Nouvelles CATIE

7 juillet 2011 

Existe-t-il un lien entre la niacine et l'accident vasculaire cérébral?

On a récemment mis fin à une grande étude canado-américaine appelée Aim-High 18 mois avant sa conclusion prévue. L'étude Aim-High comparait les effets d'un médicament anti-cholestérol appelé simvastatine (Zocor) à ceux d'une combinaison de simvastatine et d'une formulation à libération prolongée de la vitamine B niacine (rappelons que les doses élevées de niacine peuvent aider à normaliser les taux de cholestérol). Comme la combinaison simvastatine-niacine à libération prolongée n'a procuré aucun bienfait additionnel comparativement à la seule simvastatine, on a mis fin à l'essai. De plus, on a constaté une augmentation relativement faible du nombre d'AVC chez les participants recevant de la niacine. Jusqu'à présent, l'information diffusée au sujet de l'étude Aim-High est limitée. Puisque certaines personnes vivant avec le VIH (PVVIH) prennent de la niacine dans le cadre d'une stratégie visant le contrôle des taux de cholestérol, nous proposons dans ce bulletin de Nouvelles-CATIE des renseignements de base sur la niacine et les implications générales des résultats de l'étude Aim-High.

À propos de la niacine

Depuis plus de 50 ans, on a recours à des doses élevées de niacine (vitamine B3, acide nicotinique, niacinamide), une vitamine du complexe B, pour le traitement des personnes présentant des taux de lipides anormaux — cholestérol et triglycérides — dans le sang. Des données récentes portent aussi à croire que la niacine possède une modeste activité anti-inflammatoire et qu'elle pourrait exercer des effets sur certaines hormones utilisées par les cellules adipeuses (graisses).

Les formulations à libération immédiate de la niacine peuvent causer des rougeurs temporaires et inoffensives de la peau, qui s'accompagnent de sensations de chaleur et de démangeaisons. Sous l'effet de doses élevées de niacine, certaines personnes se plaignent de maux de tête, de nausées ou de diarrhées. Chez les personnes atteintes de diabète ou de prédiabète, une augmentation du taux de sucre sanguin risque parfois de se produire lorsque des doses élevées de niacine sont utilisées.

Compte tenu du risque de rougeurs associé à la niacine à libération immédiate, on a mis au point et fait approuver une version à libération prolongée de cette vitamine qui est disponible sur ordonnance dans certains pays à revenu élevé sous le nom commercial de Niaspan. Cette nouvelle formulation de la niacine risque beaucoup moins de causer rougeurs et démangeaisons. Lors des essais cliniques, à raison de 2 000 mg par jour, la niacine à libération prolongée réduisait significativement les taux de mauvais cholestérol (LDL-C) et de triglycérides tout en augmentant le taux de bon cholestérol (HDL-C).

Il s’est avéré que la niacine à libération prolongée réduit le risque de maladies cardiovasculaires lorsqu'elle est associée à des médicaments anti-cholestérol appelés statines. En voici quelques exemples :

  • atorvastatine (Lipitor)
  • rosuvastatine (Crestor)
  • simvastatine (Zocor)

Infection au VIH

L'infection au VIH modifie les taux de lipides, tout comme plusieurs médicaments utilisés pour combattre le virus. Certains médecins prescrivent donc de la niacine dans le cadre d'un plan global visant à normaliser les taux de lipides de leurs patients séropositifs. Des essais cliniques sur la niacine chez les PVVIH ont permis de constater que les doses élevées de celle-ci pouvaient réduire les taux de LDL-C et de triglycérides et augmenter le taux de HDL-C, en plus d'aider les vaisseaux sanguins à faire circuler le sang.

Pourquoi des combinaisons?

Les statines sont des médicaments puissants qui améliorent non seulement les taux de lipides anormaux, mais qui exercent aussi des effets anti-inflammatoires dans le système cardiovasculaire. Les statines ne peuvent toutefois éliminer le risque d'aggravation des maladies cardiovasculaires. Comme il existe un risque résiduel de maladies cardiovasculaires chez certains patients recevant des statines, des chercheurs ont combiné ces médicaments avec une dose élevée de niacine dans le cadre d'une étude.

Détails de l'étude

Des chercheurs au Canada et aux États-Unis ont recruté 3 414 volontaires pour l'étude Aim-High. Bien qu'il semble que les participants n'aient pas passé de test de dépistage du VIH, ils étaient vraisemblablement séronégatifs. Le profil moyen des participants était le suivant au début de l'étude :

  • âge – 64 ans
  • 92 % souffraient de coronaropathie
  • 81 % souffraient du syndrome métabolique (combinaison de facteurs de risque de maladies du cœur)
  • 71 % avaient une tension artérielle supérieure à la normale
  • 34 % avaient le diabète

Plusieurs participants avaient aussi des antécédents de crise cardiaque, d'AVC, de douleur thoracique ou de maladie artérielle périphérique.

Tous les participants ont reçu de la simvastatine à la dose jugée nécessaire pour maintenir leur taux de LDL-C dans la zone allant de 1 à 2 mmol/L. De plus, 515 participants chez qui la simvastatine s'est avérée insuffisamment puissante ont reçu un autre médicament appelé ézétimibe (Ezetrol, Zetia), dont l'action consiste à réduire l'absorption du cholestérol.

