Nouvelles CATIE

10 septembre 2013 

Hépatite C : Un essai clinique sur le café donne des résultats inattendus

Les virus de l'hépatite B (VHB) et de l'hépatite C (VHC) sont des microbes qui infectent et endommagent le foie. L'infection chronique (à long terme) par l'un ou l'autre de ces virus peut causer de l'inflammation et faire en sorte que le tissu sain du foie est remplacé par du tissu cicatriciel inutile. Il se produit aussi des augmentations prolongées des taux d'enzymes hépatiques dans le sang, ce qui laisse soupçonner la présence de lésions dans l'organe. Graduellement, le foie devient de plus en plus dysfonctionnel, et des complications graves risquent de survenir. À mesure que les lésions s'étendent dans le foie, le risque que certaines cellules hépatiques se développent anormalement et qu'elles se transforment en états précancéreux et en cancer augmente.

Dans la lutte contre l'infection au VHC, le dépistage, le suivi médical régulier et les discussions concernant les options de traitement sont des mesures importantes. Le traitement réussi du VHC peut guérir cette infection, normaliser les taux d'enzymes hépatiques et réduire considérablement le risque de cancer du foie.

Recherche sur le café et le chocolat

Le café et le chocolat (ainsi que de nombreux fruits et légumes colorés) contiennent des composés appelés flavonols qui aident à réduire l'inflammation dans les expériences de laboratoire sur des cellules.

Depuis une décennie, les résultats d'études par observation semblent indiquer que la consommation régulière de café procure des bienfaits au foie. Des études distinctes ont donné des résultats différents, mais apparentés, notamment la diminution des taux d'enzymes hépatiques, la réduction de la cicatrisation du foie et même un risque réduit de cancer du foie.

Les résultats d'une récente étude par observation menée en France portent à croire que la consommation quotidienne de café et de chocolat est associée à la présence de taux d'enzymes hépatiques normaux chez les personnes co-infectées par le VIH et le VHC.

Prudence

Il est important de souligner que de nombreuses données prometteuses concernant l'impact du café sur la santé du foie proviennent d'études par observation. Les études de ce genre sont utiles pour trouver des associations entre différents facteurs, mais ne peuvent jamais prouver de lien de cause à effet. Autrement dit, aucune étude par observation ne peut prouver que la consommation de café améliore la santé du foie. Ce problème résulte des limitations inhérentes à la conception des études par observation.

Compte tenu de ce bémol important, il faut interpréter les résultats des études par observation avec prudence. Idéalement, les données en question seraient explorées et confirmées par des essais cliniques conçus de façon plus rigoureuse au niveau de la conception statistique.

Un essai randomisé

Par souci de clarté et afin d'éclairer les bienfaits possibles du café pour la santé du foie, une équipe de recherche de l'Université de Padoue en Italie a mené un essai clinique randomisé de relativement petite envergure et de relativement courte durée auprès de participants vivant avec l'infection au VHC. Les chercheurs ont constaté que les taux de certaines enzymes du foie augmentaient alors que d'autres diminuaient sous l'effet de la consommation de café. Notons toutefois que les changements en question étaient relativement faibles. Les taux de VHC augmentaient parallèlement à la consommation de café, tandis que les tests sanguins indiquaient une réduction de la cicatrisation du foie. Nous examinerons ces résultats inattendus plus loin dans ce bulletin de Nouvelles CATIE.

Détails de l 'étude

Les chercheurs ont recruté des volontaires atteints du VHC qui avaient récemment subi une biopsie du foie. Les résultats de celle-ci prouvaient que les volontaires avaient subi des dommages au foie causés par le VHC. Aucun participant ne suivait de traitement pour l'infection au VHC au cours de l'étude en question.

Les participants ont été affectés au hasard à l'une des deux interventions suivantes :

  • quatre tasses de café par jour pendant un mois
  • aucun café pendant un mois

À la fin du premier mois, les participants ont changé d'intervention; dans le langage technique, on parle d'essai croisé ou d'essai avec permutation. Spécifiquement, ceux qui avaient bu du café ont cessé d'en consommer, et vice versa.

Tous les participants ont reçu une machine à café de style italien appelé Moka (de la compagnie Bialetti) et assez de café pour en faire quatre tasses par jour pendant le mois où la consommation était requise.

Les chercheurs ont fourni un café qui était facilement accessible dans leur région, soit de l'arabica 100 %. Ils ont également fait faire une analyse indépendante de ce café afin d'en confirmer la teneur en flavonols.

Au début de l'étude, le profil moyen des 37 participants était le suivant :

  • 29 hommes, 8 femmes
  • âge – 58 ans
  • 70 % étaient porteurs d'un sous-type (souche) du VHC appelé génotype 1
  • 22 % fumaient du tabac
  • 46 % buvaient normalement entre zéro et deux tasses de café par jour
  • 54 % buvaient normalement entre trois et cinq tasses de café par jour
  • la majorité des participants avaient des lésions hépatiques légères ou modérées causées par le VHC

Résultats — au début de l 'étude

Avant de mettre en œuvre le protocole de l'étude, les chercheurs ont analysé des échantillons de sang prélevés chez les participants et constaté que ceux qui buvaient régulièrement quatre tasses de café par jour avaient généralement des taux d'enzymes hépatiques plus faibles que les personnes qui buvaient entre zéro et deux tasses de café par jour.

Résultats — à la fin de l 'étude

La majorité des participants affirmaient maintenir une très bonne observance du protocole de l'étude.

