Nouvelles CATIE

15 octobre 2013 

Utilisés en combinaison, le dépistage par TAAN et les campagnes de marketing social améliorent la détection de l'infection aiguë au VIH parmi les HARSAH de Vancouver

Les personnes ayant récemment contracté le VIH sont plus à risque de transmettre le virus à d'autres personnes et seraient à l'origine de près de la moitié des nouvelles infections par le VIH au sein de certaines populations. Plusieurs facteurs contribuent à l'augmentation du risque de transmission du VIH dans ce contexte.

Au cours des premiers mois de l'infection (période désignée par le terme infection aiguë au VIH ou IAV), la quantité de VIH (charge virale) dans les liquides corporels est très élevée, ce qui accroît considérablement le risque de transmettre le VIH si une exposition a lieu. De plus, les personnes récemment infectées risquent davantage de participer à des activités favorisant la transmission; souvent c’est dans le contexte de ces activités à risque qu'elles ont contracté le VIH elles-mêmes. Enfin, comme l'infection est récente, de nombreuses personnes ignorent qu'elles sont séropositives et sont par conséquent moins susceptibles de prendre les mesures nécessaires pour empêcher la transmission du virus.

Il est important de diagnostiquer tôt l'infection aiguë au VIH afin de prévenir la transmission du virus. Lorsque les personnes atteintes du VIH apprennent leur statut sérologique, la majorité d'entre elles prend des mesures pour réduire le risque de transmettre le virus à d'autres personnes. Les personnes récemment diagnostiquées peuvent aussi envisager de commencer un traitement afin d'améliorer leur santé et de réduire davantage le risque de transmettre le VIH (en réduisant la quantité de virus circulant dans leur corps grâce aux médicaments).

Détecter les infections récentes : un défi de taille

Malheureusement, il est difficile de reconnaître les personnes récemment infectées par le VIH. Comme la durée de l'infection aiguë est relativement courte, la majorité des personnes traversent cette période brève sans se faire tester et sans apprendre leur statut VIH. Les dépistages fréquents sont donc importants puisqu’ils peuvent permettre de détecter l'infection aiguë au VIH auprès des personnes à risque.

Il est important de souligner aussi que tous les tests de dépistage du VIH ont une « fenêtre sérologique » (période allant du moment de l'infection par le VIH à celui où le test de dépistage est en mesure de la détecter; elle est également appelée période fenêtre), ce qui peut rendre difficile la détection des infections aiguës. Pendant la période fenêtre, il est possible que le dépistage donne un faux résultat négatif à une personne qui en est réellement à la phase aiguë de l'infection au VIH.

Nouvelles technologies de dépistage, périodes fenêtres plus courtes

Heureusement, les nouvelles générations de tests de dépistage du VIH ont des périodes fenêtres plus courtes.

L'épreuve Western Blot figurait parmi les premiers tests mis au point et elle est encore utilisée pour les dépistages de confirmation dans plusieurs laboratoires provinciaux. Ce genre de test permet de détecter la présence d'anticorps contre le VIH dans le sang; quoique très fiable, ce test a une période fenêtre relativement longue, soit entre 6 et 12 semaines.

Les nouveaux tests conçus pour détecter les anticorps anti-VIH ont des périodes fenêtres plus courtes. Les tests de dépistage du VIH de troisième génération permettent de détecter l'infection chez 95 % des personnes dans les 34 jours suivant la transmission. Les tests de quatrième génération ont une période fenêtre plus courte encore, soit de 15 à 20 jours; en plus de reconnaître les anticorps, ces tests permettent de détecter une protéine du VIH appelée antigène p24.

Il existe un autre genre de test de dépistage appelé test d'amplification des acides nucléiques ou TAAN. Conçu pour détecter le matériel génétique du VIH (c'est-à-dire l'ARN), ce genre de test offre la période fenêtre la plus courte, soit de 7 à 15 jours.

Comme les TAAN coûtent cher, on a parfois recours à une stratégie de « regroupement » pour minimiser le nombre de tests effectués. Il s'agit de combiner les échantillons de plusieurs patients différents et de les tester comme un seul. Si l'échantillon regroupé donne un résultat positif, les échantillons originaux sont alors analysés individuellement afin de déterminer lequel est positif.

Bien que les tests de dépistage du VIH de troisième et de quatrième génération soient utilisés pour le dépistage dans des laboratoires provinciaux partout au Canada, le dépistage par TAAN regroupé ne l'est pas.

