge de 80 ans.

Comme nos lecteurs peuvent le constater, il y a un écart de sept ans entre l’espérance de vie (73 ans contre 80 ans) des personnes séropositives et celle des personnes séronégatives. Cet écart perdurait encore à l’époque la plus récente, soit entre 2006 et 2014.

Accent sur un sous-groupe

Lors d’une analyse plus détaillée de la survie, les chercheurs danois se sont concentrés sur un sous-groupe de participants séropositifs figurant dans leur base de données qui avait les caractéristiques suivantes :

  • une année de TAR au minimum
  • charge virale inférieure à 500 copies/ml
  • compte de CD4+ d’au moins 350 cellules/mm3 après la première année de la TAR
  • aucun autre problème de santé grave (maladie mentale, co-infection ou autre)

En utilisant ces critères, les chercheurs ont établi un sous-groupe de 517 participants séropositifs. Aucune de ces personnes n’avait jamais eu de maladie ou de complication grave liée au sida. Leur âge moyen au moment du diagnostic de VIH était de 45 ans. Les chercheurs ont comparé la survie de ce sous-groupe de 517 personnes à celle de 3 192 personnes séronégatives en bonne santé du même âge et du même sexe qui n’avaient pas non plus de comorbidité.

Les chercheurs ont ensuite calculé que, en moyenne, une personne séropositive de 50 ans de ce sous-groupe avait une espérance de vie de 76 ans. En revanche, en ce qui concerne les 3 192 personnes séronégatives en bonne santé utilisées à titre de comparaison, les chercheurs s’attendaient à ce qu’elles vivent jusqu’à l’âge de 84 ans, ce qui marque une différence de huit ans.

Ainsi, peu importe la méthode d’analyse utilisée, les chercheurs ont constaté que les personnes séropositives ne connaissaient pas un taux de survie identique à celui des personnes séronégatives.

Points à prendre en considération

  1. Les chercheurs ont déterminé que la durée de survie des personnes séropositives de 50 ans et plus s’est considérablement améliorée depuis 1996. Cette amélioration est en grande partie attribuable aux bienfaits énormes de la TAR quant à la prolongation de la vie.
  2. Depuis 1996, l’espérance de vie des personnes séropositives s’est considérablement améliorée, mais elle demeure inférieure à celle de la personne séronégative moyenne. Ce constat est resté inchangé même lorsque les chercheurs ont restreint leur analyse à un sous-groupe de personnes séropositives n’ayant aucune comorbidité.
  3. Le Danemark a un système de santé universel qui offre l’accès subventionné aux médicaments, y compris la TAR. Le pays s’est également doté d’un système de bien-être social relativement généreux. Ainsi, il est peu probable que des facteurs socio-économiques aient joué un rôle dans la réduction de la survie constatée lors de cette analyse.
  4. Cette étude danoise devrait inspirer d’autres recherches, tant au Danemark que dans les autres pays à revenu élevé, afin d’évaluer les besoins en soins de santé des personnes séropositives plus âgées et de découvrir les enjeux qui ont un impact sur leur survie et leur qualité de vie.

—Sean R. Hosein

Ressources :

Une étude danoise soulève des questions par rapport au vieillissement accéléré lié au VIHNouvelles CATIE

Quantification of biological aging in young adultsProceedings of the National Academy of Science USA (en anglais seulement)

Management of Human Immunodeficiency Virus Infection in Advanced AgeJournal of the American Medical Association (en anglais seulement)

L'infection au VIH à long terme et la qualité de vie liée à la santéNouvelles CATIE

Des médecins néerlandais explorent le rapport entre le vieillissement et le VIHNouvelles CATIE

Prévalence fréquente de syndromes gériatriques chez certaines personnes séropositivesNouvelles CATIE

HIV and Aging: State of Knowledge and Areas of Critical Need for Research. A Report to the NIH Office of AIDS Research by the HIV and Aging Working Group (en anglais seulement)

Programme de recherche des IRSC sur la comorbidité liée au VIH – Instituts de recherche en santé du Canada

Programme de recherche des IRSC sur la comorbidité liée au VIH : secteurs de recherche pertinents

Le VIH et le vieillissement – Conseils pour vivre en santé à l’intention des personnes séropositives de 50 ans et plus

Éléments constitutifs : Le VIH et le vieillissement  – Série de webinaires de CATIE

La santé mentaleLe VIH au Canada : Guide d’introduction pour les fournisseurs de services

VIH et problèmes cérébrauxTraitementSida 204

Espérance de vie prolongée pour les personnes séropositives en Amérique du NordTraitementSida 200

Feuillets d’information sur le VIH et le vieillissement au Canada – Société canadienne du sida

Evidence-informed recommendations for rehabilitation with older adults livin with HIV: a knowledge synthesis – Groupe de travail canadien sur le VIH et la réinsertion sociale (GTCVRS) (en anglais seulement)

RÉFÉRENCES :

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