Norvège — un vaccin anti-VIH donne des résultats très modestes lors d'un essai clinique récent

Nouvelles-CATIE: Bulletins de nouvelles concis sur le VIH/sida

Norvège — un vaccin anti-VIH donne des résultats très modestes lors d'un essai clinique récent

21 Février 2012

Même s'il est possible de traiter l'infection au VIH par des combinaisons de médicaments (couramment appelées multithérapies ou TAR), ces traitements présentent les inconvénients suivants, entre autres :

  • on doit prendre sa multithérapie au moins une fois par jour pour le reste de sa vie
  • la multithérapie a des effets secondaires
  • la multithérapie ne guérit pas l'infection au VIH
  • la multithérapie ne restaure pas complètement le système immunitaire
  • la multithérapie coûte cher

Pour ces raisons, de nombreux scientifiques entreprennent la recherche ardue et de très longue haleine qui est nécessaire pour tenter de guérir l'infection au VIH. Sachant qu'il ne sera peut-être pas possible de la guérir, d'autres chercheurs travaillent sur des vaccins contre le VIH. Ces vaccins se situent dans les deux catégories suivantes :

  • un vaccin administré aux personnes séronégatives pour les protéger contre l'infection par le VIH
  • un vaccin administré aux personnes séropositives pour inciter leur système immunitaire à combattre le VIH

On appelle les vaccins de cette deuxième catégorie des vaccins thérapeutiques.

La société de biotechnologie norvégienne Bionor Pharma ASA a récemment diffusé un communiqué de presse décrivant les résultats d'une étude sur un vaccin thérapeutique potentiel appelé Vacc-4x. Cette étude contrôlée contre placebo a été menée pour évaluer l'innocuité et l'efficacité préliminaire du vaccin chez des personnes vivant avec le VIH. Les chercheurs avaient espéré que ce vaccin permettrait aux participants d'interrompre leur multithérapie pour une longue période tout en maintenant de très faibles niveaux de virus dans leur sang. Cela n'a pas été le cas, mais le vaccin s'est avéré sans danger et utile pour stimuler le système immunitaire.

Comment agit-il?

Ce vaccin est fabriqué à partir de quatre molécules extraites d'une protéine interne du VIH appelée p24 (également appelée protéine du noyau). Ces molécules, ou peptides, ne peuvent pas causer l'infection par le VIH. Lors de quelques autres études, des chercheurs avaient constaté que la dégradation du système immunitaire causée par le VIH semblait se produire moins rapidement chez les personnes séropositives qui produisaient naturellement de grandes quantités d'anticorps contre la p24.

Les chercheurs ont d'abord administré une faible dose d'un stimulant de la moelle osseuse appelée GM-CSF (facteur de stimulation des granulocytes et macrophages; Leukine, sargramostim); ce produit peut stimuler temporairement la formation de plusieurs types de cellules, dont les cellules dendritiques (CD). Ils ont ensuite injecté le vaccin sous la peau des participants — la peau étant l'organe le plus grand du corps — pour qu'il soit intercepté par les CD. Ces cellules ont pour fonction de capturer les germes envahissants et d'aviser le reste du système immunitaire de leur présence. De plus, les CD peuvent amplifier la réaction subséquente du système immunitaire aux germes envahissants.

Après avoir été vaccinées par les peptides se trouvant dans le Vacc-4x, les CD capturent les peptides et les transportent aux ganglions et tissus lymphatiques. Une fois sur place, les CD montrent les peptides aux autres cellules immunitaires et encouragent celles-ci à s'attaquer à la p24 et, ainsi, au VIH et aux cellules infectées par le VIH. Les chercheurs norvégiens espéraient que le vaccin finirait ainsi par inciter le système immunitaire à détruire les cellules infectées par le VIH et à réduire la quantité de VIH dans le corps.

Détails de l'étude

Comme nous avons pris connaissance de cette étude par le biais d'un communiqué de presse de la société Bionor Pharma ASA, nous ne sommes pas en mesure de fournir autant de détails que d'habitude à nos lecteurs.

