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6 novembre 2012 

Une étude pilote sur les exercices d'entraînement cérébral donne des résultats prometteurs mais limités

La grande accessibilité des combinaisons de médicaments puissants contre le VIH (couramment appelées multithérapies ou TAR) a donné lieu à une amélioration spectaculaire de la santé et de la survie des personnes vivant avec le VIH au Canada qui réussissent à suivre fidèlement leur traitement.

Même si la multithérapie procure de nombreux bienfaits, elle ne peut supprimer intégralement l'inflammation chronique déclenchée par l'infection au VIH. Les chercheurs s'inquiètent que l'exposition prolongée à ce genre d'inflammation nuise à plusieurs systèmes organiques, dont le cerveau, particulièrement à mesure que les personnes séropositives vieillissent.

À l'époque d'avant l'avènement de la multithérapie, le VIH pouvait causer des déficiences sérieuses des fonctions intellectuelles, ainsi que des problèmes de mouvement, de contrôle musculaire, de réflexes et d'autres problèmes apparentés. De nos jours, cependant, grâce à la multithérapie, les problèmes graves de ce genre sont peu communs chez les personnes séropositives. Des équipes de recherche affirment toutefois que les cas de déficience cognitive légère semblent être relativement courants.

La dysfonction neurocognitive peut compromettre la qualité de vie de la personne touchée et réduire son potentiel global. Le déclin des capacités neurocognitives risque de compromettre la vitesse à laquelle l'information est traitée par le cerveau. Le ralentissement du traitement de l'information pourrait avoir les impacts suivants sur les personnes vivant avec le VIH :

  • compromettre leur capacité de prendre les antirétroviraux et d'autres médicaments en suivant les prescriptions à la lettre (observance thérapeutique)
  • réduire leur capacité de gérer leurs finances
  • réduire leur champ d'attention, entraînant des problèmes de lecture, d'apprentissage et de conduite de voiture

Les chercheurs ont observé que la réduction de la vitesse de traitement de l'information et d'autres atteintes à la fonction neurocognitive se produisent aussi chez les personnes séronégatives âgées. Les spécialistes du vieillissement (gérontologues) ont conçu des exercices d'entraînement cérébral pour aider ces adultes. Il s'agit généralement d'activités informatiques s'apparentant à des jeux qui stimulent différentes parties du cerveau. Lors d'expériences réalisées auprès de personnes séronégatives âgées, ces exercices ont eu les effets suivants :

  • améliorer l'accomplissement des tâches quotidiennes
  • améliorer la conduite sécuritaire d'un véhicule et réduire considérablement le nombre d'accidents de la route lors de tests simulés

Durant au moins une étude, les personnes séronégatives qui faisaient des exercices d'entraînement cérébral faisaient état d'une amélioration de leur santé générale et de leur fonction neurocognitive et semblaient être moins à risque de dépression.

Encouragée par ces résultats prometteurs, une équipe de recherche de l'Université de l'Alabama réunissant spécialistes de la médecine gériatrique, de la démence et de la psychologie ont mené une étude pilote sur un programme d'exercices d'entraînement cérébral auprès de 22 personnes séropositives d'âge moyen. Ils ont ensuite comparé la performance neurocognitive subséquente de ces dernières à celle de 24 autres personnes séropositives d'âge moyen qui n'avaient pas fait d'entraînement cérébral.

Les résultats des tests neurocognitifs ont révélé que, après 10 heures d'exercices d'entraînement cérébral limités effectués sur une période de cinq semaines, les participants en question avaient une vitesse de traitement de l'information plus rapide. Bien que ces résultats semblent prometteurs, on doit se rappeler qu'il s'agit ici d'une étude pilote, et il reste de nombreuses questions à explorer et à résoudre en ce qui concerne l'utilité des exercices d'entraînement cérébral pour les personnes vivant avec le VIH.

Détails de l'étude

À la suite d'un processus de sélection minutieux, les chercheurs ont recruté des personnes séropositives n'ayant aucun problème de santé mentale, traumatisme cérébral ou antécédent de lésion neurologique.

