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29 septembre 2011 

Les enjeux de santé des femmes vivant avec le VIH et qui y sont vulnérables en Ontario

L'épidémie du VIH a changé depuis les premières années. Cette maladie qui, autrefois, touchait principalement les hommes qui avaient des relations sexuelles avec d'autres hommes se répand maintenant de plus en plus au sein d'autres groupes, notamment les utilisateurs de drogues injectables et les hommes et femmes hétérosexuels.

Le fardeau du VIH s'alourdit chez les femmes en conséquence de ce changement. Les conditions sociales et économiques (telles la pauvreté, les inégalités sexuelles et la violence) qui alimentent l'épidémie du VIH/sida risquent d'accroître la vulnérabilité des femmes à l'infection par le VIH et de leur rendre plus difficile l'accès aux soins, au traitement et au soutien. Par conséquent, il peut y avoir des différences importantes entre les effets du VIH chez les deux sexes. Récemment, les responsables d'une étude ontarienne appelée POWER (Project for an Ontario Women's Health Evidence-Based Report) ont publié les résultats d'une analyse comparative entre les sexes examinant la santé et l'accès aux soins des femmes vivant avec le VIH ou y étant vulnérables.

Détails de l'étude

Avec l'aide de fournisseurs de services et de personnes vivant avec le VIH, les chercheurs ont dressé une liste d'effets importants sur la santé liés au VIH. Ensuite, ils ont eu recours à des sources de données existantes (études de cohorte et données de services de santé, par exemple) pour déterminer ce qu'on pouvait apprendre sur les différences entre les comportements des femmes et des hommes et les résultats pour leur santé.

Résultats clés

1. Les femmes comptent pour un nombre croissant de nouvelles infections par le VIH en Ontario.

Entre 2006 et 2008, 1 190 femmes ont contracté le VIH, ce qui représente le quart des 4 735 nouvelles infections recensées durant cette période (incidence). Le pourcentage de nouvelles infections touchant les femmes est passé de 3 % avant 2001 à 25 % entre 2002 et 2008. La vaste majorité (93 %) de ces infections était attribuable à des contacts hétérosexuels. Les autres infections (7 %) se sont produites chez des femmes qui s'injectaient de la drogue.

2. Dix-huit pour cent (18 %) de toutes les personnes vivant avec le VIH en Ontario sont des femmes.

À la fin de 2008, on estimait à 26 630 le nombre de personnes vivant avec le VIH en Ontario (prévalence), dont 4 750 femmes (18 %). Chez les femmes, 87 % des infections étaient attribuables aux relations hétérosexuelles et 13 %, à l'utilisation de drogues injectables. Les femmes arrivées au Canada depuis des pays où le VIH est endémique comptaient pour 58 % de toutes les nouvelles infections chez des femmes.

3. Les femmes sont plus nombreuses que les hommes à signaler leur participation à des activités les mettant à risque d'infection par le VIH.

Les relations sexuelles non protégées et le partage d'aiguilles et d'autre matériel de préparation de drogues injectables augmentent les risques d'infection par le VIH. Quarante-sept pour cent (47 %) des femmes âgées de 15 à 49 ans qui avaient eu plusieurs partenaires sexuels au cours de la dernière année n'avaient pas utilisé de condom lors de leur dernière relation sexuelle, comparativement à 35 % des hommes. Vingt-cinq pour cent (25 %) des femmes qui s'injectaient de la drogue disaient avoir utilisé des aiguilles usagées et 44 %, du matériel ayant déjà servi, comparativement à 14 % et 30 % des hommes, respectivement.

4. Les femmes qui s'injectent de la drogue et les femmes autochtones affichent les taux de traitement les plus faibles durant la grossesse.

En 2009, 95 % des femmes enceintes ayant reçu des soins prénataux en Ontario ont passé un test de dépistage du VIH. Vingt-huit cas d'infection par le VIH ont été recensés. Entre 2005 et 2009, 91 % des femmes enceintes qui se savaient séropositives ont pris des médicaments anti-VIH, ce qui permettait de prévenir la transmission mère-enfant du VIH dans la vaste majorité des cas. Les femmes dont l'infection au VIH était attribuable à l'injection de drogues affichaient le taux de traitement le plus faible, soit 75 %.  Comparativement aux autres groupes ethnoculturels, les femmes autochtones étaient moins susceptibles de prendre des médicaments anti-VIH durant la grossesse.

5. Les femmes qui s'injectent de la drogue signalent davantage de problèmes de santé mentale que les hommes qui s'injectent de la drogue.

Lors d'un sondage standard utilisé pour évaluer la qualité de vie (SF-12), les femmes séropositives qui s'injectaient de la drogue disaient éprouver davantage de problèmes de santé mentale que les hommes séropositifs qui s'injectaient de la drogue.

6. Les femmes séropositives signalent davantage de symptômes embêtants de l'infection au VIH que les hommes séropositifs.

Lors d'un sondage standard utilisé pour évaluer le fardeau des symptômes (indice de symptômes ACTG), les femmes faisaient état d'un fardeau plus grand que les hommes. En moyenne, les femmes signalaient 4,5 symptômes embêtants, comparativement à 3,7 chez les hommes. Les problèmes les plus couramment signalés étaient la fatigue ou la perte d'énergie (34 %), la nervosité ou l'anxiété (25 %), des sensations de douleur, d'engourdissement ou de picotement dans les mains et les pieds (21 %) et des sentiments de tristesse et de déprime et la dépression (34 %). Les femmes étaient plus susceptibles que les hommes de signaler des sentiments de tristesse.

7. Les femmes séropositives sont moins susceptibles que les hommes séropositifs d'avoir une charge virale qui reste indétectable de manière constante.

Sur toutes les personnes séropositives ayant subi un test de charge virale en Ontario en 2008, 63 % avaient une charge virale indétectable. Les femmes étaient moins nombreuses que les hommes à obtenir un résultat indétectable (58 % contre 64 %). Il est à noter que les données se rapportant à la charge virale incluaient à la fois les personnes sous traitement et celles ne prenant pas de traitement.  L'absence de traitement s'explique par une variété de raisons, dont la préférence personnelle des patients, des problèmes d'accès aux soins, la pratique de leur médecin, etc.

Prochaines étapes?

Les résultats de l'étude POWER laissent croire qu'il reste beaucoup à faire pour améliorer la prévention du VIH et le traitement, les soins et le soutien des femmes séropositives en Ontario.

Stratégies à envisager :

  • Campagnes de prévention du VIH visant spécifiquement les femmes pour promouvoir le sécurisexe et l'utilisation plus sécuritaire de drogues injectables
  • Programmes pour encourager les femmes séropositives, particulièrement les femmes autochtones et les utilisatrices de drogues injectables, à envisager de se faire traiter pour le VIH pendant la grossesse
  • Dépistage de problèmes de santé mentale chez les femmes séropositives qui s'injectent de la drogue ou qui s'en injectaient dans le passé
  • Prise en compte du plus grand fardeau des symptômes des femmes séropositives dans le domaine des soins de santé
  • Les femmes séropositives qui s'injectent de la drogue et qui désirent suivre un traitement contre la toxicomanie devraient être dirigées vers des programmes appropriés
  • Approche de traitement et de soins à multiples facettes, y compris des initiatives visant l'éducation des femmes en matière de traitement et l'élargissement de l'accès des femmes aux soins

Laurel Challacombe

RÉFÉRENCE :

Bayoumi AM, Degani N, Remis RS et al. HIV Infection. In: Bierman AS, editor. Project for an Ontario Women's Health Health Evidence-Based Report: Volume 2: Toronto; 2011.