Peut-on prévoir un cancer du foie à l'aide de simples tests sanguins?

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Peut-on prévoir un cancer du foie à l'aide de simples tests sanguins?

17 Novembre 2011

Aujourd'hui, dans les pays à revenu élevé comme le Canada, le virus de l'hépatite C (VHC) se propage le plus souvent par le partage de matériel d’injection de drogues non stérilisé. Cependant, le VHC (ainsi que le VIH et d'autres microbes) peut aussi se transmettre par le biais d'instruments de tatouage ou de perçage non stérilisés. Des cas de transmission sexuelle du VHC lors de relations comportant des contacts de sang à sang ont également été signalés, surtout parmi les hommes ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes. Au cours des précédentes décennies, le VHC se transmettait aussi par du sang ou des produits sanguins contaminés, tels que les facteurs de coagulation. De nos jours, cependant, les réserves de sang des pays à revenu élevé sont considérablement plus sûres.

Le VHC infecte le foie. À mesure que le système immunitaire se bat contre le virus, il crée de l'inflammation. Une fois la phase aiguë de l'infection terminée, le VHC s'installe dans le foie et la phase chronique de l'infection commence. Au fil du temps, l'interaction entre le système immunitaire et le VHC permet à l'inflammation de persister, de sorte que les cellules du foie se mettent à mal fonctionner et à mourir. Les cellules mortes sont remplacées par du tissu cicatriciel dans le cadre d'un processus appelé fibrose. Sur une période de plusieurs années, la fibrose se répand, la fonction hépatique se détériore de plus en plus, et plusieurs complications s'ensuivent. Si elle n'est pas traitée, l'infection au VHC peut causer l'insuffisance hépatique, et l'inflammation continue que cause le virus peut faire en sorte que les cellules hépatiques se développent anormalement, devenant des cancers dans certains cas. Chez les personnes co-infectées par le VIH et le VHC, l'infection au VIH semble accélérer la détérioration du foie causée par le VHC. Les personnes co-infectées courent aussi un risque plus élevé de cancer du foie. Comme leur système immunitaire est affaibli, peu de personnes co-infectées par le VIH guérissent spontanément de l'infection au VHC.

Le traitement du VHC consiste en une combinaison de l'interféron-alpha, pris une fois par semaine, et d'un antiviral à large spectre du nom de ribavirine. De nouveaux médicaments conçus spécifiquement pour attaquer le VHC sont en voie de développement. Deux d'entre eux, soit le bocéprévir (Victrelis) et le télaprévir (Incivik), sont approuvés pour le traitement des personnes atteintes du VHC seulement (mono-infection), à condition qu'ils soient utilisés en combinaison avec l'interféron et la ribavirine. Ces médicaments ne sont pas encore approuvés pour les personnes co-infectées par le VHC et le VIH, du moins pas au Canada.

Surveillance

Les personnes vivant avec l'infection au VIH subissent de nombreux tests afin que leurs médecins puissent évaluer leur état de santé général et la santé de leur foie en particulier. Certains de ces tests, comme la biopsie hépatique, sont invasifs et peuvent entraîner des complications dans des cas rares. De plus en plus, les spécialistes du foie ont recours à une échographie hépatique spécialisée appelée FibroScan.

L'indice FIB-4 fait son entrée

Avant que la technologie FibroScan soit devenue largement accessible dans les pays à revenu élevé, une équipe de chercheurs du Brésil, d'Amérique du Nord et d'Europe occidentale ont évalué une formule appelée FIB-4 qui tenait compte des résultats de simples tests sanguins. Les scores FIB-1 servaient d'outil aux médecins pour estimer l'ampleur des lésions hépatiques (fibrose) causées par l'infection au VHC.

Récemment, des chercheurs de l'Université Yale et d'ailleurs aux États-Unis ont terminé une étude portant sur près de 23 000 hommes séropositifs, dont certains étaient co-infectés par le virus de l'hépatite B (VHB) et le VHC, ce qui augmentait leur risque de développer un cancer du foie. En général, les chercheurs ont constaté que plus le résultat FIB-4 était élevé, plus la probabilité d'un cancer du foie augmentait. Comme la formule FIB-4 ne nécessite qu'une calculatrice scientifique et de simples tests sanguins, si les résultats de cette étude devaient se confirmer, le FIB-4 pourrait devenir un outil de dépistage peu cher et simple pour déterminer le risque de cancer du foie chez les personnes infectées par le VHB ou le VHC et celles présentant d'autres facteurs de risque.

Détails de l’étude

Dirigés par une équipe de l'Université Yale, les chercheurs ont évalué des données recueillies auprès de 22 980 anciens combattants séropositifs américains inscrits dans la base de données des Veterans Affairs entre 1996 et 2008. Comme 98 % des participants étaient des hommes, les chercheurs ont décidé d'exclure les volontaires féminines en raison de la faiblesse de leur nombre.

Les scores FIB-4 ont été calculés à l'aide d'une équation complexe qui tenait compte de tous les facteurs suivants, dont chacun avait un rapport quelconque avec l'inflammation et les lésions hépatiques se produisant en présence de l'infection au VHC :

Âge

De nombreuses personnes infectées par le VHC ignorent depuis combien de temps elles en sont atteintes. Il n'empêche que l'âge permet en quelque sorte de brosser un portrait du cours de la maladie du VHC. En général, plus la personne est âgée, plus il est probable qu'elle soit atteinte du VHC depuis longtemps et, ainsi, plus le risque de lésions hépatiques étendues est grand, comparativement aux personnes plus jeunes.

