Nouvelles CATIE

26 janvier 2015 

Arrêter de fumer pour prévenir la crise cardiaque, recommandent les chercheurs

Au Canada et dans les autres pays à revenu élevé, la grande accessibilité des combinaisons de médicaments anti-VIH puissants (couramment appelées thérapies antirétrovirales ou TAR) a considérablement réduit le risque de mourir d’infections liées au sida. La TAR est tellement puissante que les médecins s’attendent de plus en plus à ce que de jeunes adultes séropositifs récemment infectés vivent jusqu’à l’âge de 80 ans ou plus, pourvu qu’ils commencent le traitement peu de temps après le diagnostic et qu’ils soient capables de prendre la TAR tous les jours en suivant les instructions à la lettre et qu’ils n’aient pas de problème de santé préexistant non traité ou non diagnostiqué (tel qu’une dépendance et/ou un problème de santé mentale).

En conséquence des bienfaits de la TAR et de la prolongation de l’espérance de vie, les médecins qui soignent des personnes séropositives au Canada, en Australie, en Nouvelle-Zélande, en Europe occidentale et aux États-Unis se concentrent de plus en plus sur la prévention et le traitement des problèmes de santé couramment associés au vieillissement.

Les maladies cardiovasculaires, notamment la crise cardiaque, figurent au nombre des problèmes en question. Au cours des 15 dernières années, des études par observation ont permis de constater un risque accru de crise cardiaque parmi les personnes séropositives. Les chercheurs ont proposé les explications possibles suivantes du lien entre l’infection au VIH et les maladies cardiovasculaires :

  • L’infection au VIH provoque des changements dans les taux de cholestérol et d’autres lipides dans le sang.
  • Le VIH déclenche de l’inflammation et augmente ainsi le risque de crise cardiaque.

Ces deux changements causés par le VIH pourraient accélérer l’évolution des maladies cardiovasculaires sous-jacentes.

On a avancé d’autres explications possibles du risque accru de maladies cardiovasculaires chez les personnes séropositives, dont les suivantes :

  • certains médicaments anti-VIH
  • génétique
  • tension artérielle incontrôlée ou mal gérée et d’autres problèmes reliés
  • co-infection par des membres de la famille des virus de l’herpès comme le CMV (cytomégalovirus)

Ayant tenu compte de ces points et d’autres, la spécialiste des maladies infectieuses Line Rasmussen M.D., Ph.D. (Hôpital universitaire Odense, Danemark) et ses collègues ont affirmé que « les mécanismes à l’origine de l’association entre le VIH et le risque de [crise cardiaque] semblent reposer sur une combinaison complexe de facteurs connus et inconnus ».

Données confondantes et confusion

John Gill, M.D. (directeur de la Southern Alberta HIV Clinic à Calgary), et Dominique Costagliola, Ph.D. (Sorbonne Universités, Paris), deux chercheurs chevronnés du domaine du VIH, font valoir que les études par observation sur les risques cardiovasculaires ont souvent omis de prendre en compte « le taux très élevé de tabagisme au sein de la population séropositive ».

De nombreuses études menées auprès de personnes séronégatives ont révélé que le tabagisme augmentait considérablement le risque de crise cardiaque. En omettant de recueillir des données suffisantes sur l’usage de tabac parmi les personnes séropositives, il est possible que les études par observation aient abouti par inadvertance à des conclusions erronées quant à la cause des risques cardiovasculaires observés chez cette population.

Deux études par observation tentent maintenant de mettre en lumière le risque de crise cardiaque chez les personnes vivant avec le VIH aujourd’hui.

Base de données danoise

La Dre Rasmussen et ses collègues ont comparé des données recueillies auprès de 3 000 personnes séropositives et 13 000 personnes séronégatives. Leur analyse a révélé que les personnes séropositives qui n’avaient jamais fumé ne couraient aucun risque accru de crise cardiaque. En revanche, le risque de crise cardiaque était très grand chez les fumeurs actifs, soit près de trois fois plus élevé que chez les personnes séronégatives. Selon les chercheurs danois, si les fumeurs séropositifs inscrits à leur étude arrêtaient de fumer pour de bon, 42 % des crises cardiaques pourraient être évitées.

Aux États-Unis

L’équipe responsable d’une base de données américaine exploitée par l’organisme de gestion de la santé Kaiser Permanente de la Californie a signalé pour la première fois une augmentation importante du risque de crise cardiaque parmi les personnes séropositives il y a près de 15 ans. Lors de leur plus récente analyse, les chercheurs de Kaiser ont comparé des données recueillies auprès de 25 000 personnes séropositives et 258 000 personnes séronégatives. Ils ont constaté que les personnes séropositives inscrites à leur base de données ne couraient plus de risque accru de crise cardiaque, surtout depuis 2010. Ce changement était en partie attribuable au déclin du taux de tabagisme et, probablement, à une meilleure prise en charge de l’hypertension artérielle et du taux de cholestérol grâce aux médicaments.

Vers l’avenir

Si l’on souhaite porter les bienfaits de la TAR au maximum quant à la prolongation de la vie, il faudra faire davantage pour renforcer la santé des personnes vivant avec le VIH en ce 21e siècle. Après avoir revu les résultats danois, les chercheurs John Gill et Dominique Costagliola prônent un virage vers la promotion de la santé et encouragent les médecins, les infirmiers et les pharmaciens à prendre note de l’affirmation suivante :

« En saisissant chaque occasion lors de la prestation des soins liés au VIH pour focaliser nos efforts sur la réduction du tabagisme, nous aurons les meilleures chances de réduire [les taux de crise cardiaque]. » Et d’ajouter le duo : « L’encouragement et le soutien aux patients dans leurs efforts pour arrêter de fumer offrent des bienfaits immenses pour la santé ».

Dans un prochain article de Nouvelles CATIE, nous explorerons davantage les études danoise et américaine mentionnées ici.

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCES :

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