Nouvelles CATIE

18 mars 2014 

Principes directeurs sur l’utilisation du traitement antirétroviral comme outil de prévention : une déclaration de consensus communautaire international

L’une des avancées les plus importantes de la recherche sur le VIH des dernières années est la découverte que la thérapie antirétrovirale (TAR) peut réduire considérablement le risque de transmission du VIH. En effet, les données ne cessent d’émerger à l’appui du recours à la TAR comme outil de prévention du VIH pour les personnes séropositives et à titre de stratégie de santé publique pour réduire le nombre de nouvelles infections au sein de certaines populations. Quoique prometteuse, l’utilisation de la TAR comme outil de prévention a soulevé des préoccupations parmi les personnes vivant avec le VIH, leurs communautés et leurs soignants. De plus, le manque de principes directeurs a créé une certaine incertitude quant à la manière dont cette information devrait être intégrée dans les interventions de première ligne en matière de prévention.

Soucieux d’atténuer ces préoccupations, le European AIDS Treatment Group (EATG) et l’organisme britannique de lutte contre le sida NAM ont récemment collaboré à une déclaration de consensus communautaire sur l’utilisation du traitement du VIH comme outil de prévention. Les principes directeurs exprimés dans la déclaration prônent l’extension de l’utilisation du traitement comme outil de prévention d’une manière qui protège les droits, la dignité, l’auto-détermination ainsi que la santé et le bien-être généraux des personnes vivant avec le VIH et de leurs partenaires. Ces principes ont été élaborés dans le cadre d’un processus communautaire sous l’égide du cadre GIPA (Greater Involvement of People Living with HIV and AIDS).

Voici quelques points saillants des principes avancés dans la déclaration :

Les personnes vivant avec le VIH, ainsi que les personnes séronégatives, devraient être renseignées sur les bienfaits préventifs du traitement. La TAR est une option importante pour prévenir la transmission du VIH et pourrait aussi avoir d’autres bénéfices importants. À titre d’exemple, mentionnons qu’elle pourrait réduire la stigmatisation des personnes vivant avec le VIH et atténuer la culpabilité et l’anxiété qu’elles éprouvent face à la possibilité de transmettre le VIH à leur partenaire. Il reste toutefois que de nombreuses personnes vivant avec le VIH ou vulnérables au VIH ne sont pas au courant des bienfaits de la TAR. La déclaration recommande alors aux professionnels de la santé et aux autres fournisseurs de services de parler à leurs patients et clients des bienfaits préventifs de la TAR. Les auteurs soutiennent qu’« il ne faut pas que la prévention du VIH soit considérée comme un objectif de la TAR qui soit séparé de l’état de santé et du bien-être généraux de la personne qui la suit ». Les fournisseurs de services ont besoin de ressources d’information et de formation.

Personne ne devrait subir de coercition ou de pression pour se faire dépister pour le VIH ou commencer une TAR à des fins préventives. Se faire tester pour le VIH et commencer la TAR sont des décisions importantes qui comportent leur lot de défis et de risques. Par exemple, le traitement nécessite généralement de prendre des pilules tous les jours et pendant toute la vie et il provoque parfois des effets secondaires à court et à long terme. Par conséquent, la déclaration recommande que les fournisseurs de services développent des mesures de protection pour prévenir la coercition et s’assurer que la décision de commencer le traitement est prise librement par la personne vivant avec le VIH. Selon la déclaration, « l’offre de la TAR aux fins de la prévention ne doit jamais violer le droit de la personne à la santé, à l’auto-détermination, au consentement ou à la confidentialité ». La pression ou la coercition peut provenir de diverses sources, tels les partenaires sexuels, les intervenants de la santé publique ou d’autres fournisseurs de services.

Il est important d’évaluer de bonne heure (lorsque le compte de CD4 est élevé) si la personne vivant avec le VIH est prête à commencer la TAR. La préparation au traitement est importante pour s’assurer que le client/patient fait un choix éclairé et qu’il est prêt à prendre fidèlement ses pilules tous les jours une fois le traitement commencé. Des outils sont nécessaires pour aider à évaluer l’état de préparation des patients, et certains de ces outils ont déjà été créés.

La TAR devrait être considérée comme un élément d’une approche exhaustive visant à améliorer la prévention du VIH et la santé des personnes atteintes. Bien qu’il soit un élément important de la réponse au VIH, le traitement comme outil de prévention ne pourra mettre fin à l’épidémie tout seul. Cette stratégie ne devrait pas éclipser les autres stratégies de prévention efficaces, comme le counseling sur la réduction des risques, l’usage de matériel stérilisé pour s’injecter des drogues, l’usage du condom et les programmes de soutien social. De plus, pour accroître le nombre de personnes suivant une TAR efficace, il faudra améliorer d’autres aspects de la réponse au VIH, tels que l’accès au dépistage, aux soins et au soutien. Les approches destinées à améliorer la santé des personnes vivant avec le VIH devraient être de nature holistique et aller au-delà de la TAR : elles doivent « s’inscrire dans un programme général dont l’objectif est d’améliorer la santé physique et émotionnelle ainsi que la position sociale des personnes vivant avec le VIH et de leurs partenaires ».

Conclusion

La déclaration de consensus communautaire fournit des orientations importantes sur la manière d’intégrer le traitement comme outil de prévention du VIH dans les interventions de première ligne. Espérons que la déclaration suscitera d’autres discussions sur le sujet, ainsi que la création et la mise sur pied de nouveaux services améliorés visant à protéger « la santé et le bien-être des personnes vivant avec le VIH, qu’elles choisissent de suivre une TAR ou pas ». Les particuliers et les organismes peuvent s’inscrire et appuyer la déclaration en ligne.

—James Wilton

Ressources

Community consensus statement on the use of antiretroviral therapy in preventing HIV transmission – NAM et EATG

Le traitement et la charge virale : que savons-nous de leurs répercussions sur la transmission du VIH?Point de mire sur la prévention, automne 2013.

Le traitement comme outil de prévention : les avantages préventifs pour l’individu s’étendent-ils à l’échelon de la population?Point de mire sur la prévention, automne 2013.

Le VIH : la charge virale, le traitement et la transmission sexuelle – Feuillet d’information de CATIE.

Amorce et maintien d'un traitement – Collection de ressources de CATIE.

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