Histoires d'hépatite C

SAJAD

Toronto, Ontario

J’ai immigré au Canada du Pakistan en août 2015. Peu après mon arrivée, je ne me sentais pas très bien. J’ai cru d’abord que j’éprouvais peut-être de la difficulté à m’adapter à ma nouvelle vie à Toronto. J’avais toutes sortes de symptômes : un mal d’estomac, des étourdissements et la dépression. Mon plan était de voir un médecin et de me faire examiner dès que je recevrais ma carte d’assurance maladie.

J’ai attendu trois mois; c’est à peu près le délai nécessaire pour obtenir une carte OHIP pour les nouveaux arrivants en Ontario. Tout de suite après avoir reçu ma carte, je suis allé à une clinique sans rendez-vous où j’ai décrit mes symptômes au médecin. Il m’a dit : « Vous avez l’air bien, mais nous allons faire un examen complet ». Il a recommandé divers tests et j’ai découvert que j’avais l’hépatite C.

J’ignorais tout de cette maladie, donc en arrivant chez moi j’ai fait des recherches en ligne. J’ai appris qu’elle pouvait me tuer. J’étais sous le choc et consterné. Je ne pouvais comprendre comment ça m’était arrivé. Le médecin m’a expliqué et j’ai lu en ligne que le virus se transmettait par les contacts de sang à sang. Dans un premier temps, j’étais incapable de concevoir comment je l’avais contracté. Puis j’ai enfin compris : ça devait être l’intervention dentaire que j’avais subie au Pakistan juste avant de partir pour le Canada.

Dans un premier temps, j’étais incapable de concevoir comment je l’avais contracté. Puis j’ai enfin compris : ça devait être l’intervention dentaire que j’avais subie au Pakistan juste avant de partir pour le Canada.

 

J’ai parlé de mon diagnostic à mon colocataire à l’époque parce que j’étais alarmé et voulais qu’il le sache afin que ma maladie ne lui cause aucun mal. C’était mon ami. Je le connaissais d’Islamabad. Puisque son père avait souffert de la même maladie, il en avait moins peur que d’autres personnes.

Le médecin m’a dit que je ne devrais pas avoir de sexe, ce qui m’a fait me sentir comme un paria. Je ne sortais avec personne à l’époque, mais j’avais rencontré une ou deux personnes et espérais avoir plus de fréquentations. Il m’a également dit que je recevrais bientôt un coup de fil de la santé publique. Je m’inquiétais de me faire mettre en quarantaine. J’avais peur et étais triste et déprimé.

J’ai appelé mes amis les plus proches — un au Pakistan et l’autre au Royaume- Uni — pour leur en parler. Je n’ai rien dit à mes parents parce qu’ils sont âgés et je m’inquiétais de l’impact que la nouvelle pourrait avoir sur eux. J’en ai parlé à mon frère à Toronto et ensuite à mes trois autres frères et sœurs. Cela a été difficile pour eux tous, surtout mes deux sœurs, mais ils m’ont tous donné beaucoup de soutien.

 

Quand j’ai rencontré mon spécialiste du foie, j’ai éprouvé un grand soulagement. Il m’a rassuré que, vu le stade des dommages à mon foie, mon état de santé était moins inquiétant que je ne le pensais. Ils ont fait plus de tests pour déterminer la souche d’hépatite C que j’avais. J’ai appris que c’était le génotype 3, qui est plus courant parmi les Sud-Asiatiques.

Au début, le fait d’avoir l’hépatite C me dérangeait beaucoup, mais je suis devenu plus à l’aise et plus stoïque à cet égard. J’ai aussi commencé à prendre des antidépresseurs, et je me sens mieux — moins stressé, moins triste et plus motivé à propos du travail et de mes plans d’avenir.

Il y a même des jours où j’oublie complètement que j’ai l’hépatite C. J’essaie de ne pas trop y penser parce que, jusqu’à ce que je commence mon traitement, je n’y peux pas grand-chose.

À la fin de l’été dernier, on m’a testé de nouveau et déterminé que ma fibrose du foie en était probablement au stade 2. Maintenant je suis admissible à l’assurance médicaments en vertu du programme Trillium de l’Ontario. J’espère que je pourrai commencer bientôt ma médication.

Si seulement ces nouveaux traitements ne coûtaient pas si cher! J’ai dû remplir beaucoup de formulaires pour demander une couverture et j’attends encore l’approbation finale.

Il paraît que tout ira bien lorsque je commencerai la médication. Il faut que j’obtienne ce traitement. Je prends des médicaments pour d’autres problèmes de santé, donc j’ai l’habitude d’être vigilant et de prendre mes médicaments à l’heure. Mon corps est déjà une sorte de laboratoire chimique.

 

Le plus grand défi est de travailler pour le salaire minimum comme gardien de sécurité, un emploi pour lequel je dois m’exercer physiquement et rester alerte mentalement pendant de longues heures malgré l’espèce de brouillard que j’ai dans la tête. Je crois que la persistance de mes efforts pour avoir le traitement m’aide et, malgré toute la paperasse et la longue attente, je réussis à profiter le mieux possible du système médical canadien.

En attendant mon traitement, comme on m’a dit d’éviter les excès d’alcool, je ne bois plus depuis plusieurs mois. L’infirmière m’a conseillé de modifier mon alimentation et de manger plus de légumes. Il est difficile pour un mangeur de viande de devenir complètement végétarien, mais j’essaie de consommer plus de légumes.

Je n’ai personne dans ma vie ici. Mon frère qui habite Toronto est toujours occupé, et on se parle surtout au téléphone. Je vis seul depuis le départ de mon colocataire, et je ne me suis pas fait d’amis. Bien que je sois normalement très amical et que j’aie beaucoup d’amis au Pakistan, je trouve cela difficile ici. Si tu n’as pas grandi ou fait l’école ici, il est assez difficile de rencontrer du monde. Les gens sont polis, mais peu jaseurs. De plus, comme je travaille la nuit, même dans mon milieu professionnel j’ai peu d’occasions d’interagir avec les gens. C’est une vie solitaire : tu vas au travail, tu rentres, tu dors, tu manges, puis tu retournes au travail.

En tant que nouvel arrivant, je dois commencer à la case départ. Mon ancien coloc m’a dit que la première année était particulièrement difficile pour les immigrants.

Conseils de Sajad

Il existe de nombreuses sortes de médicaments pour l’hépatite C de nos jours. Les chances qu’une personne y ait accès dépendent en partie de l’ampleur de ses connaissances à ce sujet. Voilà pourquoi il est important de rester au courant des derniers progrès. De nos jours il n’est pas difficile d’obtenir les dernières nouvelles au sujet de l’hépatite C et de son traitement.