Étude britanno-colombienne sur l 'infection aiguë au VIH chez les HARSAH

Des chercheurs à Vancouver ont récemment mené une étude pour évaluer dans quelle mesure la combinaison d'un programme ciblé de dépistage par TAAN et d'une campagne de marketing social pourrait améliorer la détection de l'infection aiguë au VIH parmi les hommes ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes (HARSAH).

Détails de l 'étude

L'étude s'est déroulée dans cinq cliniques de dépistage de Vancouver affichant des taux élevés d'infection au VIH parmi les clients HARSAH. Les chercheurs ont comparé les taux de détection de l'infection aiguë dans ces cliniques avant et après la mise en œuvre de campagnes de dépistage par TAAN et de marketing social.

Entre avril 2006 et avril 2009 (période précédant la mise en œuvre), tous les clients de ces sites ont été soumis à un dépistage du VIH reposant sur un test de troisième génération. Ensuite, des mesures différentes ont été prises selon le résultat du test (on parle d'algorithme de dépistage), comme suit :

  • Si le résultat du test de troisième génération s'avérait négatif, on disait au client qu'il était séronégatif et qu'il n'avait pas besoin de subir de test additionnel. Ainsi, si la personne en question avait l'infection aiguë au VIH et qu'elle se trouvait dans la période fenêtre du test de troisième génération, son infection n'était pas détectée;
  • Si le test de troisième génération était positif, on en confirmait le résultat par un test Western Blot. Si ce dernier était positif aussi, on disait au client qu'il était séropositif; 
  • Si le test de troisième génération était positif mais que le test de confirmation par Western Blot était négatif ou indéterminé, on effectuait un dépistage additionnel en ayant recours au test de recherche de l'antigène p24 ou au TAAN. Si le résultat s’avérait positif, cela indiquait que la personne avait l'infection aiguë au VIH et se trouvait dans la période fenêtre du test Western Blot.

Entre avril 2009 et mars 2012 (période suivant la mise en œuvre), on a modifié l'algorithme de dépistage afin de déterminer dans quelle mesure le dépistage par TAAN regroupé pouvait améliorer la détection du VIH.

En vertu du nouvel algorithme de dépistage, tous les patients masculins (y compris les clients transgenres) de plus de 18 ans qui se faisaient tester aux cliniques participantes passaient d'abord un test de dépistage du VIH de troisième génération. Contrairement à l'algorithme précédent, cependant, de nouvelles actions étaient prises si le test de troisième génération initial se révélait négatif :

  • Si le test de troisième génération initial était négatif, le client n'était pas avisé de son statut VIH (contrairement à l'algorithme précédent). On effectuait plutôt un dépistage additionnel par TAAN regroupé. Si ce dernier était positif, cela indiquait que le client avait l'infection aiguë au VIH et se trouvait dans la période fenêtre du test de troisième génération. Si le TAAN était négatif, on avisait le client de son statut séronégatif;
  • Si le test de troisième génération initial était positif, les mesures prises ressemblaient à celles de la période précédant la mise en œuvre.

Une sixième clinique a adopté ce nouvel algorithme de dépistage en septembre  2009.

Durant la période suivant la mise en œuvre, on a lancé deux campagnes de marketing social pour sensibiliser les hommes gais et autres HARSAH aux particularités de l'infection aiguë au VIH et aux nouvelles technologies de dépistage. L'objectif global des campagnes consistait à accroître le recours au dépistage du VIH et la fréquence des tests parmi les personnes à risque.

Vers une définition de l 'infection aiguë au VIH

Durant la période précédant la mise en œuvre, on définissait les cas d'infection aiguë au VIH comme étant ceux qui regroupaient les hommes se trouvant dans la période fenêtre du test Western Blot, dont l'infection au VIH avait été détectée par un test de troisième génération.

Dans la période suivant la mise en œuvre, les cas d'infection aiguë au VIH incluaient aussi les hommes se trouvant dans la période fenêtre du test de troisième génération dont l'infection serait passée inaperçue si un dépistage par TAAN regroupé n'avait pas été utilisé.

