Nouvelles CATIE

28 mai 2013 

Des chercheurs d'Halifax trouvent que le dépistage rapide du VIH est bien accueilli

Selon l'Agence de la santé publique du Canada, quelque 71 300 personnes séropositives vivraient au Canada, dont 25 % ignoreraient leur statut VIH. Vu ce constat, toutes les occasions d'élargir l'accès au dépistage du VIH devraient être perçues comme utiles, car elles permettraient d'accomplir ce qui suit :

  • découvrir des infections au VIH non diagnostiquées
  • renforcer l'éducation en matière de sécurisexe et de consommation de drogues et d’alcool lors du counseling qui accompagne le dépistage
  • renseigner les personnes nouvellement diagnostiquées sur les bienfaits du traitement précoce et leur offrir des possibilités d'explorer cette option

Ce dernier point est important pour les raisons suivantes, entre autres :

  • L'instauration précoce d'une thérapie combinant des médicaments anti-VIH puissants (couramment appelée multithérapie ou TAR) aide à préserver le système immunitaire et met la personne séropositive sur la voie d'une meilleure santé. L'impact de la multithérapie est tellement important que les jeunes adultes séropositifs qui sont diagnostiqués aujourd'hui au Canada et dans les pays semblables peuvent s'attendre à vivre plusieurs décennies, pourvu qu'ils n'aient que des problèmes de santé coexistants minimes et qu'ils prennent leurs médicaments tous les jours en suivant les prescriptions à la lettre.
  • L'autre bienfait de l'instauration précoce de la multithérapie est qu'il réduit spectaculairement la quantité de VIH dans le sang (charge virale) et les liquides génitaux, ce qui permet de réduire l'infectiosité sexuelle des personnes sous traitement. Si de nombreuses personnes séropositives suivaient une multithérapie, cela pourrait réduire la propagation future du VIH à l'échelle d'une grande ville ou d'une région particulière.

Le recours à la multithérapie pour améliorer la santé d'une personne séropositive et réduire son infectiosité sexuelle est désigné par l'expression « le traitement comme outil de prévention » (TcoP). Au Canada, le dépistage et le TcoP sont offerts en Colombie-Britannique, et la recherche semble indiquer que cette stratégie réussit généralement à réduire le nombre de nouvelles infections par le VIH, particulièrement parmi les utilisateurs de drogues injectables et les hétérosexuels. Un élément clé de l'initiative britanno-colombienne réside dans l'offre d'un test de dépistage du VIH.

Barrières au dépistage du VIH

Des chercheurs à l'Université Dalhousie à Halifax, en Nouvelle-Écosse, font des recherches se rapportant au dépistage du VIH. Dans le cadre de leur projet le plus récent, ils ont examiné en particulier les points de vue des clients d'une clinique de santé sexuelle en ce qui concerne le dépistage rapide du VIH. Aux fins de son travail, l'équipe de chercheurs de Dalhousie a décortiqué des publications scientifiques se rapportant au dépistage du VIH. Selon l'équipe, les études examinées avaient permis de constater que certaines personnes à risque de contracter le VIH ne se faisaient pas dépister pour les raisons suivantes, entre autres :

  • peur du processus de dépistage
  • anxiété à l'idée de recevoir les résultats
  • manque d'accès au dépistage
  • stigmatisation du VIH

À propos du dépistage rapide du VIH aux points de service

Dans certaines régions du Canada, notamment les grands centres urbains, on offre le dépistage rapide du VIH aux points de service (cliniques, centres de santé communautaire) dans certains endroits. Pour ce genre de dépistage, on perce le bout du doigt afin d'en recueillir quelques gouttes de sang. Cette technique peut être utilisée dans presque tous les contextes communautaires. Le protocole habituel consiste à offrir un counseling pré-test de dépistage aux clients et à les renseigner sur les comportements qui causent fréquemment la transmission du VIH. D'ordinaire, le résultat du test est prêt dans quelques minutes. S'il est négatif, le client reçoit le résultat et un counseling additionnel. Si le résultat est réactif (on parle alors de résultat positif préliminaire), le client reçoit le résultat et un counseling post-test de dépistage, et il est adressé à d'autres professionnels de la santé. Après avoir obtenu le consentement éclairé du client, le conseiller peut faire une autre prise de sang pour effectuer un test de confirmation. Bien que le dépistage rapide aux points de service soit très fiable (résultats exacts dans 99 % des cas), les résultats réactifs doivent être confirmés par un laboratoire central afin qu'un diagnostic définitif de séropositivité soit posé. Le test de confirmation peut prendre une ou deux semaines selon le laboratoire — ce qui est une période angoissante pour de nombreuses personnes.

Les avantages du dépistage rapide aux points de service incluent les suivants :

  • on peut le faire dans les contextes communautaires
  • il suffit de prendre quelques gouttes de sang
  • le client se fait conseiller par la même personne avant et après le test
  • le résultat du test est disponible rapidement

Méthode préférée des personnes à risque élevé

Dans le cadre de leur examen des publications scientifiques se rapportant au dépistage du VIH aux points de service, les chercheurs d'Halifax ont constaté que « même aux sites où le dépistage rapide aux points de service n'est pas la méthode de dépistage préférée globalement, il tend à être privilégié par les clients à risque élevé, tels les hommes ayant des rapports sexuels avec d'autres hommes et les utilisateurs de drogues injectables. »

Recherche menée à Halifax — attitudes à l'égard du dépistage rapide aux points de service

L'équipe de recherche de l'Université Dalhousie a mené une étude sur les attitudes concernant le dépistage rapide aux points de service des personnes souhaitant subir un dépistage anonyme du VIH. L'équipe a découvert que le dépistage rapide aux points de service était « très acceptable » aux yeux de cette population. Le rapport que l'équipe a publié dans la revue Sexual Health devrait figurer sur la liste de lecture des cliniques se spécialisant dans le dépistage des infections transmissibles sexuellement (ITS), des centres de santé communautaire et des planificateurs de politiques en matière de santé, particulièrement dans les provinces atlantiques du Canada. Le dépistage rapide aux points de service peut être un outil important pour rejoindre les personnes occupées et contourner certains des obstacles associés au dépistage du VIH standard.

