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Différents points de vue sur l’accès au traitement de l’hépatite C

Si, dans une large mesure, guérir signifie que les personnes se sentent à nouveau elles-mêmes, alors le fait de considérer la personne dans son ensemble pourrait être la façon la plus efficace d’aborder la guérison. D’ailleurs, certains programmes canadiens novateurs ont adopté ce principe et tiennent compte des besoins des personnes vivant avec l’hépatite C ou celles à risque de la contracter.

Le centre de santé communautaire de South Riverdale de Toronto (SRCHC) est l’un de ces endroits où prendre soin d’un client signifie combler tous ces besoins en respectant sa situation. En tant que coordonnatrice du programme Hépatite C au SRCHC, Zoe Dodd travaille depuis huit ans avec des patients vivant avec l’hépatite C et reconnaît que la discrimination empêche parfois les personnes atteintes d’obtenir les soins qu’elles méritent : « Aucune autre maladie ne me vient à l’esprit pour laquelle les personnes atteintes doivent prouver qu’elles méritent de vivre au Canada. »

Quelques-unes des populations les plus vulnérables du Canada, soit les consommateurs de drogues injectables, les détenus, les Autochtones de tout âge et les personnes de la rue, plus précisément les jeunes, représentent la majorité (50 à 70 pour cent) du quart de millions de personnes vivant actuellement avec l’hépatite C.

Dans le but de rejoindre ces populations, South Riverdale et deux autres organismes adoptent la façon de penser suivante : Lorsque nous nous sentons le plus vulnérable et que notre bien-être est en péril — peu importe la raison ou la cause de notre affection — se faire traiter avec respect peut grandement contribuer à ce que nos besoins soient pris en charge et, en définitive, à ce que des résultats positifs s’ensuivent pour notre santé et notre bien-être. À l’aide de méthodes uniques, ces trois organismes adoptent une approche envers leurs clients qui n’est ni critique ni autoritaire, mais qui est plutôt basée sur la confiance mutuelle et les bonnes relations tout en tenant compte du contexte plus vaste de la vie de leurs clients.

À Vancouver, l'approche d'Insite repose sur le modèle de la « réduction des méfaits », épousant la philosophie non critique. Largement connu comme le seul site légal d’injection supervisée au Canada, Insite, qui reçoit jusqu’à 1 000 visites par jour, encourage véritablement ses clients à entreprendre un traitement et à recevoir des soins afin de réduire leur dépendance chronique aux drogues en leur montrant leur valeur.

Un bon exemple de cette approche, explique Darwin Fisher, coordonnateur chez Insite, est le cas d’une femme, qui, endurcie par la vie dans la rue, a d’abord fait preuve d’un comportement hostile. Cette dernière a, par la suite, commencé à reconnaître petit à petit qu’Insite offrait un endroit chaleureux et réconfortant où elle pouvait recevoir des soins, un endroit où elle pouvait en toute confiance demander de l’aide pour se loger. Aujourd’hui, la santé de cette dernière s’est considérablement améliorée et elle a même pris l’initiative de reprendre contact avec ses enfants, ce qui, selon Fisher, constitue un important indicateur que cette femme « a retrouvé son estime de soi ».

À titre d’initiative des Services communautaires de la Portland Hotel Society (PHS), Insite est « conçu pour offrir à ses utilisateurs le moins d’obstacles possible, reconnaissant que, pour les utilisateurs les plus à risque, l’accès à des soins de santé dans une clinique ou à l’urgence peut présenter de multiples difficultés », précise Fisher. « La zone de désintoxication offre aux participants des chambres individuelles, dotées de salles de bain communicantes. [C’est] un petit détail qui est très important en termes de dignité et de respect de la vie privée », surtout pour les participants vivant dans la rue.

Parmi les mesures du succès d’Insite, notons toute « visite en désintoxication ou toute démarche en vue d’améliorer son bien-être, si courte soit-elle, ce qui illustre encore davantage sa philosophie non critique à l’égard des soins apportés aux personnes vivant avec l’hépatite C ».

De l’autre côté du pays, la Hepatitis Outreach Society of Nova Scotia (HepNS), un organisme situé à Halifax, met en œuvre le principe qu’il faut développer de bonnes relations et gagner la confiance des clients à l’aide d’un « modèle axé sur les pairs ». Par le biais du projet « Spread the Word » (« Passez le mot »), les animateurs de la Société — des personnes ayant des connaissances concrètes de certaines réalités auxquelles font face leurs clients — fournissent à leurs clients de l’information précise pour que ces derniers puissent en retour transmettre l’information à leurs pairs afin d’inciter les populations à risque à se faire tester et à sensibiliser les personnes vivant avec l’hépatite C.

Lors d’ateliers, les animateurs discutent avec leurs clients de l’importance de subir des tests de dépistage ainsi que des avantages et des difficultés du traitement. L’information est d’abord transmise dans un cadre structuré, mais les clients reconnaissent invariablement que les témoignages « concrets » des animateurs sont particulièrement précieux. C’est par l’entremise de « discussions informelles que les animateurs réussissent à créer de bonnes relations avec leurs clients et à gagner leur confiance », mentionne Adam Dolliver, un animateur d’ateliers chez HepNS.

« Tes informations sont super, mais tu ne sais pas ce que c’est de vivre ma vie, tandis qu’un animateur, lui, le sait », a expliqué un participant lors d’un atelier du HepNS. Le counseling effectué par les pairs encourage non seulement l’engagement à l’égard des recommandations pour le traitement, mais il contribue aussi à accroître la participation des clients, ce qui est d’une importance cruciale pour le succès du traitement.

En Ontario, les cliniques multidisciplinaires se sont révélées particulièrement efficaces pour soigner les personnes vivant avec l’hépatite C en leur offrant un « guichet unique » où elles peuvent obtenir des soins réguliers concernant tous les aspects de leur vie. En tenant compte du contexte plus vaste de la vie d’un patient, les cliniques multidisciplinaires, comme celle du Centre de santé publique South Riverdale « reconnaissent qu’il existe certains facteurs influençant la santé d’une personne, comme la pauvreté ou le sans-abrisme », explique Dodd, qui souligne que le personnel de South Riverdale « offre même le soin des plaies et des pieds ainsi que les services d’un chiropraticien ou des cours de cuisine ».

Contrairement à d’autres centres de traitement de l’hépatite C, South Riverdale offre non seulement un traitement axé sur la réduction des méfaits, mais aborde également les autres besoins des patients, tel que les besoins en échange de seringues, en logement, en soutien de groupe ou en défense des droits. Dans un cas, le Centre a même accueilli une personne qui s’était vue refuser par son spécialiste l’accès au traitement en raison de sa consommation continue de crack. Lorsque cette dernière a eu accès à des soins, tous ses besoins ont été identifiés et abordés dès le début. Le patient a pu terminer son traitement et se débarrasser du virus de l’hépatite C. Il travaille maintenant au sein de la communauté à titre de défenseur des droits des personnes vivant avec l’hépatite C.

Ces différentes approches à l’égard du traitement et du counseling offerts aux patients connaissent du succès, car elles reposent sur un concept fondamental : « Nous devons faire en sorte que les soins de santé s’adaptent aux patients plutôt que le contraire » conclut Fisher.

Pour de plus amples renseignements sur l’hépatite C ou pour obtenir la liste des activités qui auront lieu dans votre région lors de la Journée mondiale de l’hépatite, visitez www.infohepatiteC.ca et cliquez sur le logo de la Journée mondiale de l’hépatite.