Nouvelles CATIE

18 septembre 2014 

Étude sur une éclosion d’hépatite C parmi les HARSAH séronégatifs

Depuis plusieurs années, des rapports en provenance de Londres font état d’une augmentation des taux d’infections transmissibles sexuellement (ITS), dont la gonorrhée, la syphilis et le VIH, chez les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (HARSAH). L’incidence accrue de ces infections semble être liée à une augmentation des comportements sexuels à risque, y compris une baisse de l’usage du condom. De plus, il semble que l’usage et le partage de matériel de consommation de drogues non stérilisé soient à la hausse parmi certains HARSAH de Londres. Toutes ces activités à risque élevé jouent un rôle dans la propagation de nombreux microbes. Outre les ITS mentionnées ci-dessus, le virus de l’hépatite C (VHC) semble aussi se propager au sein de la communauté des HARSAH.

À ce jour, la majorité des études sur l’éclosion de l’hépatite C transmise par voie sexuelle a porté spécifiquement sur des hommes co-infectés par le VIH. Cependant, vu les rapports sur les activités à risque élevé ayant lieu à Londres (et sans doute dans d’autres pays à revenu élevé), il est probable que la transmission sexuelle du VHC se produit également parmi certains HARSAH séronégatifs. Pour évaluer cette possibilité, des chercheurs de Londres ont revu des données de santé recueillies auprès de patients séronégatifs soignés dans diverses cliniques de la capitale britannique.

Les chercheurs ont recensé 44 cas d’infection aiguë au VHC parmi des HARSAH n’ayant pas le VIH. Les infections en question s’étaient produites entre janvier 2010 et mai 2014. L’équipe londonienne s’est concentrée sur les comportements et les pratiques qui mettaient les hommes à risque de contracter le VHC (et d’autres infections). Les chercheurs ont également évalué le programme de dépistage du VHC destiné aux HARSAH de leur clinique et l’ont trouvé loin d’être idéal.

Accent sur les hommes et leur santé

Voici quelques caractéristiques importantes des hommes évalués :

  • âge – entre 24 et 75 ans
  • partenaires sexuels – 50 % des hommes avaient un ou deux partenaires sexuels et 50 % avaient entre deux et 100 partenaires sexuels
  • charge virale en VHC – la quantité de VHC dans les échantillons de sang des hommes variait entre 37 et 10 millions d’UI/ml
  • enzyme hépatique ALT – les taux étaient généralement élevés, ce qui faisait soupçonner la présence de dommages au foie
  • souche ou génotype du VHC – on connaissait le génotype de 22 hommes, le plus courant étant le génotype 1 (y compris les versions 1a et 1b), suivi des génotypes 4 et 3
  • durée de l’intervalle entre le test de dépistage du VHC et le dépistage du VIH – entre zéro et 28 jours

Absence de condoms

  • 82 % des hommes ont dévoilé avoir eu les comportements sexuels à risque élevé les plus courants, soit les relations sexuelles anales réceptives et pénétrantes sans condom.
  • 9 % des hommes ont dévoilé avoir eu seulement des relations anales réceptives sans condom.
  • 2 % des hommes ont dévoilé avoir eu seulement des relations anales pénétrantes sans condom.
  • Aucune donnée n’était disponible pour 7 % des hommes.

Sexe et drogues

Les autres comportements sexuels à risque élevé signalés par les hommes incluaient les suivants, chaque activité étant pratiquée par un tiers d’entre eux :

  • sexe en groupe
  • fisting
  • « sexe chimique » (de l’anglais chem sex : avoir des relations sexuelles sous l’influence de drogues récréatives)

Environ 50 % des hommes ont dévoilé avoir utilisé des drogues de temps en temps. Les modes d’auto-administration courants incluaient l’inhalation (33 %) et l’injection (20 %).

