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14 décembre 2012 

L'Ontario affiche un taux élevé de dépistage du VIH auprès des femmes enceintes

La grande accessibilité des combinaisons de médicaments puissants contre le VIH (couramment appelées multithérapies ou TAR) a permis de réduire spectaculairement la mortalité liée aux infections caractéristiques du sida au Canada et dans les autres pays à revenu élevé. La multithérapie améliore la santé des personnes séropositives en réduisant la production de VIH et en permettant ainsi au système immunitaire de commencer à se rebâtir. La multithérapie est tellement puissante que de nombreux chercheurs et médecins estiment que les jeunes adultes diagnostiqués aujourd'hui qui commencent une multithérapie et qui n'ont que des problèmes de santé préexistants minimes connaîtront une espérance de vie quasi-normale. Face à une si bonne nouvelle, de plus en plus de femmes séropositives songent maintenant à avoir des enfants.

Bébés en santé

Un élément essentiel de la prévention de la transmission mère-enfant consiste à effectuer un dépistage du VIH auprès des femmes enceintes et celles souhaitant avoir un bébé.

Bien qu'il soit possible pour une mère de transmettre le VIH à son bébé (on parle alors de transmission verticale), on peut réduire le risque de transmission à moins de un pour cent en prenant les mesures suivantes :

  • counseling et soins prénatals
  • prise d'une multithérapie durant la grossesse pour réduire le plus possible la charge virale de la mère
  • administration intraveineuse d'AZT (zidovudine, Retrovir) durant l'accouchement
  • accouchement par césarienne (si elle est jugée médicalement nécessaire)
  • administration de courte durée de médicaments anti-VIH au bébé après la naissance
  • utilisation d'une préparation pour nourrissons au lieu de l'allaitement (le VIH peut se transmettre dans le lait maternel)
  • éviter de prémâcher la nourriture pour le bébé lorsque les aliments solides sont introduits; les adultes ayant à la fois le VIH et des infections buccales risquent par inadvertance de laisser passer un peu de sang dans les aliments qu'ils mâchent; ce sang pourrait contenir du VIH et le virus pourrait se transmettre au bébé dans les aliments prémâchés.

Faute de multithérapie, le risque de transmission verticale peut s'élever à au moins 26 %.

Dépistage

En 1997, des chercheurs ontariens estimaient que les taux de VIH parmi les femmes enceintes étaient plus élevés qu'ils n'avaient été à la fin des années 1980. Après avoir consulté les différentes parties concernées par cette problématique, le ministre de la Santé de l'Ontario a recommandé qu'un counseling en matière de VIH et un dépistage de celui-ci soient offerts aux femmes enceintes à partir de janvier 1999. On a appelé l'approche de dépistage recommandée l'approche « opt-in » (offre de dépistage avec option de refus). En vertu de celle-ci, le dépistage n'était effectué que lorsque le médecin le demandait expressément après avoir offert un counseling à la patiente et obtenu son consentement éclairé.

Promotion de la politique

Pour éduquer les professionnels de la santé au sujet de la nouvelle politique en matière de dépistage, le ministère de la Santé de l’Ontario a donné son appui aux interventions suivantes pendant plusieurs années :

  • distribution de brochures, d'affiches et de formulaires de demande de tests de laboratoire aux médecins;
  • lorsqu'un médecin demandait des tests de laboratoire pour détecter le virus de l'hépatite B, la syphilis ou la rubéole mais pas le VIH, on lui envoyait un mémo avec les résultats de laboratoire afin de lui rappeler qu'il était possible de demander un dépistage du VIH aussi;
  • les unités de santé publique recevaient régulièrement des lettres leur rappelant l'importance du dépistage prénatal du VIH;
  • les bulletins d'information destinés aux médecins publiaient des articles encourageant ceux-ci à proposer un dépistage prénatal du VIH;
  • le Service de santé publique de Toronto offrait des formations en matière de dépistage du VIH aux professionnels de la santé;
  • on envoyait aux cabinets de médecins des affiches et des brochures sur le dépistage du VIH destinées aux femmes en âge de procréer;
  • campagne médiatique visant à sensibiliser différents groupes ethniques à la problématique du VIH et la grossesse.

