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18 juin 2014 

Le Québec adopte un consensus d’experts sur la charge virale et le risque de transmission du VIH

Depuis quelques années, on assiste à l’émergence d’une masse importante de données probantes permettant de prôner l’usage de la thérapie antirétrovirale (TAR) comme outil de prévention du VIH. Les données en question indiquent qu’une TAR efficace peut réduire la quantité de virus (également appelée charge virale) dans le sang et les autres liquides organiques jusqu’à un niveau indétectable, ce qui peut réduire considérablement le risque de transmettre le VIH par voie sexuelle.

Comme ces nouvelles connaissances sont susceptibles d’influencer les choix que font les gens en matière de sexualité, les personnes vivant avec le VIH et leurs partenaires ont besoin de renseignements fiables et uniformes sur le risque de transmission associée à une charge virale indétectable.

Traduire les données de recherche en messages facilement compréhensibles peut être un défi. Heureusement, des experts dans différentes parties du monde ont passé en revue la recherche et atteint un consensus quant au niveau du risque.

Le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec a récemment adopté un énoncé de consensus sur la charge virale et le risque de transmission du VIH. Développé pour orienter le counseling sur la réduction des risques, cet énoncé de consensus est le premier de son genre à être adopté au Canada par une autorité provinciale de la santé. (Récemment, un groupe de scientifiques canadiens a émis un consensus d’experts sur ce sujet qu’il avait développé à l’intention du système de justice pénale.) L’énoncé québécois s’ajoute à la liste croissante de déclarations semblables provenant de partout dans le monde, telles que l’énoncé de position publié en 2013 par la British HIV Association (BHIVA).

Atteinte d’un consensus

L’énoncé de consensus québécois a été développé par un sous-comité d’experts réuni par le Comité sur les ITSS (Comité sur les infections transmises sexuellement et par le sang) de l’Institut national de santé publique du Québec. L’énoncé a été créé à la demande du Service de lutte contre les ITSS du ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec.

L’énoncé de consensus a été développé afin de mettre à jour l’outil de communication existant du ministère intitulé Estimation du risque associé aux activités sexuelles. Cette ressource a été créée pour aider les professionnels de la santé et des services sociaux à conseiller leurs clients sur la réduction des risques.

Pour développer l’énoncé de consensus, le sous-comité a commencé par effectuer une revue de la recherche sur la charge virale et la transmission du VIH. Les données issues de cette revue ont ensuite été utilisées pour développer un consensus sur le niveau de risque associé aux différentes activités sexuelles lorsque la charge virale est indétectable.

Décrire les différents niveaux de risque de transmission du VIH n’est pas facile. En général, on peut exprimer le risque de façon quantitative (c.-à.-d. en utilisant des chiffres, tels que 1 %) ou de façon qualitative (c.-à.-d. en employant des catégories de risque, telles que « risque faible »). Dans l’énoncé de consensus québécois, les experts ont utilisé les mêmes catégories de risque que celles décrites dans la version précédente de la ressource intitulée Estimation du risque associé aux activités sexuelles.

Consensus d’experts

Selon le consensus d’experts, le risque de transmission du VIH associé aux relations sexuelles vaginales sans condom passe d’un niveau « élevé » à un niveau « négligeable ou très faible » lorsque les conditions suivantes sont respectées :

  • La charge virale de la personne séropositive est indétectable (charge virale inférieure à 40 copies par ml pendant une période minimale de six mois, attestée par deux tests de la charge virale consécutifs).
  • Le taux d’observance de la personne séropositive à la TAR est d’au moins 95 %.
  • La personne séropositive est dans une relation stable et exclusive avec son ou sa partenaire.
  • Ni la personne séropositive ni la personne séronégative n’ont d’infection transmissible sexuellement ou par le sang (autre que le VIH).
  • Les deux partenaires sont soumis à un suivi médical intensif (tous les trois à quatre mois) incluant une mesure de la charge virale de la personne séropositive, un test de dépistage du VIH pour la personne séronégative et des tests de dépistage d’ITSS pour les deux partenaires.
  • Les deux partenaires profitent d’un counseling régulier et approprié.

Bien que la revue de littérature ait permis de constater un manque de données sur les relations sexuelles anales, les experts ont conclu que le risque de transmission du VIH associé à ce genre d’activité sexuelle passait aussi d’un niveau « élevé » à un niveau « négligeable ou très faible » lorsque les conditions ci-dessus étaient respectées. (Remarque : depuis la tenue de cette revue de littérature, l’analyse préliminaire d’une étude en cours a fourni les premières données probantes indiquant directement que la TAR peut réduire le risque de transmission du VIH lors des relations sexuelles anales). De façon semblable, le risque de transmission du VIH lors des relations sexuelles orales est « négligeable ou très faible » lorsque les conditions ci-dessus sont respectées.

Lorsqu’on emploie des catégories qualitatives pour décrire le risque de transmission du VIH, il est important d’expliquer comment ces catégories sont définies. Dans l’énoncé de consensus d’experts québécois, on définit la catégorie de risque « négligeable ou très faible » comme suit :

« Cette catégorie ne signifie pas une absence de risque. Toutes les activités de cette catégorie comportent un potentiel de transmission du VIH. Le risque de transmission est lié à l’échange de liquide organique (sperme, liquide pré-éjaculatoire, sécrétions vaginales, sang ou lait maternel). Cependant, la faible quantité de liquides organiques ou de virus ainsi que le médium d’échange semblent permettre de limiter grandement le risque de transmission. »

Soulignons aussi l’affirmation suivante des experts : « La charge virale indétectable et le condom sont deux stratégies de prévention efficaces présentant d’importantes différences au niveau de leur mode de fonctionnement. Il n’existe actuellement aucun consensus déterminant la supériorité de l’une ou l’autre des deux stratégies ».

Conclusion

Le consensus d’experts adopté par le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec constitue un ajout important aux outils disponibles pour aider les intervenants de première ligne à expliquer le risque lorsque la charge virale de la personne séropositive est indétectable. Les déclarations de ce genre sont importantes pour s'assurer que les clients reçoivent des messages fiables et uniformes qui leur permettent de prendre des décisions éclairées.

Espérons que cet énoncé de consensus suscitera d’autres discussions au sein des organismes de première ligne au Canada sur les meilleures façons d’évaluer et d’expliquer le risque de transmission du VIH en présence d’une charge virale indétectable.

—James Wilton

Ressources

Consensus d’experts : charge virale et risque de transmission du VIH

Consensus d’experts : charge virale et risque de transmission du VIH – Message clés et sommaire

Un document consensuel canadien sur le VIH et sa transmission dans le contexte de la justice criminelle (en anglais seulement)

Le risque de transmission du VIH lorsque la charge virale est indétectable et qu’aucun condom n’est utiliséNouvelles CATIE

Le traitement et la charge virale : que savons-nous de leurs répercussions sur la transmission du VIH?Point de mire sur la prévention, automne 2013.

Défis liés à la communication des risques de transmission du VIHPoint de mire sur la prévention, été 2012.