Histoires d'hépatite C

LAUREN

Première Nation Sturgeon Lake, Prince Albert, Saskatchewan

 

J’avais 16 ans et étais enceinte de mon premier fils quand j’ai appris que j’avais l’hépatite C. C’était en 2000. J’étais à l’Access Place, une clinique de Prince Albert, pour un examen prénatal. Ils ont sorti mon dossier et m’ont annoncé que j’avais contracté le virus de l’hépatite C. Je ne savais pas vraiment de quoi il s’agissait à l’époque, et cela a été choc. C’est comme si on m’avait dit que j’avais le cancer.

L’infirmière a été très compatissante. Elle m’a expliqué ce qu’était l’hépatite C, comment elle se transmettait et les effets à long terme. J’avais peur pour moi-même et mon bébé, mais les infirmières m’ont rassurée.

J’ai reçu beaucoup de soutien de ma famille. Mon père avait aussi l’hépatite C et a été très compréhensif. Il m’a dit : « Tout ira bien pour toi et ton bébé. Tu auras juste besoin de prendre soin de ton foie ».

Mes frères aînés aimaient beaucoup faire des blagues et rigoler, c’était leur façon de m’encourager et de m’empêcher de m’inquiéter.

J’ai eu mon bébé deux jours après avoir fêté mes 17 ans. Lorsque mon fils était un nourrisson, mon père était malade du diabète et se mourait. J’essayais de prendre soin de mon père et d’être une mère pour mon fils et une partenaire pour le père de mon enfant. Cela a été une période difficile pour moi. Il se passait tellement de choses que je n’étais pas vraiment capable de me concentrer sur l’hépatite C.

Vers cette époque, le père de mon bébé a commencé à s’intéresser aux drogues, et nous avons essayé Dilaudid (un opioïde). C’est ainsi que la dépendance a commencé. Nous augmentions peu à peu les doses, puis les excès ont commencé et je me suis rendu compte que j’étais incapable de tout gérer dans ma vie.

Nous avons dû demander à ma belle- famille de s’occuper de notre fils parce que notre dépendance prenait le contrôle et je ne voulais pas qu’il soit placé en famille d’accueil. Mes frères et moi avions vécu en familles d’accueil jusqu’à l’âge de 18 ans et je ne voulais pas que mon fils vive cette expérience.

Un an plus tard, en 2003, mon père, Roddy Cardinal Sr., est mort et ma vie s’est écroulée. Ma dépendance a pris le dessus, et l’objectif d’établir un foyer pour mon fils a fondu comme neige au soleil.

 

J’ai commencé à fréquenter un autre homme, et nous avons commis un cambriolage pour obtenir de l’argent pour la drogue. Nous avons été reconnus coupables et condamnés à une peine de trois ans en pénitencier fédéral.

Le jour où je suis retournée de la cour à la prison provinciale, on m’a demandé de me présenter au poste d’infirmières. L’infirmière m’a dit que mon test pour le VIH était positif. Je suis entrée dans un état de choc. J’avais peur et me sentais submergée.

La première chose que j’ai pensé à demander à l’infirmière était toute l’information qu’elle avait sur le VIH. Elle a ouvert un cartable et a sorti tout ce qu’il contenait à ce sujet.

J’avais l’impression que l’on avait ajouté une peine à vie à mes trois ans. C’est alors que la vie est devenue sérieuse pour moi.

Barb et Shelley, respectivement intervenante de soutien et infirmière chez Access Place, sont venues me voir le jour après mon diagnostic de VIH. Je me souviens que Barb m’a dit : « Tu vas t’en sortir. Nous avons hâte de travailler avec toi quand tu sortiras. » Cela m’a touchée énormément.

Après avoir été transférée au pénitencier, j’ai pris une décision : « Je vais rester en santé et faire tout mon possible pour affronter cela. Il faut que je sois présente pour mon fils ».

Quand j’étais en prison, de 2009 à 2012, je me suis inscrite à tous les programmes qu’ils offraient, comme le programme de prévention de la violence et le programme de préparation à l’emploi, et j’ai travaillé pour obtenir mon diplôme du secondaire. J’ai fait tout mon possible pour être certaine qu’une fois sortie de prison, je ne retournerais pas à la vie dans la rue à nouveau.

