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19 juin 2009 

Kombucha - avertissement

Vers la fin des années 1980 dans les pays à revenu élevé, seulement un médicament était disponible pour le traitement du VIH/sida : l’AZT (zidovudine, Retrovir). Le médicament devait être pris six fois par jour à doses élevées avec des effets secondaires graves et une efficacité limitée contre le VIH.

En 2009, les personnes séropositives vivant dans ces pays ont un choix de thérapie combinée ayant des antécédents d’innocuité et d’efficacité accrues par rapport à la monothérapie à l’AZT. De plus, pour les personnes étant à leur premier traitement, une dose unique quotidienne est souvent une option.

Malgré cette énorme et favorable évolution en matière de thérapie anti-VIH au cours des vingt dernières années, les mythes et malentendus concernant l’innocuité de ces thérapies continuent de circuler chez les personnes à risque d’une infection au VIH et celles déjà infectées.

Les médecins de Los Angeles, Californie, ont récemment fait état d’un cas malencontreux d’un jeune homme séropositif qui a manifesté une toxicité mettant sa vie en danger, en rapport avec une thérapie complémentaire appelée thé Kombucha. Avant de rapporter leurs observations, nous présentons certains renseignements concernant le Kombucha.

À propos du Kombucha

Selon les médecins urgentistes qui ont pris en charge le jeune homme, ce thé est « fabriqué en fermentant du thé noir sucré en présence d’un champignon rond, plat et gris pendant au moins sept jours ». Bien que certaines personnes utilisent le terme champignon Kombucha, il s’agit en fait d’un mélange de bactéries et de plusieurs levures.

Kombucha chez la souris

Afin d’amorcer la documentation des effets du thé Kombucha, des chercheurs aux États-Unis ont effectué des expériences sur des souris. Ils ont noté que la durée de vie des souris avait augmenté de 5 %. Ceci se faisait cependant au détriment d’un engorgement du foie et de la rate, ce qui suggère une toxicité hépatique et splénique. Aussi, les souris recevant du thé Kombucha avaient tendance à ne pas gagner de poids, comparativement aux souris ne recevant pas cette substance. Les souris traitées au Kombucha semblaient aussi avoir un cerveau un peu plus petit. Cependant, des analyses sanguines poussées, des tomographies assistées par ordinateur, de l’imagerie en résonance magnétique nucléaire ou d’autres scans n’ont pas été faits, de sorte que les chercheurs ne pouvaient fournir qu’une analyse limitée des effets de cette thérapie alternative sur les animaux.

Kombucha chez l'homme—absence d’évidence

Il n’y a malheureusement pas eu d’études bien conçues pour évaluer l’impact du thé Kombucha sur la santé de l’homme. Le thé Kombucha est vanté avoir une vaste gamme d’effets bénéfiques sur les conditions de santé suivantes :

  • arthrite
  • pression artérielle plus élevée que la normale
  • cancer
  • infection au VIH

Il a aussi été prétendu que le thé Kombucha peut aussi :

  • réduire l’acné
  • éliminer les rides
  • redonner aux cheveux gris leur couleur initiale

Chose étonnante, toutes ces prétentions quant à l’effet du Kombucha sur les gens ont été clamées en l’absence d’essais cliniques.

Détails du cas

Le rapport des médecins urgentistes indique qu’il s’agit d’un jeune homme de 22 ans ayant récemment reçu un diagnostic d’infection au VIH. Il avait une numération de cellules CD4+ de 414 cellules, ne suivait aucune thérapie anti-VIH et se sentait autrement bien.

Un mois après le diagnostic, il a bu un litre de thé Kombucha non pasteurisé. Quatre heures plus tard, il développait une légère fièvre. Le lendemain il présentait les symptômes suivants :

  • frissons incontrôlés
  • souffle court
  • fièvre élevée

En raison de la détérioration de sa condition, il s’est rendu au services des urgences de l’hôpital local. Les médecins ont noté que sa tension artérielle était alarmante tant elle était élevée. Les analyses sanguines révélaient les points suivants :