Voici les résultats clés selon la consommation de café :

Différences dans le taux de l'enzyme hépatique AST (aspartate aminotransférase)

  • café – 69 unités/litre
  • pas de café – 63 U/l

Différences dans le taux de l'enzyme hépatique GGT (gamma-glutamyl-transférase)

  • café – 55 U/L
  • pas de café – 63 U/L

Marqueur des dommages oxydatifs

  • café – 15
  • pas de café – 63

Charge virale en VHC

  • café – 790 000 UI/ml
  • pas de café – 480 000 UI/ml

Marqueur de la mort programmée des cellules (apoptose) dans le sang :

  • café – 712 U/L
  • pas de café – 649 U/L

Marqueur de la fibrose hépatique (procollagène de type III)

  • café – 56 ng/mL
  • pas de café – 86 ng/mL

Toutes ces différences entre les périodes où les participants buvaient du café ou qu'ils s'abstenaient d'en boire étaient significatives du point de vue statistique.

Points à prendre en considération

Dans l'ensemble, le taux de l'enzyme hépatique GGT a chuté légèrement, alors que celui de l'enzyme AST a augmenté légèrement. La charge virale en VHC a augmenté lorsque les participants buvaient du café.

Ces résultats étaient inattendus. Les chercheurs ont toutefois souligné que les changements dans les taux d'enzymes hépatiques étaient « limités » et n'avaient pas de signification clinique. De plus, l'augmentation de la charge virale en VHC était inférieure au niveau que l'on considère normalement comme significatif sur le plan clinique, soit 1 log.

La réduction du taux sanguin du marqueur procollagène de type III pendant la période de consommation de café laisse croire que moins de collagène était déposé dans le foie. Ce changement pourrait expliquer partiellement les rapports faisant état d'une diminution du taux de lésions hépatiques provenant d'autres études sur la stéatose hépatique. Mentionnons toutefois que l'on n'a pas effectué de biopsie ni d'échographie du foie (Fibroscan) pour confirmer d'éventuels changements dans l'ampleur de la fibrose.

Points à retenir

Même s'ils proviennent d'un essai clinique randomisé croisé, on devrait considérer les résultats de la présente étude comme préliminaires et comme un bon premier pas vers une meilleure compréhension de l'impact du café sur la santé du foie.

Cet essai clinique italien était imparfait et de relativement courte durée, soit deux mois. De plus, l'aptitude des participants à respecter le protocole (soit leur observance thérapeutique) était rapportée par les participants eux-mêmes, au lieu d'être confirmée indépendamment.

Les chercheurs italiens méritent notre soutien pour avoir pris la mesure audacieuse et de longue haleine d'avoir mené un essai clinique randomisé prospectif. Leurs résultats devraient servir de base pour évaluer la consommation de café et/ou de chocolat chez des personnes atteintes du VHC présentant des lésions hépatiques de différents degrés.

Au minimum, d'autres équipes de recherche auront besoin de répéter l'essai clinique italien, peut-être pour explorer l'effet de différentes méthodes de préparation du café (régulier contre l'espresso), car les études par observation ont donné des résultats contradictoires. Espérons que les études futures seront plus grandes, de plus longue durée et plus complexes afin qu'il soit possible d'obtenir des données utiles concernant les bienfaits éventuels du café et de ses ingrédients. Les études randomisées prospectives futures devront aussi évaluer la consommation de chocolat, car une récente étude par observation française a laissé croire que le chocolat pourrait être bénéfique aux personnes co-infectées par le VIH et le VHC.

Il faut souligner que le café et le chocolat ne peuvent en aucun cas remplacer les examens physiques, les suivis médicaux réguliers et le traitement pour les personnes atteintes de lésions hépatiques causées par l'hépatite C ou d'autres virus. La recherche prospective future devra révéler précisément comment le café et le chocolat aideraient les personnes ayant subi des dommages au foie attribuables aux hépatites virales ou à d'autres causes.

Ressources

infohepatitec.ca – Site Web de CATIE sur l'hépatite C

                                                                                                                        —Sean R. Hosein  

RÉFÉRENCES :

  1. Patrizia Carrieri M, Lions C, et al. Association between elevated coffee consumption and daily chocolate intake with normal liver enzymes in HIV-HCV infected individuals: results from the ANRS CO13 HEPAVIH cohort study. Journal of Hepatology. 2013; in press.
  2. Lai GY, Weinstein SJ, Albanes D, et al. The association of coffee intake with liver cancer incidence and chronic liver disease mortality in male smokers. British Journal of Cancer. 2013; in press.
  3. Costentin CE, Roudot-Thoraval F, Zafrani ES, et al. Association of caffeine intake and histological features of chronic hepatitis C. Journal of Hepatology. 2011 Jun;54(6):1123-9.
  4. Trovato GM, Martines GF, Trovato FM, et al. Regular coffee: a magic bullet or a naked gun? Regular coffee but not espresso drinking is protective against fibrosis in NAFLD. Journal of Hepatology. 2013 Jun;58(6):1264-5.
  5. Anty R, Marjoux S, Iannelli A, et al. Regular coffee but not espresso drinking is protective against fibrosis in a cohort mainly composed of morbidly obese European women with NAFLD undergoing bariatric surgery. Journal of Hepatology. 2012 Nov;57(5):1090-6.
  6. Molloy JW, Calcagno CJ, Williams CD, et al. Association of coffee and caffeine consumption with fatty liver disease, nonalcoholic steatohepatitis, and degree of hepatic fibrosis. Hepatology. 2012 Feb;55(2):429-36.
  7. Cardin R, Piciocchi M, Martines D, et al. Effects of coffee consumption in chronic hepatitis C: a randomized controlled trial. Digestive and Liver Disease. 2013 Jun;45(6):499-504.