Résultats de l 'étude

Voici quelques détails concernant la période entre avril 2006 et avril 2009 (période précédant la mise en œuvre) :

  • 18 393 hommes testés
  • 218 diagnostics de VIH
  • 19 diagnostics d'infection aiguë au VIH
  • 1,03 diagnostic d'infection aiguë par tranche de 1 000 tests

Et entre avril 2009 et mars 2012 (période suivant la mise en œuvre) :

  • 20 141 hommes testés
  • 176 diagnostics de VIH
  • 37 diagnostics d'infection aiguë au VIH
  • 1,84 diagnostic d'infection aiguë par tranche de 1 000 tests

Ces résultats indiquent que la mise en œuvre d’une campagnes de dépistage par TAAN et de marketing social a permis de reconnaître davantage d'hommes atteints d'une infection aiguë au VIH. Durant la période suivant la mise en œuvre, le nombre de dépistages effectués, le nombre de diagnostics d'infection aiguë au VIH et le taux de détection de l'infection aiguë ont tous été plus élevés que lors de la période précédant la mise en œuvre.

Si l'on inclut la sixième clinique, le nombre de diagnostics d'infection aiguë au VIH dans la période suivant la mise en œuvre monte à 54. Sur ces 54 infections, 25 en étaient à la période fenêtre du test de troisième génération initial utilisé; elles seraient donc passées inaperçues si l'on n'avait pas eu recours au dépistage par TAAN regroupé.

Conclusion

Les chercheurs en concluent donc que la « la mise en œuvre du dépistage par TAAN regroupé ciblé et de campagnes de marketing social a significativement amélioré la détection de l'infection aiguë au VIH parmi les HARSAH fréquentant les cliniques affichant des taux élevés de détection du VIH préexistants ».

Dans cette étude, on a obtenu une amélioration de la détection de l'infection aiguë au VIH en écourtant la période fenêtre grâce au dépistage par TAAN regroupé et en augmentant l'utilisation et la fréquence des tests de dépistage du VIH par le biais de campagnes de marketing social. Cela laisse croire que les campagnes de marketing social ont un rôle à jouer pour maximiser l'impact des nouvelles technologies de dépistage du VIH.

Dans l'ensemble, si le dépistage par TAAN regroupé n'avait pas été utilisé, 46 % des hommes en période d'infection aiguë au VIH auraient obtenu un résultat négatif. Grâce au dépistage par TAAN regroupé, ces hommes ont pu recevoir un diagnostic positif et apprendre tôt leur statut VIH. Cela a des implications importantes en ce qui concerne l'amélioration de leur santé et la réduction du risque de transmission du VIH.

Quoique prometteurs, ces résultats devront être renforcés par des études conçues pour explorer les enjeux suivants :

  • la mesure dans laquelle la détection précoce peut améliorer la santé et prévenir la transmission du VIH
  • le rapport coût-efficacité du dépistage par TAAN
  • l'avantage éventuel de l'ajout du dépistage par TAAN à un algorithme de dépistage du VIH utilisant des tests de quatrième génération

Espérons que cette étude suscitera de l'intérêt pour des programmes pilotes semblables dans d'autres régions du Canada.

—James Wilton

Ressources

Les personnes récemment infectées : une priorité pour la prévention du VIH de Point de mire sur la prévention, ressource électronique de CATIE en matière de prévention

Déceler l'infection par le VIH plus tôt : l'amélioration des techniques de dépistage du VIH de Point de mire sur la prévention, ressource électronique de CATIE en matière de prévention

HIV: It’s Hottest at the Start – campagne de la Health Initiative for Men

Références

  1. Cohen MS, Chen YQ, McCauley M et al. Prevention of HIV-1 infection with early antiretroviral therapy. New England Journal of Medicine. 2011 Aug 11;365(6):493–505.
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  4. Marks G, Crepaz N, Senterfitt JW, Janssen RS. Meta-analysis of high-risk sexual behavior in persons aware and unaware they are infected with HIV in the United States: implications for HIV prevention programs. Journal of Acquired Immune Defic iency Syndromes. 2005 Aug 1;39(4):446–53.
  5. Miller WC, Rosenberg NE, Rutstein SE, Powers KA. Role of acute and early HIV infection in the sexual transmission of HIV. Current Opinion in HIV and AIDS. 2010 Jul;5(4):277–82.
  6. Agence de la santé publique du Canada. Guide pour le dépistage et le diagnostic de l'infection par le VIH. 2012. http://www.catie.ca/sites/default/files/FR_Guide-pour-le-depistage-et-le...
  7. Gilbert M, Cook D, Steinberg M et al. Targeting screening and social marketing to increase detection of acute HIV infection in men who have sex with men in Vancouver, British Columbia. AIDS. 2013 Oct 23;27(16):2649–54.