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14 mars 2013 

Les États-Unis s'apprêtent à normaliser le dépistage du VIH

Au Canada et dans la majorité des autres pays à revenu élevé, le coût du traitement du VIH est subventionné pour les résidents permanents et les citoyens. Appelé couramment multithérapie ou TAR, ce traitement aide à stabiliser le système immunitaire et réduit la quantité de VIH dans le sang et les liquides génitaux. La puissance de la multithérapie est telle que les jeunes adultes séropositifs peuvent maintenant s'attendre à vivre plusieurs décennies, pourvu qu'ils commencent tôt le traitement, qu'ils prennent leurs médicaments tous les jours en suivant les prescriptions à la lettre et qu'ils n'aient que des problèmes de santé préexistants minimes.

La multithérapie a un autre effet : lors d'essais cliniques menés auprès de couples hétérosexuels dont l'un des partenaires vivait avec le VIH et prenait également des antirétroviraux, le traitement efficace réduisait la propagation sexuelle du virus. Durant les essais en question, le dépistage et le traitement des infections transmissibles sexuellement, le counseling en matière de sécurisexe et la distribution de condoms faisaient toujours partie des services offerts. Des essais cliniques sur des couples de même sexe se poursuivent.

À la lumière des données prometteuses provenant des essais cliniques menés à ce jour, de nombreux chercheurs, autorités de la santé publique, planificateurs de politiques, médecins et infirmiers souhaitent de voir davantage de personnes séropositives suivre une multithérapie dans le but de ralentir la pandémie du VIH. On appelle cet usage de la multithérapie pour aider à réduire la propagation du VIH le « traitement comme outil de prévention ». Le dépistage régulier du VIH fait partie intégrante des programmes axés sur cette approche.

Depuis longtemps, les stratégies de dépistage du VIH ciblent des populations spécifiques qui courent des risques élevés quant à la transmission du VIH. En plus de permettre le diagnostic des personnes ignorant leur statut et de leur rendre accessibles des soins, les stratégies de dépistage ciblées fournissent de bonnes occasions pour faire un counseling de qualité en matière de prévention auprès des populations à risque élevé. Au Canada et dans les autres pays à revenu élevé, cependant, une proportion significative des personnes atteintes du VIH demeurent non diagnostiquées malgré l'existence de stratégies de dépistage ciblées. Souvent, ces personnes reçoivent d'autres services de santé mais ne se font pas proposer de test de dépistage du VIH parce qu'on ne les reconnaît pas comme des personnes à risque.

Pour aider à mieux dépister le VIH, le U.S. Preventive Services Task Force (USPSTF) s'apprête à recommander le dépistage systématique auprès des personnes âgées de 15 à 65 ans dans les contextes médicaux où le dépistage du VIH s'effectue comme n'importe quel autre test. Cette recommandation est très importante parce que les chercheurs estiment que 20 % à 25 % des personnes séropositives vivant aux États-Unis ignorent qu'elles ont le virus. Inconscientes de la lente dégradation que le VIH cause à leur système immunitaire, ces personnes risquent d'ignorer des signes de maladies imminentes. Cela augmente leurs risques d'infections graves liées au sida, lesquelles peuvent être difficiles à traiter, coûter cher aux hôpitaux et augmenter le risque de mortalité. De plus, si une personne n'est pas au courant de son statut VIH, elle risque de ne pas prendre de mesures pour empêcher sa propagation.

Aux États-Unis, près de 1,1 million de personnes vivent avec le VIH, et on compte 56 000 nouvelles infections par année. De nombreuses autorités de la santé publique espèrent que les recommandations imminentes de l'USPSTF sur le dépistage du VIH se révéleront un progrès important menant au ralentissement de la pandémie du VIH.

Les recommandations de l'USPSTF s'ajouteront à un consensus croissant parmi les principales organisations de la santé publique, médicales et scientifiques des États-Unis; selon celles-ci, le dépistage systématique du VIH constituera un grand pas en avant vers le ralentissement de la propagation du virus et la prise en charge des personnes atteintes. Les organisations en question comprennent les suivantes :

  • Centers for Disease Control and Prevention (CDC)
  • American College of Physicians
  • Infectious Disease Society of America
  • American College of Obstetricians and Gynecologists

Grâce à des changements en cours dans le système de santé américain, le dépistage systématique du VIH devrait devenir de plus en plus accessible sans que cela coûte davantage aux personnes se faisant tester.

Espérons que les recommandations de l'USPSTF aideront à découvrir les 20 % à 25 % des Américains qui seraient séropositifs à leur insu selon les chercheurs, afin de les faire bénéficier de soins et de traitements.

Le Canada compte à peu près 71 000 personnes séropositives et environ 3 200 nouvelles infections par le VIH chaque année. Des autorités de la santé publique en Colombie-Britannique qui travaillent à améliorer le dépistage du VIH dans cette province ont récemment réclamé l'extension du dépistage systématique du VIH partout au Canada. Comme les États-Unis, le Canada compte une importante proportion (environ 26 %) de personnes séropositives qui ignorent leur statut.

Le sida a été reconnu pour la première fois en 1981 et sa cause, le virus que nous appelons aujourd'hui VIH, a été découverte en 1983. Trente ans plus tard, on mise beaucoup sur la normalisation et l'extension du dépistage du VIH et de son traitement afin de ralentir l'épidémie, particulièrement dans les pays à revenu élevé comme le Canada, la France et les États-Unis.

Ressources

                                                                                                                        —Sean R. Hosein

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