  • Niveaux d’une enzyme hépatique, l’AST (aspartate aminotransférase), étaient plus élevés que la normale, suggérant des dommages au foie.
  • Son sang était devenu acide, dû à des niveaux excessifs d’acide lactique.
  • Ses reins avaient commencé à mal fonctionner et même à arrêter de fonctionner.
  • Aucune drogue récréative n’était détectée.
  • Sa numération de CD4+ avait subi une chute massive, et était tombée à 70 cellules.
  • Les médecins décrivaient son comportement comme étant « combatif et confus » et durent le mettre sous sédation.
  • Aucune bactérie, champignon ou virus n’était détecté. Cependant cela n’est pas étonnant, puisque certaines bactéries et champignons nécessitent plusieurs semaines ou mois de croissance avant d’être détectables.

Perplexe devant ces symptômes, et en l’absence de microbes détectables, son équipe médicale présuma qu’il souffrait de méningite—une inflammation des tissus qui enveloppent le cerveau et la moelle épinière. On lui prescrivit donc plusieurs antibiotiques en supposant qu’il subissait l’attaque de bactéries.

Alors que sa condition se détériorait, l’homme fut transféré à l’unité des soins intensifs de l’hôpital. Les médecins de cette unité ajoutèrent une drogue antivirale, l’acyclovir, puisque ses symptômes suggéraient une méningite virale. Il ne reçut aucun médicament antifongique lors de son séjour à l’hôpital.

Une évolution inattendue

Alors qu’il était aux soins intensifs, à la surprise de ses médecins, ses symptômes commencèrent à diminuer. Tout particulièrement, sa fièvre tomba. En deçà de deux jours, ses symptômes disparurent, son sang revint à son équilibre de pH normal et ses reins s’améliorèrent. L’hôpital lui donna son congé.

Une semaine plus tard, il revint pour observation et d’autres tests de laboratoire. Les médecins confirmèrent son rétablissement. Sa numération CD4+ avait grimpé en flèche à un peu plus de 400 cellules.

Un mois après sa visite à l’urgence, deux types de champignons s’étaient multipliés dans des cultures de son sang.

La toxicité du Kombucha

Au cours de la dernière décennie, divers rapports de toxicité associée à la consommation de Kombucha signalaient notamment :

  • acidité sévère du sang
  • dommages au foie
  • dommages musculaires
  • difficultés à respirer
  • hémorragie interne, pouvant entraîner la mort

Les médecins du jeune homme émettèrent l’avertissement suivant :

« Le thé Kombucha peut poser des risques graves pour la santé, tout particulièrement pour les personnes ayant un système immunitaire affaibli ». Bien que les médecins n’ont pas spécifié quels groupes de personnes avaient un système immunitaire affaibli, les conditions ou comportements suivants sont associés avec un système immunitaire affaibli :

  • alcoolisme
  • maladie auto-immune (maladie de Crohn, lupus, arthrite rhumatoïde)
  • être très jeune (p. ex. les bébés)
  • avoir 65 ans ou plus
  • cancer
  • maladie cardiovasculaire (crise cardiaque ou accident vasculaire cérébral)
  • diabète
  • infection au VIH
  • maladie rénale
  • maladie pulmonaire
  • usage de substances illicites

De plus, le Dr Edzard Ernst, un expert sur les thérapies complémentaires et alternatives, établi en Europe, a étudié les données relatives aux bénéfices et risques associés au thé Kombucha. Il mentionne qu’il n’y a pas suffisamment d’évidence permettant d’appuyer son usage.

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCES :

  1. Ferguson B. Statistics from a Kombucha questionnaire. Available at: http://www.kombu.de/benefits.htm. Accessed June 16, 2009.
  2. Hartmann AM, Burleson LE, Holmes AK, et al. Effects of chronic kombucha ingestion on open-field behaviors, longevity, appetitive behaviors, and organs in c57-bl/6 mice: a pilot study. Nutrition. 2000 Sep;16(9):755-61.
  3. Sunghee Kole A, Jones HD, Christensen R, et al. A case of Kombucha tea toxicity. Journal of Intensive Care Medicine. 2009 May-Jun;24(3):205-7.
  4. Ernst E. Kombucha: a systematic review of the clinical evidence. Forsch Komplementarmed Klass Naturheilkd. 2003 Apr;10(2):85-7.