Statut VIH et VHC des partenaires

Lorsqu’on les a interrogés au sujet du statut VIH ou VHC de leurs partenaires sexuels, les hommes ont répondu comme suit :

  • près de 33 % n’en savaient rien
  • 7 % savaient que leurs partenaires avaient le VHC
  • près de 30 % savaient que leurs partenaires avaient le VIH
  • 14 % savaient que leurs partenaires avaient le VIH et le VHC
  • 20 % pensaient que leurs partenaires n’avaient aucune infection virale

Infections transmissibles sexuellement

Selon les chercheurs, 33 % des hommes ayant reçu un diagnostic de VHC ont fait l’objet de diagnostics d’ITS en même temps, dont les suivantes :

  • gonorrhée
  • syphilis
  • chlamydia
  • gonorrhée et chlamydia

Après le diagnostic de VHC

Les chercheurs ont perdu de vue 11 % des hommes parce que ces derniers ont déménagé ou arrêté de visiter la clinique. Voici ce qui est advenu des autres :

  • 30 % font l’objet d’un suivi
  • 34 % avaient un système immunitaire qui a réussi à éliminer le VHC sans traitement
  • 25 % ont été traités pour le VHC

Prévenir le VIH

Les relations sexuelles sans condom et le partage de matériel de consommation de drogues non stérilisé font courir un risque élevé de contracter le VIH aux personnes qui adoptent ces pratiques. Selon les chercheurs, 18 % des hommes avaient reçu une combinaison de médicaments anti-VIH pour une courte période à la suite d’une exposition possible au VIH. On appelle une telle utilisation préventive de médicaments anti-VIH une prophylaxie post-exposition (PPE).

Deux hommes ont également suivi un traitement quotidien associant deux médicaments anti-VIH afin de se protéger contre la transmission du VIH. Une telle utilisation de médicaments anti-VIH s’appelle une prophylaxie pré-exposition (PPrE). Celle-ci a été administrée aux hommes dans le cadre d’un essai clinique.

Dépistage du VIH

Sur les 44 hommes porteurs du VHC, 35 ont passé un dépistage du VIH qui s’est révélé négatif. Le reste du groupe n’a pas passé de dépistage du VIH.

Regard vers le passé – dépistage du VHC

La recherche entreprise par les chercheurs de Londres a incité ces derniers à évaluer les pratiques de dépistage du VHC de leur clinique. Pour ce faire, ils ont choisi de revoir les dossiers d’un mois particulier, soit novembre 2013. Durant la période en question, 3 811 hommes séronégatifs se sont fait dépister pour des ITS, mais seulement 15 % d’entre eux ont passé un dépistage du VHC. Il est donc clair que des efforts considérables doivent être déployés pour offrir des services de santé exhaustifs aux HARSAH.

Points clés

À la lumière de ses résultats, l’équipe de Londres a souligné les points suivants :

  • Les HARSAH séronégatifs demeurent à risque de contracter le VHC par le biais de comportements impliquant le sexe et la consommation de drogues.
  • Les taux de dépistage du VHC sont faibles parmi les HARSAH à risque.
  • Les chercheurs s’inquiètent que certains HARSAH ne sachent pas qu’ils ont le VHC, ce qui les empêche de se faire traiter pour ce virus et d’être éduqués sur la prévention de sa propagation.

Vers l’avenir

Cette étude londonienne devrait être perçue comme un bon premier pas. Elle établit les fondations de la recherche future sur les besoins en soins de santé des HARSAH sexuellement actifs. Les chercheurs aimeraient approfondir leurs interrogations auprès des hommes afin de mieux comprendre leurs comportements sexuels et de consommation de drogues. Un tel travail devrait éclaircir davantage la nature du milieu sexuel et de drogues dans lequel vivent certains HARSAH de Londres en ce 21e siècle. Les autorités de la santé, les fournisseurs de services et les intervenants communautaires pourraient utiliser les connaissances acquises pour créer et déployer des stratégies éducatives visant la prévention du VHC, du VIH et des autres ITS. En plus de l’éducation à la prévention, un accès sans barrière aux services suivants, entre autres, doit être envisagé pour protéger les HARSAH et les aider à mener une vie plus saine :

  • meilleur dépistage des ITS, y compris le VIH et le VHC
  • distribution de condoms et administration de la PPE et de la PPrE, ainsi que de l’éducation sur l’utilisation efficace de celles-ci dans le cadre d’un ensemble d’outils visant à protéger les gens contre le VIH
  • dépistage et traitement des dépendances

Enfin, il faut d’autres recherches pour évaluer l’ampleur de la propagation du VHC parmi les HARSAH séronégatifs, non seulement à Londres mais aussi dans d’autres villes et pays.

Ressource

Site Web de CATIE sur l'hépatite C

—Sean R. Hosein

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