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23 août 2011 

Prévalence élevée d'infections transmissibles sexuellement parmi les personnes vivant avec le VIH – conséquences pour la prévention du VIH

La transmission sexuelle du VIH se produit après une exposition à des liquides corporels qui contiennent du VIH, comme le sperme, les sécrétions vaginales ou rectales. Les recherches indiquent qu'un taux plus élevé de VIH (charge virale) dans ces liquides augmente le risque de transmission du VIH, tandis qu'un taux plus bas de VIH diminue le risque de transmission du VIH.

Impact de la co-infection par des ITS sur la transmission du VIH

Les infections transmissibles sexuellement (ITS), comme la gonorrhée, la chlamydia, l'herpès et la syphilis, peuvent augmenter la charge virale en VIH d'une personne qui est co-infectée par le VIH et une ITS. Selon les recherches, l'endroit où se trouve l'ITS détermine quel liquide corporel est affecté. Par exemple, une ITS rectale peut augmenter le taux de VIH dans le liquide rectal. Par conséquent, une co-infection par une ITS pourrait accroître les risques qu'une personne transmette le VIH à d'autres lors de rapports sexuels non protégés.

De plus, de nombreux rapports attestent que les personnes séronégatives qui ont une ITS courent un risque accru d'être infectées par le VIH.  

Lors d'une récente analyse systématique, on a examiné la prévalence d'ITS parmi les personnes vivant avec le VIH (PVVIH). Selon cette analyse, la prévalence élevée de co-infections ITS/VIH comporte des conséquences importantes pour la transmission et la prévention du VIH.

Détails de l'étude

Les auteurs de l'analyse ont cherché des études qui signalaient la prévalence d'ITS parmi les PVVIH. Ils n'ont inclus que des études mentionnant la prévalence d'ITS connues pour augmenter la transmission du VIH, y compris la syphilis, le chancre mou, la gonorrhée, la chlamydia, l'herpès (HSV-2), la trichomonase, la vaginose bactérienne, l'urétrite et la cervicite.

Leur recherche a permis de recenser 37 études qui ont été incluses dans l'étude. La plupart des études avaient été menées aux États-Unis et en Europe. Les participants de 19 des 37 études étaient des PVVIH d'Amérique du Nord. Les études comprenaient un total de 708 296 PVVIH. Environ 90 % des personnes en question avaient participé à une étude menée à New York.

Résultats

Sur l'ensemble, une moyenne de 16,3 % des PVVIH étaient co-infectées par une ITS. La prévalence moyenne par type d'ITS était la suivante :

  • syphilis – 9,5 %
  • gonorrhée – 9,5 %
  • chlamydia – 5 %
  • trichomonase – 18,8 %

Les taux d'ITS étaient similaires chez les hommes et les femmes vivant avec le VIH.

Les ITS étaient plus fréquentes parmi les personnes ayant récemment reçu un diagnostic de VIH. Chez les personnes qui ont appris leur statut séropositif au moment de se faire tester pour des ITS, la prévalence moyenne d'ITS était de 19,6 %.

Il n'y avait aucune différence dans la prévalence d'ITS parmi les individus recevant un traitement antirétroviral par rapport à ceux qui n'en recevaient pas.

L'analyse comprenait seulement une étude canadienne publiée en 2009. Cette étude comptait parmi ses participants 455 hommes et 174 femmes de cliniques de maladies infectieuses à Edmonton, à Québec et à Toronto. La prévalence de la co-infection VIH/herpès parmi les participants était de 54 %. Parmi les personnes infectées par l'herpès, 58 % n'avaient pas de symptômes associés à l'herpès.

Conséquences pour la prévention du VIH

La prévalence élevée d'ITS parmi les PVVIH est inquiétante parce qu'elle pourrait être responsable de la facilitation de la transmission du VIH. Cette étude systématique est un bon rappel de l'importance d'un counseling régulier en matière de prévention, des tests de dépistage (même en l'absence de symptômes) et du traitement des ITS pour la prévention du VIH.

La prévalence élevée de co-infections VIH/ITS comporte également des conséquences pour le counseling lié aux risques de transmission du VIH. Les facteurs de risques pour la transmission de nombreuses ITS ne sont pas les mêmes que pour le VIH. Les stratégies qu'utilisent peut-être certaines personnes pour réduire les risques de transmission du VIH, comme le sérotriage, la PPrE ou le traitement comme outil de prévention, ne réduisent peut-être pas le risque de transmission d'ITS. Si l'utilisation de ces stratégies conduit à la transmission d'ITS, il se peut que ces personnes augmentent involontairement leur risque de transmettre le VIH.

Conséquences pour le « traitement comme outil de prévention »

Sachant que le risque de transmission du VIH augmente en présence d'une autre ITS, les auteurs de l'étude étaient particulièrement préoccupés par la possibilité que l'efficacité du « traitement comme outil de prévention » soit compromise par une prévalence élevée de co-infection VIH/ITS.

Les individus utilisant le « traitement anti-VIH comme outil de prévention » ressentent peut-être un faux sentiment de sécurité et adoptent des comportements à risques — comme ne pas utiliser assez de condoms ou augmenter le nombre de leurs partenaires. On parle dans ce cas-là de compensation des risques. La compensation des risques est une préoccupation parce que le traitement antirétroviral n'élimine pas complètement le risque de transmission du VIH ni ne réduit le risque de contracter une ITS. Par conséquent, la compensation des risques pourrait encore accroître la prévalence de co-infections VIH/ITS et réduire l'efficacité du « traitement comme outil de prévention ».

Les auteurs suggèrent que tous les individus qui se servent du traitement antirétroviral pour réduire leur risque de transmission du VIH devraient « passer des tests de dépistage routiniers tous les trois à quatre mois » ainsi que recevoir un « counseling réitéré périodiquement afin d'aborder toute croyance erronée concernant l'infectiosité ». Lors du counseling, il sera important de parler de l'importance d'utiliser un condom pour réduire à la fois la transmission du VIH et des ITS.

—James Wilton

Références

  1. Johnson LF, Lewis DA. The effect of genital tract infections on VIH-1 shedding in the genital tract: a systematic review and meta-analysis. Sexually Transmitted Diseases. 2008 Nov;35(11):946-59.
  2. Kalichman S, Pellowski J, Turner C. Prevalence of sexually transmitted co-infections in people living with VIH/AIDS: systematic review with implications for using VIH treatments for prevention. Sexually Transmitted Infections. 2011 Apr;87(3):183-90.