Nouvelles CATIE

25 septembre 2013 

Une étude examine l'utilisation d'applications de téléphones intelligents comme outil d'apprentissage en matière de sexualité

Comme nous l'avons mentionné dans le numéro précédent de Nouvelles CATIE, les taux de VIH et d'autres infections transmissibles sexuellement sont à la hausse au Canada et dans d'autres pays à revenu élevé, particulièrement parmi les hommes ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes (HARSAH). Il y a plusieurs explications possibles de ce phénomène; entre autres, il est possible que certains hommes fassent des suppositions erronées concernant le statut VIH de leurs partenaires sexuels, ce qui les amène subséquemment à avoir des relations sexuelles non protégées. En encourageant les personnes sexuellement actives à se faire dépister fréquemment pour les infections transmissibles sexuellement (ITS) et le VIH, on augmente les chances de découvrir des infections précédemment cachées et de prévenir la propagation continue du VIH. En plus de nuire aux organes et tissus internes, rappelons que les ITS peuvent causer de l'inflammation et des plaies ou lésions dans l'anus, les organes génitaux, la bouche ou la gorge. Ces plaies peuvent servir de porte d'entrée au VIH. Certaines ITS, notamment le virus du papillome humain (VPH), causent des verrues anogénitales, ainsi que des cancers de l'anus, du col utérin, du pénis et de la bouche.

Le réseautage social et les apps

De plus en plus, certains HARSAH utilisent des applications pour téléphones intelligents (couramment appelées « apps ») pour rencontrer d'autres HARSAH. L'application Grindr en est un exemple. Un groupe de chercheurs de New York qui étudient les comportements ont décrit Grindr comme ceci :

« Une [app] de réseautage géosocial conçue pour faciliter les contacts entre HARSAH. Se basant sur l'endroit où se trouve l'utilisateur, l'app fournit une liste d'autres utilisateurs de Grindr en fonction de la [distance physique qui les sépare]. »

Et d'ajouter les chercheurs : « Bien que Grindr ait été conçu à titre d'application de réseautage social et pas explicitement comme outil de recherche de partenaires sexuels, de nombreux HARSAH l'utilisent à cette fin. En effet, lors d'une étude menée en 2012 auprès de 195 HARSAH à Long Beach, en Californie, on a trouvé que 76 % des participants âgés de 18 à 24 ans avaient vécu des rencontres sexuelles avec des partenaires trouvés sur Grindr ».

L'équipe de recherche new-yorkaise a placé des annonces sur Grindr pendant deux jours consécutifs, ce qui lui a permis de recruter plus de 2 000 HARSAH pour un sondage sur les comportements sexuels et le dépistage du VIH.

Selon les résultats, même si plus des deux tiers des hommes sondés s'étaient fait tester pour le VIH au cours de l'année précédente, 10 % d'entre eux n'avaient jamais été testés. Sur ces derniers, près de la moitié avait eu des relations sexuelles anales non protégées au cours de l'année précédente, et une forte proportion avait coché « séronégatif » plutôt qu’« inconnu » pour décrire leur statut VIH, ont affirmé les chercheurs. Ces perceptions à l'égard du statut VIH malgré les comportements à risque élevé sont intéressantes et révèlent la nécessité d'éduquer les jeunes HARSAH sur le sécurisexe et le dépistage du VIH.

Détails de l 'étude

Les chercheurs ont créé un site Web à l'intention des utilisateurs de Grindr qui ont cliqué sur l'annonce de l'étude pendant les 48 heures qu'elle était affichée. En tout, 5 026 hommes ont cliqué sur l'annonce, et 2 175 ont commencé à remplir le sondage après avoir accordé leur consentement éclairé.  Toutefois, seulement 1 351 hommes ont complété le sondage et répondu aux critères de sélection afin que leurs données puissent être analysées.

