Nouvelles CATIE

21 juin 2012 

Nouvelles lignes directrices canadiennes en matière de planification de la grossesse en présence du VIH

La grande accessibilité des combinaisons de médicaments puissants contre le VIH, couramment appelées multithérapies ou TAR, a fait en sorte que les décès attribuables aux infections liées au sida sont devenus relativement rares dans les pays à revenu élevé comme le Canada, l'Australie, les États-Unis et les nations de l'Europe occidentale. La multithérapie a aidé à améliorer la qualité de vie et à prolonger spectaculairement l'espérance de vie des personnes vivant avec le VIH. Par conséquent, certaines personnes séropositives songent maintenant à avoir des enfants.

Grossesses sûres et bébés en santé

De nos jours, le risque de transmission mère-enfant (également appelée transmission verticale) se situe généralement à moins de 1 % au Canada grâce à la combinaison des mesures suivantes :

  • prise d'une multithérapie durant la grossesse pour que la charge virale de la mère soit la plus faible possible
  • counseling et soins prénataux
  • administration d'AZT (zidovudine, Retrovir) par voie intraveineuse à la mère durant l'accouchement
  • accouchement par césarienne (lorsque cela est jugé médicalement nécessaire)
  • administration de médicaments anti-VIH oraux au bébé pour une courte période après sa naissance
  • utilisation d'une préparation pour nourrissons au lieu d'allaiter (le VIH peut se transmettre dans le lait maternel)
  • ne pas prémâcher la nourriture du bébé lorsqu'on commence à lui donner des aliments solides. S’ils prémâchent la nourriture du bébé, les adultes qui sont atteints du VIH et d’infections orales peuvent laisser fuir par inadvertance une petite quantité de sang qui sera présente dans la nourriture; il se peut que ce sang contienne du VIH et, si ces aliments prémâchés sont donnés au bébé, ils pourraient transmettre le virus.

Combler l'écart

Grâce à la réduction du risque de transmission verticale, de plus en plus de femmes séropositives (et certains hommes séropositifs) songent à avoir des bébés. Une équipe dirigée par la Dre Mona Loufty, spécialiste des maladies infectieuses et chef de file de la recherche au Canada, a constaté qu’« Il existe un écart entre, d’une part, les souhaits et les intentions des personnes séropositives pour le VIH qui veulent avoir des enfants et, d’autre part, leurs besoins en matière de soutien, de ressources, d’efforts de recherche pertinents et de réseaux de soutien pour leur permettre de réaliser ces souhaits et de le faire de façon sûre sur le plan médical. »

Plusieurs études menées au Canada et ailleurs ont permis de documenter le désir qu'éprouvent de nombreuses personnes vivant avec le VIH d'avoir des enfants. Par conséquent, affirment la Dre Loufty et ses collègues, « Un counseling spécialisé, des services et du soutien s’avéreront nécessaires pour répondre aux besoins [des personnes séropositives qui souhaitent avoir un bébé]. »

La Dre Loufty et une équipe de chercheurs de partout au Canada ont rédigé un excellent document intitulé Lignes directrices canadiennes en matière de planification de la grossesse en présence du VIH pour aider les professionnels de la santé à conseiller les personnes séropositives sur les questions liées à la fertilité et à la grossesse. Les lignes directrices contiennent 33 recommandations qui aideront les professionnels de la santé et les cliniques de fertilité à accomplir ce qui suit :

  • réduire le risque de transmission du VIH entre mère et bébé
  • réduire le risque de transmission du VIH entre les deux personnes qui tentent de concevoir
  • améliorer la santé des femmes séropositives et de leurs enfants
  • réduire la stigmatisation des personnes infectées par le VIH
  • améliorer l'accès aux services de fertilité et de planification de la grossesse

Les lignes directrices sont directes et concises et abondent en informations essentielles pour assurer la prestation de soins de qualité et en conseils à l'intention des personnes séropositives qui veulent fonder une famille.

La Dre Loufty et son équipe nous rappellent que les conseils de base que l'on donne aux femmes séronégatives s'appliquent aussi aux femmes séropositives. Ils recommandent donc les publications suivantes de l'Agence de la santé publique du Canada :

Les lignes directrices abordent de nombreuses questions liées à la planification de la grossesse et à la fertilité. Voici une liste de quelques recommandations tirées du guide :