Des chercheurs de l'Université de Toronto, de l'Hôpital pour enfants malades de Toronto et de Santé publique Ontario ont récemment collaboré pour évaluer les tendances du dépistage du VIH auprès des femmes enceintes de l'Ontario. Ils ont examiné les données recueillies entre janvier 1999 et décembre 2010.

Résultats clés

Dans l'ensemble, la fréquence du dépistage du VIH auprès des femmes enceintes a augmenté considérablement au cours des 11 années de l'étude, comme suit :

  • 1999 – 40 % des femmes enceintes ont passé un test de dépistage du VIH
  • 2010 – 98 % des femmes enceintes ont passé un test de dépistage du VIH

Lorsque les chercheurs ont évalué les taux de dépistage peu de temps après la mise en œuvre de certaines stratégies — comme encourager les médecins à proposer un dépistage du VIH aux femmes enceintes — ils ont constaté que ces stratégies donnaient lieu à une augmentation des taux de dépistage.

De façon générale, les taux de dépistage du VIH étaient plus faibles parmi les femmes plus âgées, comparativement aux jeunes femmes.

Les taux de dépistage du VIH parmi les femmes enceintes ontariennes variaient entre 92 % et 99 % selon l'unité de santé publique en question.

Au cours de la période d'étude, 455 femmes enceintes ont reçu un diagnostic de VIH. Sur celles-ci, près de 60 % ont été diagnostiquées pour la première fois grâce au dépistage prénatal.

Les femmes enceintes âgées de 30 à 34 ans étaient plus susceptibles d'être séropositives que les femmes des autres groupes d'âge.

À retenir

Comme l'Ontario est doté d'un régime universel d'assurance-maladie, ces résultats pourraient s'avérer utiles à d'autres endroits disposant d'un régime semblable, comme l'Australie ou les pays de l'Europe occidentale.

Le programme de dépistage prénatal du VIH de l'Ontario a aidé à prévenir de nombreux cas de transmission verticale.

Les chercheurs ont souligné que d'autres recherches étaient nécessaires en Ontario (et sans doute dans le reste du Canada) pour comprendre pourquoi certaines femmes à risque élevé ne font pas l'objet d'un dépistage du VIH. Selon l'équipe, il est possible que certaines de ces femmes n'aient pas reçu de soins prénatals parce qu'« elles sont arrivées au Canada peu de temps avant l'accouchement ou pour d'autres raisons », ce qui expliquerait l'absence de dépistage du VIH. Quelle qu'en soit la raison, il sera important de mener d'autres recherches si l'Ontario souhaite maintenir au plus bas possible le nombre de bébés séropositifs nés dans cette province.

Ressources

Société des obstétriciens et gynécologues du Canada

Lignes directrices canadiennes en matière de planification de la grossesse en présence du VIH

Recommendations for Use of Antiretroviral Drugs in Pregnant HIV-1-Infected Women for Maternal Health and Interventions to Reduce Perinatal HIV Transmission in the United States

Renseignements à l'intention des femmes ayant reçu un diagnostic de VIH pendant leur grossesse

Renseignements sur la planification d'une grossesse à l'intention des femmes séropositives et de leurs partenaires

Renseignements à l'intention des nouvelles mamans qui sont séropositives 

Renseignements sur la planification d'une grossesse à l'intention des hommes séropositifs et de leurs partenaires

Remerciement

Nous tenons à remercier Robert Remis, M.D., pour sa collaboration précieuse à la préparation de cet article.

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCES :

  1. Remis RS, Merid MF, Palmer RW, et al. High uptake of HIV testing in pregnant women in Ontario, Canada. PLoS One. 2012;7(11):e48077.
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  5. Panel on Treatment of HIV-Infected Pregnant Women and Prevention of Perinatal Transmission. Recommendations for Use of Antiretroviral Drugs in Pregnant HIV-1-Infected Women for Maternal Health and Interventions to Reduce Perinatal HIV Transmission in the United States. Sep. 14, 2011; pp 1-207.
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  9. Ivy W 3rd, Dominguez KL, Rakhmania NY, et al. Premastication as a route of pediatric HIV transmission: case-control and cross-sectional investigations. Journal of Acquired Immune Deficiency Syndromes. 2012 Feb 1;59(2):207-12.