Nouvelles CATIE

3 septembre 2014 

Des chercheurs albertains mettent en garde contre les coûts grimpants des soins du VIH

Comme nous l’avons mentionné dans le numéro précédent de Nouvelles CATIE, les coûts des soins de santé augmentent au fur et à mesure que les gens vieillissent. Les personnes vivant avec le VIH ne font pas exception à cet égard. Les planificateurs de politiques et les autorités en matière de santé doivent commencer à estimer les coûts futurs des soins à mesure que les personnes séropositives prennent de l’âge.

Dans ce bulletin de Nouvelles CATIE, nous parcourons un rapport sur les coûts croissants des soins du VIH dans le sud de l’Alberta.

Détails de l’étude

La Southern Alberta HIV Clinic de Calgary est la principale clinique spécialisée dans les maladies infectieuses de la région. On y fournit des services centralisés, y compris les soins et le traitement du VIH et les tests de laboratoire. Tous les services sont offerts gratuitement en vertu du régime de soins universels.

Les chercheurs de la clinique ont lancé une étude pour évaluer les coûts changeants des soins dispensés aux personnes séropositives. Les données ont été recueillies entre janvier 1999 et janvier 2011. L’équipe de recherche a classé comme patients « plus âgés » les personnes de 50 ans et plus.

Résultats

Au cours de l’étude, le nombre de personnes ayant eu recours aux services de la clinique est passé de 708 à 1 454. Les chercheurs ont déterminé que les proportions de patients ayant 50 ans ou plus étaient les suivantes aux moments indiqués :

  • 1999 – 10 % des patients avaient plus de 50 ans
  • 2011 – 25 % des patients avaient plus de 50 ans

Selon les chercheurs, ce changement dans le nombre de personnes plus âgées était « principalement attribuable au vieillissement des personnes atteintes du VIH depuis longtemps, plutôt qu’à de nouveaux diagnostics ». Dans l’ensemble, les participants plus âgés comptaient pour environ 10 % des nouveaux diagnostics de VIH.

Le visage changeant du VIH

Voici un aperçu des autres changements survenus au cours de l’étude :

  • La proportion de patients masculins a diminué de 88 % à 76 %.
  • La proportion de patients classés comme hommes ayant des relations sexuelles avec des femmes (HARSAF) a augmenté de 16 % à 37 %.
  • La proportion de personnes de couleur parmi les patients a augmenté de 20 % à 38 %.

Tous ces changements sont significatifs du point de vue statistique.

Selon les chercheurs, les patients plus âgés étaient davantage susceptibles que les patients plus jeunes d’avoir le profil suivant :

  • sexe masculin
  • VIH contracté lors d’un rapport sexuel avec un autre homme
  • s’identifiaient étant comme de race blanche

Accent sur la santé

Dans l’ensemble, la proportion de patients ayant une maladie liée au sida a augmenté légèrement, passant de 18 % en 1999 à 22 % en 2010. Cependant, les personnes plus âgées étaient davantage susceptibles d’avoir vécu une maladie liée au sida avant 2010 (29 %) que les plus jeunes (20 %).

Les personnes plus âgées (51 %) étaient davantage susceptibles que les plus jeunes (32 %) d’avoir recherché des soins lorsque leur compte de CD4+ est passé sous le seuil des 200 cellules/mm3.

En ce qui concerne les affections médicales co-existantes (également appelées comorbidités), les personnes plus âgées avaient tendance à en avoir plus (environ quatre) que les personnes plus jeunes (environ deux).

Les personnes plus âgées étaient moins susceptibles de fumer (26 %) que les plus jeunes (40 %). Une proportion plus ou moins égale de patients âgés et jeunes, soit 11 %, ont dévoilé s’être injecté des drogues dans le passé.

Utilisation plus fréquente de la TAR

Au cours de l’étude, la proportion de patients recevant une combinaison de médicaments anti-VIH puissants (couramment appelée thérapie antirétrovirale ou TAR) a augmenté comme suit :

  • 1999 – 61 % suivaient une TAR
  • 2010 – 74 % suivaient une TAR

Les chercheurs ont souligné que les personnes plus âgées étaient davantage susceptibles de suivre un traitement (90 %) que les plus jeunes (70 %).

