Histoires d'hépatite C

WILLIAM

Wolfville, Nouvelle-Écosse

 

J’étais dans un centre de traitement de la dépendance et j’ai décidé de me faire tester pour l’hépatite C, le VIH et plusieurs autres choses pendant que j’y étais. J’avais été testé pour l’hépatite C une fois plusieurs mois auparavant, et le résultat était négatif. Je n’avais pas de symptômes quand j’ai passé le test (je n’en  ai toujours pas), mais j’avais utilisé des aiguilles — y compris certaines aiguilles usagées — pour m’injecter des opiacés depuis mon premier test. J’ai pensé qu’il vaudrait mieux me faire tester pendant que j’étais dans le centre de traitement, où je pouvais obtenir du soutien.

Deux semaines après avoir passé les tests, j’ai reçu un coup de fil d’un médecin qui travaillait au centre de traitement. Il m’a dit que mon test pour l’hépatite C était positif (mais j’étais négatif quant au VIH). Cela ne m’a pas beaucoup choqué, car j’avais essayé de me préparer à recevoir un résultat positif. Mais apprendre cela au téléphone était assez bouleversant.

Le médecin ne cessait de m’interrompre et n’offrait pas beaucoup de soutien. Dans un premier temps, j’étais plus préoccupé par la façon dont le médecin me traitait que par le résultat du test lui-même. J’avais l’impression qu’il était au volant, et il était clair qu’il n’essayait pas de s’assurer que j’étais correct avec la nouvelle.

Heureusement qu’il y avait d’autres gens très compatissants auprès de moi quand j’ai reçu l’appel. Mon grand-père était en visite chez nous, donc je l’ai informé immédiatement. J’en ai également parlé avec quelques membres du personnel du centre de traitement. Mon grand-père avait l’opinion que ce n’était pas une grosse affaire : tout irait bien et je m’en débarrasserais sans problème. Et, j’ai essayé de lui faire croire que j’allais bien parce que je ne voulais pas qu’il s’inquiète.

Peu de temps après, j’ai révélé la nouvelle à mes parents lorsqu’ils étaient en visite. Ils venaient me voir de temps en temps pendant que j’étais en thérapie. Il a fallu que je leur explique plein de choses au sujet de l’hépatite C après m’être renseigné moi-même, afin qu’ils ne paniquent pas. J’ai essayé de répondre à leurs questions.

 

Mon coloc et tous mes proches savent maintenant que j’ai l’hépatite C. La plupart d’entre eux ont fait face à la toxicomanie de quelqu’un ou l’ont combattue eux- mêmes, donc tout le monde me comprend bien ou connaît une personne qui a l’hépatite C. J’ai rencontré quelques personnes au centre de traitement qui ont eu l’hépatite C ou qui l’ont encore. La plupart d’entre elles n’ont pas beaucoup souffert à cause de cela. J’ai quand même entendu quelques questions étranges, surtout au sujet de la transmission. Personne ne semble savoir que l’hépatite C se transmet seulement par contact de sang à sang.

Je fais plusieurs jobs divers au centre de traitement, comme aider aux rénovations mineures et parler avec les membres de la famille des clients afin de leur expliquer comment c’est de vivre avec une dépendance. J’ai aussi commencé à faire du bénévolat chez Hep NS [Hepatitis Outreach Societyof Nova-Scotia]. Entre autres, j’ai eu l’occasion de parler aux étudiants d’un collège communautaire lorsque Hep NS leur faisait une présentation sur l’hépatite C et le VIH. Je leur ai raconté mon histoire: comment j’avais contracté l’hépatite C et comment j’essayais d’aller de l’avant.

On m’a fixé un rendez-vous avec un spécialiste du foie à Halifax, donc il faudra que je fasse à peu près deux heures de route aller-retour. J’ai l’intention de me faire traiter.

J’espère obtenir une couverture médicale pour des antiviraux à action directe (AAD), sinon je n’aurai pas les moyens de les payer.  Cependant, selon ce que j’ai entendu dire, j’ai peu de chances parce que je ne suis pas assez malade, alors qu’il faut encore être dans un assez piètre état pour être admissible à une couverture médicale. J’ai parlé à quelques personnes qui ont beaucoup plus de symptômes que moi et qui n’ont pas reçu d’AAD, donc je doute qu’on me les donne.

J’ai l’hépatite C depuis un an seulement, ce qui n’est pas typiquement assez long pour que la maladie progresse de façon importante. J’espère que la situation de l’accès changera au cours des prochaines années. Je crois comprendre que plusieurs organismes mettent des pressions afin de rendre le traitement plus abordable. [Note de la rédactrice : L’accès au traitement change rapidement. Les médicaments utilisés pour traiter l’hépatite C sont en train de devenir plus accessibles dans les provinces et territoires du Canada.]

Trouvez une personne digne de confiance à qui vous pourrez parler de votre diagnostic, qui pourra répondre à vos questions et qui vous offrira un soutien émotionnel. Il vaut mieux demander de l’aide que de vivre cela tout seul.

 

Entretemps, j’ai l’intention de faire tout mon possible pour prendre soin de mon foie et me tenir au courant de l’état de ma santé en passant des examens réguliers auprès de mon médecin de famille. On m’a suggéré plusieurs façons simples de protéger la santé de mon foie, comme éviter la cigarette et la malbouffe. De plus, comme l’acétaminophène (Tylenol) peut nuire au foie si l’on en prend trop souvent, j’évite cela aussi. Comme je suis en voie de rétablissement, je m’abstiens de consommer de l’alcool et des drogues, ce qui est très important pour la santé du foie. Et je vais continuer de voir mon spécialiste afin que je puisse faire quelque chose immédiatement si jamais la santé de mon foie commence à se détériorer.

J’essaie de rester optimiste. Je me sens en bonne santé, donc je ne m’inquiète pas trop de l’état de mon foie. Je me sens un peu découragé par rapport au système de santé et à la difficulté qu’on éprouve à faire couvrir le traitement. Pour moi, cela n’a pas de sens que l’on mette le gain financier avant le bien-être des gens.

Conseils de William

N’attendez pas! Cherchez de l’aide médicale sans tarder. Déterminez si vous êtes admissible au traitement puis faites votre choix en conséquence. Trouvez une personne digne de confiance à qui vous pourrez parler de votre diagnostic, qui pourra répondre à vos questions et qui vous offrira un soutien émotionnel. Il vaut mieux demander de l’aide que de vivre cela tout seul. 

Si vous décidez de révéler votre diagnostic à votre famille et à vos proches, assurez-vous de le faire en personne. Rassurez-les en disant que ce n’est pas la fin du monde et qu’il est possible de guérir, et essayez de répondre à leurs questions.