Des participants séropositifs sous multithérapie ont été recrutés dans les pays suivants :

  • Allemagne
  • Italie
  • Espagne
  • Royaume-Uni
  • États-Unis

Les participants ont été choisis au hasard pour recevoir les traitements suivants dans un rapport de 2 à 1 :

  • Vacc-4x – 93 participants
  • placebo (vaccin factice) – 43 participants

Pendant les six premiers mois de l'étude, les participants suivaient leur multithérapie. Durant la deuxième moitié de cette étude de 12 mois, les participants arrêtaient de prendre leur multithérapie et faisaient l'objet d'un suivi. Si la quantité de VIH dans leur sang demeurait très faible durant la deuxième partie de l'étude, les participants étaient autorisés à vivre sans multithérapie pour une période allant jusqu'à 24 semaines consécutives.

Résultats

Le communiqué de presse le plus récent de la société indique que 25 personnes du groupe placebo et 56 autres du groupe Vacc-4x ont terminé l'étude. L'essai a échoué à atteindre son objectif principal : constater une différence significative entre le vaccin et le placebo quant à la durée de la période durant laquelle les participants pouvaient se passer de leur multithérapie. Le communiqué de presse ne contenait pas de détails à ce sujet.

Lorsque les participants ont cessé de prendre leur multithérapie, les taux de VIH dans leur sang semblent s'être stabilisés aux niveaux suivants :

  • Vacc-4x – 23 000 copies/ml
  • placebo – 62 000 copies/ml

Cette différence est significative du point de vue statistique, c'est-à-dire non attribuable au hasard seulement.

Même si cette différence porte à croire que le Vacc-4x s'est montré utile pour le système immunitaire, il faut la comprendre dans le contexte du traitement du VIH. Malgré l'impact que le Vacc-4x a eu sur la charge virale, il n'a pas permis aux participants vaccinés de vivre sans multithérapie plus longtemps que les personnes sous placebo.

Quoiqu’intéressants, ces résultats ne justifient pas l'approbation du Vacc-4x par les autorités des pays à revenu élevé, car les bienfaits cliniques (durée de la période sans traitement) n'étaient pas significatifs.

En général, l'interruption de la multithérapie comporte beaucoup de risques. Sans la suppression virale accomplie par les médicaments, la production de VIH s'accroît et le virus recommence à se propager dans toutes les régions du corps. Le VIH cause aussi de l'inflammation qui endommage de nombreux organes, dont les suivants :

  • cerveau
  • cœur
  • reins
  • foie
  • poumons

Le communiqué de presse n'a pas fait mention de changements dans les évaluations de l'inflammation effectuées durant l'étude.

Vaccin + lénalidomide

La société norvégienne envisage de mener une autre étude sur le Vacc-4x en association avec le Revlimid (lénalidomide), un médicament qui s'apparente à la thalidomide sur le plan chimique. Les médicaments comme la lénalidomide et la thalidomide semblent supprimer l'inflammation et quelques réponses immunitaires. En théorie, cette suppression pourrait être utile dans les cas où il y a de l'inflammation excessive ou des réponses immunitaires inappropriées, comme cela arrive chez les personnes atteintes de cancer ou du VIH. Ces médicaments risquent cependant d'affaiblir le système immunitaire. Plusieurs rapports ont constaté des risques accrus de cancer. Il faut donc utiliser ces médicaments avec prudence. De plus, comme la lénalidomide et la thalidomide sont susceptibles de causer des malformations fœtales, leur usage est déconseillé aux femmes qui souhaitent devenir enceintes et aux hommes qui veulent les aider, car les chercheurs ne savent pas si ces médicaments sont présents dans l'éjaculat.

La Food and Drug Administration (FDA) américaine est en train d'examiner des données portant sur la lénalidomide et diffusera un communiqué lorsque l'examen sera terminé.

Deux vaccins valent-ils mieux qu'un seul?

La société Bionor a mis au point un autre vaccin anti-VIH potentiel dénommé Vacc-C5. Elle espère que la combinaison de Vacc-4x et de Vacc-C5 donnera lieu à de meilleures réponses immunitaires contre le VIH. Un essai clinique bien conçu sera nécessaire pour le savoir.

