Quoi de neuf?

Une année révolutionnaire dans le domaine du traitement et de la prévention du VIH

C’est historique. C’est inspirant. Les données probantes qui n’ont cessé de s’accumuler au cours des dernières années dans le domaine du traitement et de la prévention du VIH sont si importantes que certaines personnes les ont qualifiées de révolutionnaires. Présentés lors de la conférence de la Société internationale sur le sida de cette année à Vancouver, les nouveaux renseignements que nous possédons modifient à jamais les perspectives pour la santé des personnes vivant avec le VIH, leurs partenaires et la communauté en général.

Ce que nous savons à l'heure actuelle : Il est avantageux pour les personnes vivant avec le VIH de commencer le traitement aussitôt que possible après leur diagnostic, à la fois pour leur propre santé et celle de la communauté. De nouvelles recherches nous indiquent que l’utilisation précoce et à long terme d’une thérapie antirétrovirale (TAR) par les personnes vivant avec le VIH est synonyme de meilleure santé et d’une espérance de vie presque normale. De plus, lorsque la TAR est utilisée régulièrement et correctement, la charge virale devient indétectable, et le risque de transmettre le VIH à une autre personne peut être réduit de 90 pour cent ou davantage.

Face à ces données probantes irréfutables, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a dernièrement annoncé de nouvelles lignes directrices recommandant que toute personne vivant avec le VIH commence la thérapie antirétrovirale peu importe la phase de son infection. Les autorités aux États-Unis et au Royaume-Uni ont publié des lignes directrices semblables. L’OMS a également publié de nouvelles lignes directrices basées sur des données probantes relativement aux services de dépistage du VIH, précisant que les avantages de la thérapie ne peuvent se réaliser pleinement que si les personnes vivant avec le VIH reçoivent un diagnostic.

L’OMS adhère également à l’utilisation quotidienne de la prophylaxie pré-exposition (PrEP) par voie orale pour les personnes séronégatives afin de prévenir l’infection. Des études ont démontré qu’un médicament anti-VIH, le Truvada, est très efficace pour prévenir l’infection lorsque ce dernier est pris régulièrement et correctement. Nous espérons que la disponibilité de ce médicament s'améliorera grandement. À la suite d’une campagne au mois d’avril menée par l’organisme Health Initiative for Men, basé à Vancouver, le fabriquant de Truvada, Gilead a demandé à Santé Canada d’autoriser le médicament pour qu'il soit utilisé comme PrEP au Canada, comme il l’est aux États-Unis. (Bien que nous attendions encore cette autorisation, il est tout de même possible pour les fournisseurs de soins de santé de prescrire le Truvada comme PrEP pour une « utilisation non indiquée ».)

Cette nouvelle science entraîne de très grandes répercussions sur la façon dont les intervenants font leur travail. Les intervenants peuvent donner des conseils et soutenir leurs clients à tous les stades de leur thérapie et de leur parcours de soins. Ainsi, ils partagent les bienfaits cliniques et préventifs importants liés à la TAR avec les personnes, en plus de les encourager à envisager les méthodes combinées de prévention du VIH, notamment la prophylaxie pré-exposition (PrEP), en se rappelant toujours que les condoms demeurent la pierre angulaire des efforts pour prévenir la transmission du VIH et d’autres infections transmissibles sexuellement (ITS).

Les liens entre la prévention et le traitement exigent que l'on change notre façon de penser pour fournir les programmes et les services liés au VIH. Les personnes travaillant dans le domaine de la prévention du VIH, par exemple, ne peuvent dorénavant plus penser au traitement et à la PrEP comme étant en dehors de leur champ de pratique, car on les considère maintenant comme des outils de prévention primaires. De plus, les personnes travaillant dans les milieux cliniques doivent maintenant reconnaître le rôle essentiel des organismes communautaires dans l’implication, le soutien et la rétention des clients dans les soins.

Même si la nouvelle science modifie la façon dont les intervenants effectuent leur travail, les pays ont également un rôle énorme à jouer. La stratégie nationale du Canada pour répondre à l’épidémie de VIH a été élaborée bien avant ces révélations scientifiques. Nous devons maintenant élaborer une nouvelle stratégie, comme l’ont fait de nombreux autres pays partout au monde. Le Consensus de Vancouver, lancé lors de la conférence de la Société internationale sur le sida, a posé une question très intéressante s’appliquant tant à nos leaders politiques qu’aux intervenants, à savoir : La science a permis d’offrir des solutions. La question pour le monde est la suivante : Quand les mettrons-nous en pratique?