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19 février 2014 

Des lacunes dans la cascade du traitement du VIH en Colombie-Britannique

En 1996, l'introduction de la thérapie antirétrovirale (TAR, aussi connu sous le nom de traitement antirétroviral) a marqué un tournant important dans la lutte contre le VIH. Une thérapie antirétrovirale efficace peut supprimer la réplication du virus dans le corps et réduire ainsi la charge virale (quantité de virus) dans les liquides corporels jusqu'à un niveau indétectable. La recherche a amplement démontré qu'une charge virale faible peut améliorer la santé des personnes vivant avec le VIH, et des études récentes ont montré qu'elle réduit aussi le risque de transmission du VIH.

À mesure que les concepts de traitement et de prévention du VIH ont convergé, l'attention s’est portée vers l'évaluation de l'implication des personnes séropositives dans le continuum de services nécessaires à l'obtention d'une charge virale indétectable, y compris le dépistage et le diagnostic, les soins et le soutien, et le traitement. Le concept de cascade du traitement du VIH (ou encore de cascade des soins du VIH) s’est progressivement imposé comme une façon de reconnaître les lacunes dans ce continuum de services qui empêchent les gens de tirer les bienfaits du traitement antirétroviral sur les plans de la santé et de la prévention.

Aux États-Unis, on estime que seulement 19 à 28 % des personnes vivant avec le VIH suivent une TAR et ont une charge virale indétectable, ce qui porte à croire qu'il existe des lacunes importantes dans le continuum de services liés au VIH. Comme on en sait moins sur la cascade du traitement au Canada, des chercheurs de la Colombie-Britannique ont décidé de caractériser celle-ci dans leur province, de sorte à reconnaître les lacunes et à déterminer comment l'implication des patients dans la cascade des soins a évolué depuis l'arrivée de la TAR en 1996.

Créer la cascade

Les chercheurs ont établi une cascade du traitement pour chaque année allant de 1996 à 2011. Les cascades indiquent la séquence d'étapes nécessaires pour obtenir une charge virale indétectable, ainsi que la proportion de personnes séropositives impliquées dans chaque étape. Les étapes incluent le diagnostic, l'arrimage aux soins, l'admissibilité au traitement, l'introduction du traitement, l'observance thérapeutique et la suppression virologique.

Pour recueillir les données nécessaires, les chercheurs ont employé un système de surveillance avancé récemment développé et conçu pour réunir les données provenant de plusieurs sources. Les sources de données incluaient l'Agence de la santé publique du Canada, le BC Centre for Disease Control, le Centre d'excellence sur le VIH/sida de la Colombie-Britannique et la base de données de facturation des médecins de la province.

Résultats

On a souligné des lacunes importantes dans la cascade la plus récente. Sur les quelque 11 700 personnes vivant avec le VIH en 2011, on croit que seulement 4 054 (35 %) ont obtenu une charge virale indétectable. Cela veut dire que 7 646 personnes (65 %) n'avaient pas de charge virale indétectable et n'étaient donc pas impliquées dans toutes les étapes de la cascade.

Des personnes ont échappé au continuum lors de chacune des étapes. Sur toutes les personnes vivant avec le VIH en Colombie-Britannique en 2011 :

  • 8 308 (71 %) avaient reçu un diagnostic de VIH
  • 7 801 (67 %) avaient été dirigées vers des soins
  • 6 688 (57 %) avaient été retenues dans les soins
  • 6 224 (53 %) recevaient des soins et étaient candidates à la TAR
  • 5 975 (51 %) avaient commencé une TAR
  • 4 054 (35 %) avaient commencé une TAR et avaient une charge virale indétectable

Même s'ils reconnaissaient plusieurs lacunes dans la cascade de 2011, les chercheurs ont constaté que l'implication dans la cascade s'était considérablement améliorée depuis 1996. En voici les preuves :

  • La proportion de personnes vivant avec le VIH et non diagnostiquées est passée de 49 % en 1996 à 29 % en 2011.
  • La proportion de personnes vivant avec le VIH et diagnostiquées, mais non arrimées aux soins ou non retenues dans les soins est passée de 42 % en 1996 à 19 % en 2011.
  • La proportion de personnes séropositives suivant une TAR mais n'ayant pas de charge virale indétectable est passée de 97 % en 1996 à 32 % en 2011.

Grâce à l'amélioration de l'implication des patients dans plusieurs étapes de la cascade, la proportion de personnes vivant avec le VIH ayant une charge virale indétectable a continuellement augmenté, passant de 1 % en 1996 à 17 % en 2003 et à 35 % en 2011.

Conclusion

Bien que la proportion de personnes vivant avec le VIH et impliquées dans la cascade des soins de la Colombie-Britannique s'est considérablement accrue entre 1996 et 2011, cette étude a permis de constater que de nombreuses personnes échappaient encore au continuum lors de diverses étapes.

Il s’agit de la première étude exhaustive à examiner la cascade du traitement au Canada. Même si elle portait uniquement sur la Colombie-Britannique, il est probable que des lacunes semblables existent dans la cascade des soins d'autres régions du pays. Par conséquent, des interventions sont nécessaires pour améliorer les services lors de chaque étape de la cascade, du dépistage du VIH au diagnostic, à l'arrimage aux soins, à la rétention dans les soins et l'accès au traitement et à l'observance thérapeutique. De telles interventions ont le potentiel d'améliorer la santé des personnes vivant avec le VIH et de réduire le nombre de nouvelles infections par le VIH.

En conclusion, les auteurs de l'étude affirment qu'une « schématisation rigoureuse de la cascade des soins est cruciale pour améliorer notre compréhension des moyens nécessaires pour maximiser les bienfaits des interventions disponibles et orienter les efforts visant à freiner la propagation du VIH/sida ». Espérons que cette étude donnera lieu à des recherches sur la cascade du traitement dans d'autres régions du Canada. Les recherches en question nécessiteront probablement le développement de systèmes de surveillance plus sophistiqués qui soient capables de réunir les données provenant de différentes sources provinciales et territoriales.

—James Wilton

Ressources

La cascade du traitement du VIH – colmater les fuites afin d'améliorer la prévention du VIH - Point de mire sur la prévention

Le traitement comme outil de prévention : les avantages préventifs pour l'individu s'étendent-ils à la population? - Point de mire sur la prévention

Références

  1. Vital signs: HIV prevention through care and treatment—United States. MMWR Morbidity and Mortality Weekly Report. 2011 Dec 2;60(47):1618–23.
  2. Gardner EM, McLees MP, Steiner JF et al. The spectrum of engagement in HIV care and its relevance to test-and-treat strategies for prevention of HIV infection. Clinical Infectious Diseases. 2011 Mar 15;52(6):793–800.
  3. Nosyk B, Montaner JSG, Colley G et al. The cascade of HIV care in British Columbia, Canada, 1996-2011: a population-based retrospective cohort study. Lancet Infectious Diseases. 2014 Jan;14(1):40–9.