Tous les participants à l'étude Aim-High ont été répartis au hasard en deux groupes pour recevoir l'un ou l'autre des traitements suivants :

  • niacine à libération prolongée (Niaspan), en doses croissantes jusqu'à obtention de la dose cible de 2 000 mg par jour
  • placebo (niacine factice)

Le suivi a duré environ trois ans.

Résultats — dans l'ensemble

L'analyse des données de l'étude Aim-High a permis de constater que la combinaison de niacine à libération prolongée-simvastatine a augmenté les taux sanguins de HDL-C, mais sans avoir réduit de manière significative les taux de crises cardiaques et d'autres événements cardiovasculaires. De plus, selon des prévisions statistiques, si l'étude avait continué pendant deux ou trois ans encore, comme on l'avait prévu initialement, on ne se serait pas attendu à ce que la thérapie combinée (niacine-simvastatine) ait des bienfaits.  

Résultats — décès

Au total, 145 participants (environ 4 %) sont morts durant l'étude. Mais il est important de souligner qu'aucun décès n'a été attribué aux médicaments utilisés, y compris la niacine.

Résultats — AVC

Environ 1 % des participants ont subi un accident vasculaire cérébral (AVC) durant l'étude, dans les proportions suivantes :

  • simvastatine + niacine à libération prolongée : 28 AVC (1,6 %)
  • simvastatine + placebo : 12 AVC (0,7 %)

Quoique faible, ce nombre excessif d'AVC chez les patients recevant de la niacine a surpris les chercheurs et joué un rôle dans leur décision de mettre fin à l'étude Aim-High. Toutefois, dans le groupe niacine, 33 % des AVC se sont produits chez des participants qui avaient cessé de prendre de la niacine « au moins deux mois et jusqu'à quatre ans avant leur AVC », selon l'American National Heart, Lung and Blood Institute (NHLBI). Compte tenu du laps de temps écoulé entre la prise de niacine et la survenue d'AVC chez certains participants de l'étude Aim-High, la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis a déclaré ceci : « Il n'est pas clair quel rôle la niacine aurait joué, le cas échéant, dans ce déséquilibre entre les taux d'AVC. »

La niacine mise en perspective

  • Il est important de garder à l’esprit que l'essai Aim-High ne constitue qu'une seule étude.
  • Compte tenu des données provisoires publiées par les chercheurs de l'étude Aim-High, la FDA ne croit pas nécessaire d'émettre un avertissement au sujet de l'utilisation de la niacine à libération prolongée.
  • Des essais cliniques antérieurs avaient trouvé que les doses élevées de niacine étaient généralement sûres et efficaces lorsqu'elles étaient utilisées sous supervision médicale dans le cadre d'une stratégie plus large visant la réduction des taux de lipides anormaux dans le sang. Aucun des essais en question n'avait découvert de lien entre la prise de niacine et un risque accru d'AVC. De plus, certains chercheurs estiment que la niacine procure suffisamment de bienfaits pour que son efficacité pour la prévention des AVC soit évaluée dans le cadre d'essais cliniques.
  • Selon le NHLBI, il n'est pas clair si l'association entre l'exposition à la niacine et la faible augmentation du risque d'AVC a été causée par le hasard ou un autre facteur.
  • Selon le Dr William Boden, co-investigateur principal de l'étude Aim-High, il ne faudrait pas supposer que les résultats de cette étude aient une pertinence pour les personnes présentant des risques cardiovasculaires encore plus élevés, mais qui n'ont pas pris part à l'étude Aim-High. Autrement dit, d'autres patients pourraient bénéficier de l'usage de la niacine sous supervision médicale.
  • Soulignons qu'une autre étude de plus grande envergure, conçue de manière semblable à l'étude Aim-High, n'a pas été interrompue à cause de préoccupations concernant un lien éventuel entre la niacine et l'AVC.

Suppléments

Les multivitamines et formulations de vitamines du complexe B contiennent habituellement entre 5 mg et 100 mg de niacine. Rien ne prouve que de telles doses soient dangereuses pour les adultes. Les personnes pour qui les résultats préliminaires de l'étude Aim-High ont soulevé des préoccupations concernant l'utilisation de la niacine devraient en parler à leur médecin.

Une étude sur la niacine à dose élevée se poursuit

L'Université Oxford coordonne actuellement une étude portant le nom de HPS2-Thrive (couramment appelée Thrive par les chercheurs). Conçue de manière semblable à l'étude Aim-High, l'étude Thrive est cependant beaucoup plus grande, et on avait recruté en juillet 2010 plus de 25 000 hommes et femmes en Chine, en Scandinavie et au Royaume-Uni. Malgré les résultats de l'étude Aim-High, les chercheurs responsables de l'essai Thrive ont l'intention de poursuivre leur étude dans l'espoir qu'elle donnera dans les années à venir de l'information précieuse concernant la niacine à libération prolongée et la santé cardiovasculaire.

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCES :

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