Le profil moyen des 46 participants était le suivant :

  • 74 % d'hommes, 26 % de femmes
  • âge – 52 ans
  • compte de CD4+ – 450 cellules
  • pourcentage s'étant fait prescrire une multithérapie – 95 %
  • pourcentage ayant une charge virale de moins de 50 copies/ml – 30 %

Les chercheurs ont affecté les participants au hasard à l'un des deux groupes suivants :

  • 22 participants pour faire les exercices d'entraînement cérébral
  • 24 participants pour servir de groupe témoin ou de comparaison; ceux-ci n'ont pas reçu d'entraînement cérébral

Une fois la randomisation effectuée, les participants sont retournés au centre de l'étude pour se faire dire comment faire les exercices d'entraînement cérébral. Ils pouvaient accomplir les 10 heures d'entraînement cérébral sur une période de plusieurs semaines.

Les participants ont suivi un programme appelé Insight créé par la Posit Science Company. Le programme consistait en des jeux conçus pour accélérer le traitement de l'information.

En plus d'interviewer les participants au début et à la fin de l'étude, les chercheurs leur ont fait passer des tests neurocognitifs en même temps.

Les participants qui n'ont pas reçu d'entraînement cérébral ont été contactés cinq semaines après la randomisation afin de prendre rendez-vous pour passer des tests neurocognitifs.

Résultats

Il n'y avait pas de différence significative entre les deux groupes au début de l'étude.

Les chercheurs ont observé que les participants qui avaient fait les exercices d'entraînement cérébral manifestaient une capacité améliorée d'accomplir leurs activités quotidiennes. Toutefois, ils n'ont pas constaté d'amélioration des fonctions cérébrales supérieures comme la planification, la mémoire, le raisonnement et la résolution des problèmes. Quoi qu'il en soit, lors des entrevues réalisées à la fin du programme d'exercices cérébraux, les participants avaient l'impression d'avoir connu des améliorations dans chacune des sphères suivantes :

  • capacités intellectuelles globales
  • mémoire
  • vitesse de traitement de l'information
  • capacité de concentration

Points à retenir

  1. Les résultats de cette étude pilote sont prometteurs, mais il ne s'agit que d'une étude pilote.
  2. Les exercices d'entraînement cérébral visaient à améliorer une seule faculté neurocognitive, soit la vitesse de traitement de l'information.
  3. Même si une multithérapie avait été prescrite à 95 % des participants à cette étude, les taux de réponse au traitement étaient relativement faibles, comme l'atteste le pourcentage (30 %) de participants ayant une charge virale de moins de 50 copies/ml.

Il est probable que les personnes séropositives qui travaillent dans des domaines exigeants et dont le travail exige des capacités analytiques et des fonctions intellectuelles supérieures profiteraient davantage d'exercices conçus pour stimuler une variété de fonctions neurocognitives, dont les suivantes :

  • mémoire
  • raisonnement
  • vocabulaire
  • numératie (connaissances et compétences nécessaires pour comprendre et effectuer des calculs)

Vers l'avenir

Les responsables des études futures sur l'entraînement cérébral chez les personnes séropositives devraient se fixer les objectifs suivants :

  • confirmer les résultats de la présente étude
  • évaluer la durabilité des bienfaits de ce genre d'exercices d'entraînement cérébral
  • déterminer combien d'entraînement cérébral est nécessaire
  • utiliser des exercices d'entraînement cérébral plus sophistiqués et plus complexes afin de restaurer, de préserver ou d'améliorer les fonctions intellectuelles supérieures
  • comparer les effets de différents logiciels d'entraînement cérébral sur les personnes séropositives
  • déterminer si des combinaisons de médicaments anti-VIH spécifiques influencent la réponse aux exercices cérébraux

L'équipe de recherche de l'Alabama a également affirmé que d'autres interventions seraient peut-être utiles pour améliorer le fonctionnement neurocognitif des adultes séropositifs, dont les suivantes :

  • activité physique
  • stimulation intellectuelle
  • amélioration de la nutrition
  • meilleure hygiène du sommeil
  • réduction de la consommation d'alcool et de drogues
  • traitement de la dépression et d'autres problèmes de santé mentale

Les chercheurs soulignent toutefois que ces interventions devront être éprouvées afin d'évaluer leur impact sur les capacités neurocognitives des personnes vivant avec le VIH.

Ressources :

                                                                                                          —Sean R. Hosein

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