Nouvelles CATIE

6 février 2012 

Une énorme étude nord-américaine renforce les arguments en faveur du dépistage du VPH

Le VPH (virus du papillome humain) est un virus transmissible sexuellement répandu. Certaines souches du VPH causent des verrues anogénitales, alors que d'autres risquent de déclencher la croissance anormale des cellules, de sorte que celles-ci se transforment dans certains cas en lésions précancéreuses et en cancers touchant les régions suivantes du corps :

  • anus
  • col de l'utérus et vulve
  • bouche, nez et gorge
  • pénis
  • peau (possibilité)

L'infection au VIH affaiblit le système immunitaire et rend les personnes séropositives plus vulnérables à certains cancers. Bien que le traitement du VIH, couramment appelé multithérapie ou TAR, améliore la qualité de vie, prolonge la survie et réduise considérablement les risques de certaines infections liées au sida, les risques de certains cancers demeurent élevés pour les personnes séropositives. Entre autres, les risques persistent parce que le système immunitaire n'est pas capable de se réparer complètement malgré l'utilisation d'une multithérapie. Comme il est probable que beaucoup de personnes séropositives sont co-infectées par le VPH, leurs risques de cancers liés à ce virus demeurent élevés, notamment en ce qui concerne le cancer anal.

NA-ACCORD

Des équipes de recherche dans plusieurs régions du Canada (Alberta, Ontario et Québec) et des États-Unis collaborent à une étude qui consiste à recueillir des données de santé auprès de personnes séropositives et séronégatives. Cette base de données commune est un outil très utile qui permet aux chercheurs d'explorer et de comprendre beaucoup de questions de santé qui revêtent une importance pour la prise en charge des personnes atteintes du VIH. Le fruit de cette collaboration s'appelle le NA-ACCORD.

L'analyse la plus récente du NA-ACCORD a consisté spécifiquement à comparer les taux de cancer anal de 34 000 personnes séropositives à ceux de 114 000 personnes séronégatives. Les chercheurs ont confirmé que plusieurs groupes de personnes séropositives couraient un risque accru de cancer anal, y compris les hommes ayant des rapports sexuels avec d'autres hommes (HARSAH), les hommes ayant des rapports sexuels avec des femmes (HRSF) et les femmes. Les taux de cancer anal avaient augmenté au fil du temps, mais se sont stabilisés il y a une décennie environ. Dans son message le plus important, l'équipe NA-ACCORD fait valoir que ses résultats soulignent le besoin de prévenir le cancer anal et de faire passer des dépistages de ce cancer à toutes les personnes vivant avec le VIH. Dans cet article de Nouvelles-CATIE, nous présentons aussi quelques résultats de recherches sur des vaccins contre le VPH.

Détails de l'étude

L'équipe NA-ACCORD a analysé des données de santé obtenues auprès des populations suivantes :

  • 34 189 personnes séropositives (55 % de HARSAH, 19 % de HRSF et 26 % de femmes)
  • 114 260 personnes séronégatives (90 % d'hommes, 10 % de femmes)

Les participants se sont inscrits à l'étude entre 1996 et 2003. Le suivi a duré jusqu'à ce que les participants présentent un cancer anal, qu'ils quittent l'étude ou qu'ils meurent, ou encore jusqu'au 31 décembre 2007, selon la première éventualité. En moyenne, les participants ont été suivis pendant quatre ans.

L'âge des personnes séropositives allait de 30 à 46 ans, et elles avaient environ 300 cellules CD4+ au moment de leur admission à l'étude.

Résultats

Des cas de cancer anal se sont produits chez les groupes suivants au cours de l'étude :

  • HARSAH séropositifs – 122 cas de cancer anal parmi 18 855 hommes
  • HRSF séropositifs – 14 cas de cancer anal parmi 6 492 hommes
  • femmes séropositives – 15 cas de cancer canal parmi 8 842 femmes
  • hommes séronégatifs – 13 cas de cancer anal parmi 102 607 hommes
  • femmes séronégatives – 0 cas de cancer anal parmi 11 653 femmes

Chez les personnes séropositives, cette différence entre les HARSAH et les HRSF ou les femmes était significative sur le plan statistique.

Tendances

Chez les HARSAH séropositifs, les taux de cancer anal ont augmenté entre 1996 et 2003. Après 2003, le risque de cancer anal demeurait élevé, mais s'est stabilisé dans ce groupe. Une tendance semblable a été observée dans les cas des HRSF séropositifs et des femmes séropositives.

L'importance de la prévention

À la lumière des résultats de cette analyse, l'équipe NA-ACCORD a réclamé « l'amélioration des efforts de prévention primaire et secondaire [du cancer anal] visant toutes les personnes infectées par le VIH. »

Vaccins pour la prévention du VPH

Les pays à revenu élevé comme le Canada, l'Australie, les États-Unis et les nations de l'Europe occidentale ont approuvé deux vaccins — le Cervarix et le Gardasil — qui aident à prévenir l'infection par certaines souches du VPH, soit le VPH-16 et le VPH-18. Ces souches du VPH peuvent causer des cancers du col utérin, de la vulve et de l'anus. Le Gardasil confère aussi une protection contre des souches du VPH (VPH-6, VPH-11) qui peuvent causer des verrues anogénitales.