  • « Des services de counseling en matière de santé génésique, y compris la contraception et la planification de la grossesse, devraient être offerts à toutes les personnes séropositives pour le VIH en âge de procréer, peu de temps après le diagnostic du VIH et de façon continue par la suite. »
  • « Les hommes et les femmes devraient bénéficier de conseils traitant de tous les aspects pertinents de la planification de la grossesse (comme le maintien d’un régime alimentaire et d’un mode de vie sains, le risque de voir apparaître une maladie génétique et le dépistage prénatal intégré, tel que décrit dans les directives cliniques canadiennes actuelles), et ce, sans égard à leur statut connu quant au VIH. »
  • « Les femmes ne présentant aucun facteur de risque devraient commencer à prendre de l’acide folique (sous forme de suppléments vitaminiques) à raison de 1 mg par jour pendant trois mois avant d’obtenir une grossesse, ainsi qu’au moins pendant les trois premiers mois de la grossesse. »
  • « Les femmes devraient être encouragées à abandonner le tabagisme, à cesser de consommer de l’alcool et des drogues à usage récréatif, et devraient être orientées vers des services de soutien, au besoin. »
  • « Les deux parents éventuels devraient être soumis à un dépistage visant d’autres infections transmissibles sexuellement, même lorsqu’ils sont parvenus à obtenir une grossesse par le passé et qu’ils ne présentent aucun symptôme d’infection. »

Les lignes directrices abordent aussi des questions touchant la santé mentale, les enjeux juridiques et éthiques liés à la planification de la grossesse et à la fertilité et les options à la disposition des couples sérodiscordants (un partenaire est séropositif et l'autre est séronégatif) pour réduire le risque de transmission du VIH lors des tentatives de conception.

Un guide extrêmement pratique

Parmi les nombreux éléments utiles des lignes directrices, mentionnons qu'elles décrivent des situations réelles auxquelles les professionnels de la santé pourraient faire face et leur proposent des solutions concrètes. Par exemple, le lecteur se voit présenter des conseils en matière de planification de la grossesse destinés aux personnes séropositives correspondant aux descriptions suivantes :

  • une femme séropositive et un homme séronégatif
  • une femme séronégative et un homme séropositif
  • une femme séropositive célibataire
  • des hommes séropositifs ou un couple de même sexe

Les lignes directrices offrent aussi des conseils à l'intention des cliniques de fertilité. Comme les cliniques de ce genre sont censées respecter les directives de l'Association canadienne de normalisation en matière de précautions universelles et de contrôle des infections, les auteurs des lignes directrices stipulent que « le refus d'offrir des services aux personnes séropositives pour le VIH n'est pas fondé sur des données scientifiques. »

La Dre Loufty et ses collègues méritent toutes nos félicitations pour la rédaction des Lignes directrices canadiennes en matière de planification de la grossesse en présence du VIH. Ce document constitue un grand pas en avant pour faciliter le travail des professionnels de la santé et aider les personnes séropositives à vivre des grossesses sécuritaires et à avoir des bébés en santé.

Ressources

Société des obstétriciens et gynécologues du Canada

Lignes directrices canadiennes en matière de planification de la grossesse en présence du VIH

Recommendations for Use of Antiretroviral Drugs in Pregnant HIV-1-Infected Women for Maternal Health and Interventions to Reduce Perinatal HIV Transmission in the United States

Renseignements à l'intention des femmes ayant reçu un diagnostic de VIH pendant leur grossesse

Renseignements sur la planification d'une grossesse à l'intention des femmes séropositives et de leurs partenaires

Renseignements à l'intention des nouvelles mamans qui sont séropositives 

Renseignements sur la planification d'une grossesse à l'intention des hommes séropositifs et de leurs partenaires

                                                                                                                        —Sean R. Hosein

RÉFÉRENCES :

  1. Loufty MR, Margolese S, Money DM, et al. Canadian HIV Pregnancy Planning Guidelines. Journal of Obstetrics and Gynaecology Canada. 2012 Jun;34(6):575-90.
  2. Panel on Treatment of HIV-Infected Pregnant Women and Prevention of Perinatal Transmission. Recommendations for Use of Antiretroviral Drugs in Pregnant HIV-1-Infected Women for Maternal Health and Interventions to Reduce Perinatal HIV Transmission in the United States. Sep. 14, 2011; pp 1-207.
  3. Loutfy M, Raboud J, Wong J, et al. High prevalence of unintended pregnancies in HIV-positive women of reproductive age in Ontario, Canada: a retrospective study. HIV Medicine. 2012 Feb;13(2):107-17.
  4. Centers for Disease Control and Prevention (CDC). Premastication of food by caregivers of HIV-exposed children--nine U.S. sites, 2009-2010. Morbidty and Mortality Weekly Reports. 2011 Mar 11;60(9):273-5.
  5. Gaur AH, Dominguez KL, Kalish ML, et al. Practice of feeding premasticated food to infants: a potential risk factor for HIV transmission. Pediatrics. 2009 Aug;124(2):658-66.
  6. Ivy W 3rd, Dominguez KL, Rakhmania NY, et al. Premastication as a route of pediatric HIV transmission: case-control and cross-sectional investigations. Journal of Acquired Immune Deficiency Syndromes. 2012 Feb 1;59(2):207-12.