Coûts des soins du VIH

Étant donné les nombreuses tendances observées chez les patients plus âgés inscrits à cette étude, il n’est pas surprenant que soigner les personnes âgées coûte plus cher. Il en est généralement de même pour les personnes séronégatives.

En 1999, environ 10 % des patients atteints du VIH avaient plus de 50 ans et comptaient pour 12 % des coûts totaux des soins. En 2010, 25 % des participants avaient plus de 50 ans et comptaient pour 31 % des coûts totaux.

Environ 80 % des coûts défrayaient l’utilisation de la TAR. Les chercheurs ont constaté que les patients plus âgés tendaient à avoir besoin de régimes complexes et quelque peu plus coûteux que les patients plus jeunes.

Selon les chercheurs albertains, les facteurs suivants pourraient avoir joué un rôle dans l’augmentation des coûts :

  • Grâce à la TAR, les patients plus âgés vivent plus longtemps et doivent être traités pendant plus longtemps.
  • Les personnes plus âgées sont plus susceptibles d’avoir utilisé plusieurs combinaisons différentes de médicaments anti-VIH à cause des effets secondaires associés aux premiers régimes utilisés et, dans certains cas, à cause de la résistance du VIH au traitement. Ces deux facteurs, entre autres, pourraient expliquer pourquoi les personnes plus âgées avaient besoin de régimes plus complexes en vieillissant.
  • Vu la présence de comorbidités et compte tenu de leurs traitements, les personnes plus âgées pourraient avoir besoin de « TAR plus modernes et plus chères pour minimiser les interactions médicamenteuses ou réduire le fardeau pharmaceutique », ont avancé les chercheurs.
  • Les patients plus âgés avaient tendance à suivre plus fidèlement leur régime de médicaments anti-VIH que les patients plus jeunes. Cependant, au moment du diagnostic de VIH, les participants plus âgés étaient davantage susceptibles d’avoir un faible nombre de cellules CD4+ et d’avoir conséquemment besoin de régimes plus complexes (et plus coûteux).

Limitations

Il est probable que cette étude albertaine sous-estime les coûts réels des soins pour au moins les trois raisons suivantes :

  • Les chercheurs ne font état que des coûts liés aux soins du VIH. Or, d’autres études ont souligné la possibilité que les personnes séropositives aient plus souvent besoin d’être hospitalisées et de prendre des médicaments pour des complications non liées au VIH.
  • Les chercheurs n’ont inclus que les hospitalisations survenues après le 30e jour suivant le diagnostic. Les chercheurs albertains ont cependant remarqué que le diagnostic de VIH « se posait souvent lors d’une admission hospitalière ».
  • Dans leur analyse, les chercheurs n’ont pris en compte que les données se rapportant aux patients qui étaient toujours en vie à la fin de l’étude. Ils n’ont pas inclus les données issues de patients déménagés ou perdus de vue. D’autres chercheurs ont constaté que les coûts liés aux soins augmentaient considérablement dans l’année précédant la mort d’une personne séropositive. Par conséquent, la non-inclusion des coûts des soins dispensés aux personnes décédées durant l’étude est une autre raison illustrant la sous-estimation des coûts.

Vers l’avenir

Cette étude albertaine constitue un premier et très important pas vers la mise en garde adressée aux autorités de la santé quant aux coûts grimpants des soins donnés aux personnes vivant avec le VIH. Il est probable que les changements observés auprès de cette population séropositive vieillissante de l’Alberta se répercutent ailleurs au Canada comme aussi dans les autres pays à revenu élevé. Les planificateurs de politiques et les autorités dans le domaine de la santé se doivent de prendre conscience de cette réalité et de financer des études plus complexes afin de déterminer pleinement les coûts réels associés aux soins complets et au traitement des personnes séropositives à mesure qu’elles vieillissent. Ce faisant, les autorités de la santé pourront mieux se préparer au vieillissement de la population séropositive et mieux prévoir l'accroissement du financement dont les cliniques auront besoin de sorte qu’elles puissent continuer de dispenser des soins de qualité et de sauver des vies.

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCE :

Krentz H, Gill M. Increased costs of HIV care associated with aging in an HIV-infected population. HIV Medicine. 2014; in press.