Cependant, il faut noter que ces deux vaccins ont surtout été testés chez des jeunes personnes séronégatives qui avaient eu peu de partenaires sexuels, voire aucun. Ces personnes avaient donc été exposées peu fréquemment au VPH, sinon jamais, et n'avaient pas eu de verrues anogénitales ou de lésions précancereuses ou cancéreuses du col utérin ou de l'anus avant la vaccination.

Ces vaccins seraient-ils aussi efficaces chez les adultes séropositifs qui ont fréquemment été exposés au VPH? Les chercheurs ne peuvent l'affirmer avec certitude, et des essais cliniques sont nécessaires pour répondre de manière concluante à cette question. Dans la section suivante, nous parlons de quelques études préliminaires sur des vaccins anti-VPH qui ont été menées auprès d'adultes sexuellement actifs, dont certains vivaient avec le VIH.

Chez les personnes séropositives

Les National Institutes of Health (NIH) des États-Unis ont financé une étude exploratoire sur le Gardasil qui s'est déroulée auprès de 100 hommes séropositifs qui n'avaient jamais eu de lésions anales précancéreuses ou de cancer anal. Les hommes étaient dans la mi-quarantaine, avaient un compte de CD4+ d'environ 500 cellules et une charge virale en VIH de moins de 10 000 copies. Les chercheurs ont déterminé que le Gardasil était sans danger et n'avait pas d'impact important sur le compte de CD4+ ou la charge virale. Les réactions cutanées aux sites des injections de vaccin étaient généralement légères ou modérées.

Environ 95 % des participants ont développé des anticorps contre les souches du VPH visées par le vaccin. Ces anticorps sont nécessaires pour combattre le VPH. Les concentrations d'anticorps présentes chez ces hommes étaient plus faibles que celles rapportées lors de certaines études menées auprès de personnes séronégatives. Par exemple, leurs concentrations d'anticorps contre le VPH-16 étaient 50 % moins élevées que celles observées chez les femmes séronégatives âgées de 34 à 45 ans, et 40 % moins élevées que chez les femmes séronégatives âgées de 16 à 26 ans. Il reste cependant que les concentrations d'anticorps des hommes séropositifs étaient semblables à celles observées chez les HARSAH séronégatifs entre les âges de 16 et 26 ans qui ont reçu le vaccin Gardasil.

Grâce au vaccin, les hommes séropositifs qui suivaient une multithérapie durant cette étude avaient des concentrations d'anticorps anti-VPH plus élevées que les hommes qui ne prenaient pas de médicaments anti-VIH.

Ces chercheurs américains prônent la tenue d'autres études pour évaluer les vaccins anti-VPH chez des hommes séropositifs qui passent régulièrement des tests de dépistage de lésions anales anormales et de cancer anal.

Au Canada, des chercheurs explorent l'impact de la vaccination anti-VPH sur les filles et les femmes séropositives inscrites à l'essai clinique CTN 236. Pour en savoir plus, visitez le site du Réseau canadien pour les essais VIH.

Chez les hommes séronégatifs sexuellement actifs

Des médecins à la Mount Sinai School of Medicine de New York ont mené une étude par observation auprès de 202 HARSAH séronégatifs qui avaient tous des lésions précancéreuses anales confirmées par biopsie et causées par l'infection au VPH. Les hommes étaient âgés de 20 à 79 ans. Après le diagnostic et le traitement des lésions anales, tous les hommes avaient l'option de se faire vacciner avec du Gardasil, mais cette option a été choisie par certains d'entre eux seulement. Après environ deux ans de suivi, les chercheurs ont constaté que 14 % des hommes vaccinés et 31 % des hommes non vaccinés avaient de nouvelles lésions anales précancéreuses.

Rappelons que la nature des études par observation fait en sorte qu'elles ne peuvent produire de résultats définitifs. Dans le cas en question ici, l'étude ne peut prouver que la vaccination par Gardasil a réduit le risque de récurrence de lésions précancéreuses pour certains hommes. On pourrait cependant arriver à une telle conclusion en menant un essai clinique randomisé et contrôlé, comme le souhaitent les chercheurs du Mount Sinai.

Prévention du cancer anal

Idéalement, les jeunes des deux sexes devraient se faire vacciner contre le VPH. Cependant, en attendant la tenue d'essais cliniques rigoureusement conçus, il n'est pas clair dans quelle mesure les vaccins anti-VPH seront efficaces pour prévenir les excroissances anales anormales, les lésions précancéreuses et le cancer anal chez les personnes séropositives.

Entretemps, il existe des programmes de dépistage du cancer anal dans certaines grandes villes. Les programmes de ce genre sont souvent financés dans le cadre d'études de recherche et ne constituent pas nécessairement la norme de soins. La récente analyse des données du NA-ACCORD révèle que toutes les personnes séropositives, et plus particulièrement les HARSAH, ont besoin de passer des dépistages du cancer anal.