La recherche d'un vaccin anti-VIH : une bien longue route

En 1983, Françoise Barré-Sinoussi, Ph.D., a isolé le VIH dans le ganglion lymphatique d'un patient infecté. Dans la foulée de cette découverte, les chercheurs espéraient qu'un vaccin anti-VIH efficace verrait rapidement le jour. Toutefois, durant les 30 années écoulées depuis la découverte du VIH, les chercheurs ont travaillé de peine et de misère pour créer un vaccin utile. Le problème réside partiellement dans le fait que le VIH semble être unique parmi les virus, car il infecte le système immunitaire, qui a pour mandat précis de protéger l'organisme contre les infections. Peu de temps après avoir pénétré les tissus humides de l'anus ou du vagin, le VIH commence à infecter des cellules et à s'étendre aux ganglions lymphatiques et à tous les organes, détruisant des cellules immunitaires cruciales et s'installant de telle sorte qu'il est très difficile de s'en débarrasser. Il continue aussi à rendre le système immunitaire dysfonctionnel et incapable d'éliminer le virus. De plus, les chercheurs ne cessent de s'étonner de la complexité infinie du système immunitaire. Tant qu'ils ne comprendront pas mieux le fonctionnement de celui-ci, et plus particulièrement son interaction avec le VIH, ils ne pourront pas créer de vaccin efficace.

Vers l'avenir

En plus de prendre beaucoup de temps, la recherche sur les vaccins anti-VIH est complexe et exigeante sur le plan intellectuel. Bien que les résultats de l'essai sur le Vacc-4x soient décevants, la société Bionor mérite nos félicitations pour avoir tenté un programme de recherche si difficile. En fait, les résultats obtenus par Bionor devraient encourager d'autres équipes de recherche à poursuivre leur travail afin de mieux comprendre l'interaction entre le VIH et le système immunitaire et de rendre possible la mise au point de médicaments et de vaccins thérapeutiques pour aider les personnes séropositives et d'un vaccin efficace pour protéger les personnes séronégatives.

Si nous espérons vivre dans un monde sans la menace du sida, nous devrons prendre conscience de la complexité de la recherche sur les vaccins et faire preuve de patience à l'égard des immunologues et virologistes qui triment dur dans les laboratoires du Canada et partout dans le monde. Les agences de financement majeures comme les IRSC canadiens (Instituts de recherche en santé du Canada), les NIH américains (National Institutes of Health) et l'ANRS française (Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales) devront aussi faire preuve de patience et donner aux chercheurs le soutien durable dont ils auront besoin pour se procurer de l'équipement et du personnel afin d'en apprendre plus sur le fonctionnement du système immunitaire.

Nous entendrons d'autres nouvelles sur des vaccins anti-VIH à l'avenir, et les résultats risquent d'être très modestes à court terme. Il ne faut pas s'en étonner. Mais tous les résultats peuvent être utilisés pour orienter et améliorer les recherches futures. Un jour nous vivrons sans le sida, mais il faut patienter encore.

                                                                                                                        —Sean R. Hosein

RÉFÉRENCES :

  1. Bionor. Results for viral load on Vacc-4x. Press release. 15 February 2012.
  2. Asjö B, Stavang H, Sørensen B, et al. Phase I trial of a therapeutic HIV type 1 vaccine, Vacc-4x, in HIV type 1-infected individuals with or without antiretroviral therapy. AIDS Research and Human Retroviruses. 2002 Dec 10;18(18):1357-65.
  3. Kran AM, Sommerfelt MA, Sørensen B, et al. Reduced viral burden amongst high responder patients following HIV-1 p24 peptide-based therapeutic immunization. Vaccine. 2005 Jul 1;23(31):4011-5 2005 Jul 1;23(31):4011-5.
  4. Kran AM, Sørensen B, Sommerfelt MA, et al. Long-term HIV-specific responses and delayed resumption of antiretroviral therapy after peptide immunization targeting dendritic cells. AIDS. 2006 Feb 28;20(4):627-30.
  5. Kran AM, Jonassen TO, Sommerfelt MA, et al. Low frequency of amino acid alterations following therapeutic immunization with HIV-1 Gag p24-like peptides. AIDS. 2010 Nov 13;24(17):2609-18.
  6. Food and Drug Administration. Revlimid (lenalidomide): Ongoing Safety Review - Increased Risk of Developing New Malignancies. Safety Information. 08 April, 2011. Available at: www.fda.gov/Safety/MedWatch/SafetyInformation/SafetyAlertsforHumanMedica...