Taux de plaquettes

Les plaquettes sont des cellules minuscules qui participent à l'inflammation et à la coagulation sanguine. Il existe un certain lien entre le nombre de plaquettes dans le sang (dit taux de plaquettes ou numération plaquettaire) et l'ampleur des lésions hépatiques et l'augmentation de la pression à l'intérieur des vaisseaux sanguins du foie.

RIN (rapport international normalisé)

Ce test donne de l'information sur la vitesse de coagulation du sang. Notons que des études précédentes avaient fait le lien entre des changements dans le RIN et la fibrose hépatique.

AST (aspartate aminotransférase)

Il s'agit d'une enzyme fabriquée par le foie; s'il atteint un niveau plus élevé que la normale dans cet organe, cela peut indiquer la présence de lésions hépatiques.

Résultats — cancer du foie

Dans la base de données des Veterans Affairs, 122 hommes séropositifs sur 22 980 ont reçu un diagnostic de cancer du foie. Ces 122 cas de cancer se sont produits en moyenne sept ans après l'inscription des hommes en question dans la base de données. 

L'équipe de recherche a classé les scores FIB-4 des participants comme suit :

  • faible – moins de 1,45
  • intermédiaire – entre 1,45 et 3,25
  • élevé – plus de 3,25

Les chercheurs ont ajusté leurs calculs en fonction de plusieurs facteurs, dont le compte de CD4+, la charge virale en VIH, la prise d'antirétroviraux, la co-infection par le VHB et/ou le VHC, ainsi que la dépendance à l'alcool et le diabète. Malgré ces ajustements, les scores FIB-4 ont maintenu une relation forte et statistiquement significative avec l'apparition d'un cancer du foie. De façon générale, les chercheurs ont constaté que plus le score FIB-4 était élevé, plus le risque de cancer du foie augmentait. En effet, les personnes ayant un score FIB-4 élevé étaient 10 fois plus susceptibles de présenter un cancer du foie que les personnes ayant un score faible. Chez les personnes dont le score FIB-4 était modérément élevé, le risque de cancer du foie était environ quatre fois plus élevé, comparativement aux personnes ayant un faible score.

La relation forte entre les scores FIB-4 et l'apparition d'un cancer du foie s'est maintenue, même après que les chercheurs eurent soustrait l'âge de la personne de la formule.

Les personnes qui avaient un score FIB-4 modéré ou élevé couraient un risque accru de cancer du foie et ce, même en l'absence d'hépatite B ou C ou de dépendance à l'alcool — autant de facteurs de risque de cancer du foie.

Pour confirmer la majorité des diagnostics de cancer du foie, les responsables de la présente étude ont eu recours à des données portant sur un très grand nombre de personnes, à des tests de laboratoire pour évaluer l'infection au VHC et aux données d'un registre de cancer. Leurs résultats méritent donc d'être soulignés.

Il faut toutefois mentionner qu'il s'agissait d'une étude rétrospective, ce qui est sans doute compréhensible étant donné le taux relativement faible de cancer du foie (moins de 1 %). Les chercheurs n'ont pas fourni de données sur l'indice de masse corporelle (valeur calculée en divisant le poids par la taille au carré). Connaître l'IMC aurait pu aider les chercheurs à déterminer si certains des participants atteints d'un cancer du foie étaient également obèses. Cette donnée aurait eu son importance, car l'obésité semble être un facteur de risque de cancer du foie. Une autre faiblesse de l'étude réside dans l'absence de femmes.

Les femmes et le FIB-4

Lors d'une étude différente, des chercheurs de l'Université de Cincinnati ont évalué des échantillons de sang prélevés auprès de 1 227 femmes; certaines d'entre elles n'avaient ni le VIH ni le VHC, mais elles couraient des risques à l'égard de ces virus; certaines autres étaient séropositives pour le VHC ou le VIH et d'autres encore étaient co-infectées par les deux virus.

Les chercheurs ont constaté que les femmes qui n'avaient ni le VIH ni le VHC avaient les scores FIB-4 les plus faibles, alors que les scores les plus élevés étaient ceux des femmes co-infectées. Les responsables de l'étude de Cincinnati n'ont pas fourni de données sur d'éventuels biopsies hépatiques, échographies ou diagnostics de cancer du foie. Les résultats donnent toutefois à penser que les lésions hépatiques étaient plus étendues chez les femmes co-infectées.

Prochaines étapes

Selon l'équipe dirigée par les chercheurs de l'Université Yale, le FIB-4 ou une version modifiée de la formule aurait le potentiel de prévoir quelles personnes séropositives courent un risque élevé de cancer du foie. Des équipes dans d'autres pays doivent maintenant confirmer si les scores FIB-4 élevés sont associés au cancer du foie chez les personnes séropositives co-infectées par des virus de l'hépatite. Toute étude future devra aussi inclure des femmes.

Un score plus complexe

D'autres équipes de recherche sont en train d'explorer l'impact d'autres marqueurs d'inflammation et d'évaluer leur relation avec le cancer du foie. L'un de ces systèmes de classification repose sur le rapport entre deux groupes de cellules du système immunitaire, les neutrophiles et les lymphocytes. Des chercheurs italiens ont remarqué que le rapport neutrophiles-lymphocytes permettait de prévoir la récurrence du cancer du foie chez des personnes séronégatives ayant reçu une greffe de foie dans le cadre de leur traitement contre le cancer du foie.

                                                                                                            —Sean R. Hosein

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