Détails de l'étude

L'étude s'est déroulée dans une clinique de santé sexuelle d'Halifax. L'infirmière affectée au secteur VIH demandait aux volontaires potentiels s'ils s'intéressaient à remplir le questionnaire de l'étude. Ensuite, elle expliquait l'objectif de celle-ci et d'autres détails avant d'obtenir le consentement éclairé des participants. Au total, 411 personnes ont rempli le questionnaire sur une période de plusieurs mois en 2011. Tous les participants s'étaient présentés à la clinique pour subir un dépistage anonyme du VIH, et leur profil de base était le suivant :

  • 53 % d'hommes, 47 % de femmes
  • la plupart (78 %) avait entre 20 et 40 ans
  • les participants décrivaient leur orientation sexuelle comme suit : 72 % d'hétérosexuels, 19 % de gais, 9 % de bisexuels

Ces caractéristiques démographiques de base se comparaient à celles des personnes qui avaient subi un dépistage anonyme du VIH à la clinique au cours des cinq années précédentes.

Résultats

Dans l'ensemble, 90,3 % des participants préféraient subir un dépistage rapide aux points de service s'il était possible. Ce résultat se compare à celui obtenu lors d'études semblables menées à Toronto, à New York et à Chicago.

La clinique utilisée comme site de cette étude dessert une population nombreuse. Selon les chercheurs, les clients de la clinique (et les participants à l'étude) viennent non seulement d'Halifax mais aussi de la ville voisine de Dartmouth et de « plusieurs petites banlieues et collectivités rurales ». Ainsi, les résultats de la présente étude représentent vraisemblablement les points de vue de personnes vivant en ville, en banlieue et en région.

Frais d'utilisation

On a demandé aux participants s'ils seraient prêts à payer des frais de 20 $ à l'avenir pour avoir accès au dépistage rapide aux points de service. Bien que 70 % d'entre eux aient répondu oui, 27 % ont dit non, ce qui laisse croire que même des frais d'utilisation relativement faibles peuvent devenir un obstacle au dépistage du VIH.

Sites de dépistage du VIH et transfert des connaissances

Dans son questionnaire, l'équipe de recherche posait des questions sur les services offerts à la clinique de santé sexuelle. Tous les participants s'entendaient sur l'utilité de la clinique et sa capacité de les aider à comprendre clairement les enjeux liés à la transmission du VIH.

Selon l'étude de recherche, 85 % des participants « indiquaient qu'ils en avaient appris plus sur le VIH lors de leur session de dépistage qu'ils en savaient auparavant, notamment parce qu'on leur avait “mis à l'aise face au dévoilement” et que le personnel était en mesure de “[leur] apprendre de nouvelles informations et de corriger de la désinformation” ».

Éducation

À la lumière de cette étude menée à Halifax, il est clair que les sites de dépistage du VIH ont un rôle important à jouer pour conseiller et (ré)éduquer les clients sur les questions liées au sécurisexe et aux autres comportements sains. En jouant ce rôle, ces cliniques peuvent exercer une importante fonction éducative.

Selon l'équipe de recherche, « plusieurs études ont permis de constater que les programmes d'éducation en santé sexuelle destinés à la jeunesse de la Nouvelle-Écosse ne parlent guère du VIH et des infections transmissibles sexuellement et qu'il y a parfois un manque de connaissances et un malaise par rapport au sujet parmi les éducateurs, ainsi que des écarts générationnels entre éducateurs et élèves ». De plus, les chercheurs ajoutent que « les efforts de prévention [du VIH] ciblés en Nouvelle-Écosse se concentrent largement sur les femmes enceintes, alors que d'autres groupes (tels les HARSAH et les hommes hétérosexuels) risquent d'être négligés ».

L'étude d'Halifax fournit des informations pertinentes en ce qui a trait aux besoins en dépistage du VIH des personnes à risque dans le Canada atlantique. Une grande force de l'étude réside dans le recrutement de participants de régions urbaines et rurales et dans la taille relativement importante de l'échantillon. Le dépistage rapide aux points de service a le potentiel de rejoindre des personnes à risque dans une variété de contextes et peut aider à surmonter les obstacles habituels au dépistage du VIH. Après le counseling, les personnes dont le résultat réactif est confirmé peuvent être dirigées rapidement vers des cliniques pour recevoir des soins et discuter de l'instauration d'un traitement.

Ressources

Une réponse rapide au dépistage du VIH en milieu communautaire
Point de mire sur la prévention

Guide pour le dépistage et le diagnostic de l’infection par le VIH
– Agence de la santé publique du Canada

Un éditorial de la première revue médicale du Canada encourage le dépistage systématique du VIHNouvelles CATIE

Les États-Unis s'apprêtent à normaliser le dépistage du VIHNouvelles CATIE

Déceler l’infection par le VIH plus tôt : l’amélioration des techniques de dépistage du VIHPoint de mire sur la prévention

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                                                                                                                        —Sean R. Hosein

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