Un jour, l’infirmière de la prison m’a dit : « Je pense sincèrement que tu devrais suivre le cours sur les maladies infectieuses que je vais donner ». J’ai suivi le cours et, à la fin, j’ai obtenu un emploi où je soutenais les autres détenues et partageais avec elles des connaissances sur l’hépatite C, le VIH et les infections transmissibles sexuellement. J’ai été la première paire travailleuse du pénitencier pour femmes d’Edmonton.

J’ai fait ce travail pendant deux ans, et cela m’a fait énormément de bien. Je crois que cela m’a aidée à faire face à ma co-infection. J’ai essayé de la transformer en une chose positive. Si je pouvais renseigner une seule personne ou empêcher quelqu’un de contracter l’une de ces maladies, je serais heureuse.

 

Les sueurs et une cérémonie de prière et de guérison autochtone ont aidé à améliorer ma santé physique et mentale.

Je me suis beaucoup intéressée à ma culture autochtone pendant mon séjour en prison. J’ai mérité mon ballot sacré et ai reçu des enseignements des aînés au sujet de différentes médecines, comme le foin d’odeur et la sauge. J’ai également mérité mon tambour. On m’a appris à le fabriquer et à en prendre soin, et j’ai commencé à apprendre des chansons.

Les sueurs et une cérémonie de prière et de guérison autochtone ont aidé à améliorer ma santé physique et mentale. J’ai laissé aller beaucoup de deuil, de ressentiment, de colère et de douleur durant les sueurs. Je savais que je ne pouvais pas aller de l’avant sans ce lâcher-prise.

En 2010, pendant mon séjour en prison, j’ai appris que mon frère Todd était mort. Il n’avait que 28 ans. Cela a été très dur pour moi, et je me suis juré : « Je ne vais pas finir comme cela ».

Je suis sortie du pénitencier avec une perspective complètement différente par rapport à ma vie et à moi-même. Pendant que j’étais en prison, ma demande de traitement contre l’hépatite C (peg- interféron et ribavirine pendant 18 mois) a été approuvée. [Note de la rédactrice : Ce traitement a été remplacé par de nouveaux médicaments plus efficaces et plus faciles à prendre.] Nous étions neuf à suivre ce traitement, et nous vivions tous dans la même maison. Cette période a été épouvantable sur les plans physique, mental et émotionnel à cause des effets secondaires et parce que je vivais avec des gens qui souffraient des mêmes effets éprouvants.

 

Après avoir terminé mon traitement, mes tests pour l’hépatite C ont été négatifs pendant six ou sept mois, puis l’infection est revenue. Cela a été un coup dur. J’ai pleuré et étais très bouleversée.

Shelly, l’infirmière en hépatite C, m’a dit : « Ne t’en fais pas, Lauren, nous pouvons toujours essayer de te faire traiter de nouveau ». À ce moment-là de nouveaux traitements commençaient à voir le jour.

Je fais régulièrement vérifier ma fonction hépatique et mon foie est encore en bonne santé, mais je ne veux pas attendre d’en être au stade 2 de la fibrose avant de recevoir un traitement. Je veux commencer avant ça. Maintenant âgé de 16 ans, mon fils Aidan, est mon petit homme courageux depuis le début. C’est lui la raison pour laquelle j’ai continué. Maintenant, j’ai deux gars. Mon bébé Dakota a quatre ans. Ses tests pour le VIH et l’hépatite C ont tous deux été négatifs. Il est en bonne santé et heureux.

Après être sortie de prison en 2012, je suis devenue pair-mentor à la suggestion de Barb et Shelley. Cela me rend plus forte parce que cela me pousse à m’améliorer et à aider les autres. J’ai croisé aujourd’hui un vieil ami qui vient d’arrêter de consommer. Il m’a dit : « C’est bien de te voir faire ce que tu fais ». Cela m’a fait beaucoup de bien de savoir que j’établis un bon exemple pour les gens, surtout la génération plus jeune et les personnes avec que je me droguais autrefois. Cela m’a fait voir que je faisais une différence.

Conseils de Lauren

Votre vie n’est pas terminée. Vous pouvez encore être heureux et en santé. Il existe de bons traitements. 

Prenez l’hépatite C au sérieux. Comprenez que votre foie est un organe vital, comme votre cœur. Vous devez en prendre soin. 

Sachez que vous n’êtes pas seul et que d’autres personnes vivent avec l’hépatite C ou l’ont déjà eue. 

Vous avez encore une belle vie devant vous, et l’hépatite C ne devrait pas vous empêcher de faire quoi que ce soit.