Nouvelles CATIE

23 mars 2015 

Un programme communautaire réussit à impliquer des participants dans les soins pour l’hépatite C

En dépit de l’existence d’un remède contre l’hépatite C, de nombreuses personnes vivant avec l’hépatite C ne sont pas dépistées pour le VHC, diagnostiquées, arrimées à des soins et traitées. Une étude qui a examiné le continuum des soins pour l’hépatite C, aux États-Unis, a établi que seulement 50 % des personnes vivant avec l’hépatite C sont au courant de leur statut VHC; que 43 % reçoivent des soins; que 27 % ont reçu un résultat positif confirmé par un test d’ARN; que 16 % ont reçu une ordonnance de traitement; et que 9 % d’entre elles sont guéries ou ont atteint une réponse virologique soutenue.

Au Canada, il n’existe pas de tel instantané du continuum des soins pour l’hépatite C. Nous savons cependant qu’il y a un écart considérable entre le nombre estimé de personnes vivant avec l’hépatite C chronique et le nombre de personnes qui sont au courant de leur statut VHC. L’Agence de la santé publique du Canada estime que 44 % des personnes vivant avec l’hépatite C ne sont pas au courant de leur infection.

Des programmes communautaires offrant des services complets de dépistage, de diagnostic et d’arrimage, aux personnes à risque élevé pour l’hépatite C, pourraient rehausser l’implication à tous les points du continuum des soins. L’intervention Do One Thing, dans un quartier mal desservi de Philadelphie, offre des services complets pour l’hépatite C et le VIH, y compris une assistance à la navigation des patients, afin d’aider les participants à avoir accès à des soins spécialisés et à s’y maintenir. L’étude a évalué le volet hépatite C de ce programme, et a démontré que l’intervention était efficace pour impliquer une population susceptible de rencontrer d’importants obstacles au dépistage et au diagnostic de l’hépatite C ainsi qu’à l’arrimage aux soins.

Do One Thing

Le recrutement, le dépistage et le counseling des participants à Do One Thing ont été effectués en milieu communautaire. Le dépistage du VHC a été réalisé à l’aide d’un test rapide utilisant du sang prélevé par piqûre sur le bout d’un doigt. Aux participants dont le résultat du dépistage rapide d’anticorps au VHC a été positif, on a offert d’effectuer immédiatement, sur place, un prélèvement sanguin pour un test de confirmation de l’infection chronique. Tous les participants recevant un résultat réactif au dépistage rapide ont rencontré un intervenant en navigation des patients et ont été joints pour l’annonce du résultat de leur test de confirmation.

Les participants dont le test de confirmation par ARN du VHC était positif ont reçu des services de soutien d’un intervenant en navigation des patients, pour les aider à obtenir une assurance-maladie, au besoin; à trouver un fournisseur de soins primaires, au besoin; et à recevoir de leur fournisseur de soins primaires les références nécessaires à un spécialiste. L’intervenant en navigation téléphonait aux participants ou leur envoyait des textos pour leur rappeler leurs rendez-vous; il effectuait des visites à domicile, offrait des billets de transports en commun et accompagnait les participants à tous leurs rendez-vous médicaux, afin d’atténuer les obstacles aux soins.

Résultats

De décembre 2012 à février 2014, les participants au programme ont reçu des services de suivi et les résultats ont été évalués. Cinquante-huit pour cent (58 %) des participants ayant l’infection chronique présentaient un trouble de consommation excessive d’alcool; 47 % avaient des antécédents d’injection de drogue; 72 % avaient des antécédents d’inhalation de drogue et 80 % avaient un trouble psychiatrique sérieux, ce qui indique que cette population était susceptible de rencontrer des obstacles considérables à l’accès à des soins et au maintien de ceux-ci.

Dépistage et diagnostic

Entre décembre 2012 et février 2014, le programme a dépisté 1 301 participants pour les anticorps au VHC. Dans cette période, 52 résultats du dépistage aux anticorps au VHC ont été positifs (3,9 %). Quatre participants (8 %) étaient déjà impliqués dans des soins pour l’hépatite C et n’ont pas reçu d’offre de test de confirmation. Les 48 autres participants (100 %) ont accepté le test de confirmation, mais seulement 42 tests ont été effectués. Des 42 participants au test de confirmation, 36 (86 %) avaient l’infection chronique à hépatite C (et 41 ont reçu ce résultat). Cela signifie que la séroprévalence de l’hépatite C chronique, parmi les participants, était d’approximativement 3 %.

Arrimage aux soins

On a mesuré un certain nombre de résultats des soins nécessaires à l’accès au traitement, notamment la couverture d’assurance-maladie, l’accès à un fournisseur de soins de santé primaires et la recommandation à un spécialiste des soins pour l’hépatite C. Au cours des 16 mois de l’étude,

  • 9 des 12 participants (75 %) qui n’avaient pas d’assurance-maladie l’ont obtenue, après leur diagnostic d’hépatite C (66 % avaient déjà une assurance-maladie au moment du diagnostic);
  • 29 des 32 participants (90 %) qui ont obtenu ou avaient déjà une assurance-maladie ont trouvé un fournisseur de soins primaires;
  • 23 des 29 participants (79 %) ayant un fournisseur de soins primaires ont été référés à un spécialiste des soins pour l’hépatite C;
  • 21 de ces 23 participants (91 %) se sont présentés à leur rendez-vous avec le spécialiste.

Rétention dans les soins

Dix-sept des 21 participants (81 %) arrimés à des soins spécialisés pour l’hépatite C ont continué de les recevoir. Quatre-vingt-quinze pour cent (95 %) des clients recevant des soins spécialisés ont reçu des services de stadification de la maladie, y compris une échographie du foie et l’évaluation de la fibrose. Ces tests sont importants pour établir si un traitement devrait être amorcé ou si l’on peut attendre.

Traitement

Douze (12) des 17 participants (71 %) retenus dans les soins pour l’hépatite C ont amorcé un traitement. Au total, 12 des 36 participants ayant l’hépatite C chronique (33 %) ont amorcé un traitement.

Conclusion

Do One Thing démontre que les personnes vivant avec une hépatite C chronique s’impliqueront dans des soins spécifiques pour l’hépatite C si elles se voient offrir des services communautaires de dépistage et de diagnostic ainsi que de navigation dans le continuum des soins. Le programme démontre que ses principaux atouts – son enracinement dans la communauté et son caractère holistique – permettent d’atteindre des taux élevés de dépistage, de diagnostic, d’arrimage aux soins et d’implication dans ceux-ci, de même que des taux encourageants d’amorce du traitement.

Logan Broeckaert

Références

  1. Yehia BR, Schranz AJ, Umscheid CA, Lo Re V. The Treatment Cascade for Chronic Hepatitis C Virus Infection in the United States: A Systematic Review and Meta-Analysis. Rizza SA, editor. PLoS ONE. 2014 Jul 2;9(7):e101554.
  2. Trubnikov M, Yan P, Archibald C. Estimated prevalence of Hepatitis C Virus infection in Canada, 2011. Canadian Communicable Disease Report. 2014 Dec 18;40(19).
  3. Trooskin TB, Poceta J, Towey CM, Yolken A, Rose JS, Luqman NL. Results from a Geographically Focused, Community-Based HCV Screening, Linkage to Care and Patient Navigation Program. Journal of General Internal Medicine. 2015; in press.