Un dernier mot : Pour les hommes sexuellement actifs, l'usage correct et systématique du condom offre une certaine protection contre la (ré)-infection par le VPH et beaucoup d'autres infections transmissibles sexuellement, y compris le VIH.

Remerciement

Nous tenons à remercier le Dr Marc Steben, MD, pour son expertise et ses commentaires utiles.

                                                                                                           

—Sean R. Hosein

REFERENCES:

  1. Fairley CK, Read TR. Vaccination against sexually transmitted infections. Current Opinion in Infectious Diseases. 2012 Feb;25(1):66-72.
  1. Park IU and Palefsky JM. Evaluation and management of anal intraepithelial neoplasia in HIV-negative and HIV-positive men who have sex with men. Current Infectious Disease Reports. 2010 Mar;12(2):126-33.
  1. Palefsky JM, Giuliano AR, Goldstone S, et al. HPV vaccine against anal HPV infection and anal intraepithelial neoplasia. New England Journal of Medicine. 2011 Oct 27;365(17):1576-85.
  1. Giuliano AR, Palefsky JM, Goldstone S, et al. Efficacy of quadrivalent HPV vaccine against HPV infection and disease in males. New England Journal of Medicine. 2011 Feb 3;364(5):401-11.
  1. Silverberg MJ, Lau B, Justice AC, et al. Risk of anal cancer in HIV-infected and HIV-uninfected individuals in North America. Clinical Infectious Diseases. 2012; in press.
  1. Downey JS, Attaf M, Moyle G, et al. T-cell signalling in antiretroviral-treated, aviraemic HIV-1-positive individuals is present in a raised state of basal activation that contributes to T-cell hyporesponsiveness. AIDS. 2011 Oct 23;25(16):1981-6.
  1. Appay V, Almeida JR, Sauce D, et al. Accelerated immune senescence and HIV-1 infection. Experimental Gerontology. 2007 May;42(5):432-7.
  1. Herbeuval JP, Nilsson J, Boasso A, et al. HAART reduces death ligand but not death receptors in lymphoid tissue of HIV-infected patients and simian immunodeficiency virus-infected macaques. AIDS. 2009 Jan 2;23(1):35-40.
  1. Boasso A, Royle CM, Doumazos S, et al. Overactivation of plasmacytoid dendritic cells inhibits antiviral T-cell responses: a model for HIV immunopathogenesis. Blood. 2011 Nov 10;118(19):5152-62.
  1. Nyitray AG, Carvalho da Silva RJ, et al. Six-month incidence, persistence, and factors associated with persistence of anal human papillomavirus in men: the HPV in men study. Journal of Infectious Diseases. 2011 Dec;204(11):1711-22.
  1. Gilbert M, Kwag M, Mei W, et al. Feasibility of incorporating self-collected rectal swabs into a community venue-based survey to measure the prevalence of HPV infection in men who have sex with men. Sexually Transmitted Diseases. 2011 Oct;38(10):964-9.
  1. Lu B, Viscidi RP, Lee JH, et al. Human papillomavirus (HPV) 6, 11, 16, and 18 seroprevalence is associated with sexual practice and age: results from the multinational HPV Infection in Men Study (HIM Study). Cancer Epidemiology, Biomarkers & Prevention. 2011 May;20(5):990-1002.
  1. de Pokomandy A, Rouleau D, Ghattas G, et al. HAART and progression to high-grade anal intraepithelial neoplasia in men who have sex with men and are infected with HIV. Clinical Infectious Diseases. 2011 May;52(9):1174-81.
  1. Kreimer AR, González P, Katki HA, et al. Efficacy of a bivalent HPV 16/18 vaccine against anal HPV 16/18 infection among young women: a nested analysis within the Costa Rica Vaccine Trial. Lancet Oncology. 2011 Sep;12(9):862-70.
  1. Goldstone S, Palefsky JM, Giuliano AR, et al. Prevalence of and risk factors for human papillomavirus (HPV) infection among HIV-seronegative men who have sex with men. Journal of Infectious Diseases. 2011 Jan 1;203(1):66-74.
  1. Wilkin T, Lee JY, Lensing SY, et al. Safety and immunogenicity of the quadrivalent human papillomavirus vaccine in HIV-1-infected men. Journal of Infectious Diseases. 2010 Oct 15;202(8):1246-53.
  1. Swedish KA, Factor SH, Goldstone SE. Prevention of recurrent high-grade anal neoplasia with quadrivalent human papillomavirus vaccination of men who have sex with men: a nonconcurrent cohort study. Clinical Infectious Diseases. 2012: in press.
  1. Shepherd JP, Frampton GK, Harris P. Cochrane. Database of Systematic Reviews. 2011 Apr 13;(4):CD001035.
  1. Nielson CM, Harris RB, Nyitray AG, et al. Consistent condom use is associated with lower prevalence of human papillomavirus infection in men. Journal of Infectious Diseases. 2010 Aug 15;202(3):445-51.