Le profil moyen des hommes qui ont complété le sondage était le suivant (la somme des pourcentages n'est pas 100 dans tous les cas parce qu'ils sont arrondis) :

  • âge – 30 ans (âges allant de 18 à 67 ans)
  • composition ethnoraciale : 49 % de Blancs, 21 % de Latinos-américains, 12 % de Noirs, 10 % de personnes multiraciales, 6 % d'Asiatiques, 2 % d'autres
  • 21 % des hommes étaient dans une relation
  • orientation sexuelle : 86 % de gais, 12 % de bisexuels, 1,4 % d'autres, 0,4 % d'hétérosexuels
  • 87,3 % des participants se disaient séronégatifs et 12,7 % affirmaient avoir un statut VIH inconnu

Résultats clés

  • Plus de la moitié des hommes disaient avoir été testés pour le VIH au cours des six mois précédents;
  • Plus des deux tiers des hommes disaient avoir été testés pour le VIH au cours de l'année précédente;
  • 10 % disaient n'avoir jamais été testés pour le VIH; de plus, selon les chercheurs, « le tiers de ces hommes ont déclaré avoir un statut VIH séronégatif plutôt qu'inconnu »;
  • Près de 50 % des hommes qui n'avaient pas passé de test du VIH au cours de l'année précédente avaient eu des relations sexuelles anales non protégées.

Mise en perspective

Les résultats du sondage doivent être interprétés avec prudence pour au moins les raisons suivantes :

  • Les participants n'ont pas été choisis au hasard pour cette étude. Par conséquent, l'échantillon risque de ne pas être représentatif des utilisateurs typiques de Grindr de New York au moment de la réalisation du sondage;
  • Le statut VIH était déclaré par les participants eux-mêmes et n'était pas vérifié. Cependant, les chercheurs ont su transformer ce fait en une force de l'étude en découvrant comment certains hommes n'ayant jamais été testés se considéraient comme séronégatifs même s'ils avaient eu des relations anales non protégées.

Malgré ces bémols, les chercheurs ont réussi à recruter un nombre relativement grand de participants en moins de 48 heures.

Grindr n'est qu'une seule des apps couramment utilisées par les HARSAH. Les chercheurs mentionnent aussi les apps et sites Web suivants qui ont été développés à l'intention de populations cibles de HARSAH :

  • Mister – pour hommes plus âgés
  • Scruff – pour hommes poilus
  • Recon – pour hommes fétichistes

Ces autres applications fonctionnent à peu près de la même façon que Grindr.

Vers l 'avenir

De nombreux HARSAH ont de plus en plus recours au réseautage social pour rencontrer et interagir avec d'autres personnes, parfois dans le but d'avoir des relations sexuelles. La prise de contact avec des populations spécifiques par l'usage d'applications et de réseaux sociaux ciblés peut permettre aux chercheurs de recruter relativement rapidement des volontaires. Les applications pourraient donc intéresser davantage de chercheurs qui tentent de comprendre les comportements sexuels.

Les études futures qui feront usage du réseautage social et des apps devront être de plus grande envergure et de plus longue durée. Il sera également important que le statut VIH des participants soit vérifié lors de toute étude visant à comprendre les comportements sexuels des HARSAH.

Pour le moment, l'utilisation du réseautage social, notamment les apps, pour la recherche sur la santé sexuelle en est à ses débuts. L'étude menée à New York a permis de reconnaître la nécessité de mieux comprendre et de mieux éduquer les HARSAH qui se servent d'apps sur le besoin de sécurisexe et de dépistage du VIH. On peut s'attendre à la tenue d'autres études menées par applications électroniques à l'avenir.

Espérons que les recherches futures incluront l'offre de dépistages du VIH et d'autres ITS, ainsi que le counseling auprès de populations ciblées et la mise en contact de celles-ci avec les services de santé.

Sean R. Hosein

RÉFÉRENCES :

  1. Landovitz RJ, Tseng CH, Weissman M, et al. Epidemiology, sexual risk behavior, and HIV prevention practices of men who have sex with men using GRINDR in Los Angeles, California. Journal of Urban Health. 2013 Aug;90(4):729-39.
  2. Rendina HJ, Jimenez RH, Grov C, et al. Patterns of lifetime and recent HIV testing among men who have sex with men in New York City who use Grindr. AIDS and Behavior. 2013; in press.