Votre guide sur le traitement du VIH

Résistance médicamenteuse et tests de résistance

Dans cette annexe, nous examinons comment le VIH peut apprendre à résister aux médicaments antirétroviraux. Nous décrivons aussi les tests de laboratoire utilisés pour détecter les résistances médicamenteuses.

La résistance médicamenteuse doit son existence au fait que le VIH est un peu maladroit dans sa façon de se répliquer. Par conséquent, les nouvelles copies contiennent souvent des modifications ou mutations. Ces petites modifications dans le matériel génétique du virus provoquent des changements dans le processus d’assemblage des nouveaux virus. Certaines mutations permettent au virus de se répliquer même si des médicaments antirétroviraux sont utilisés. On appelle résistance médicamenteuse cette capacité de se répliquer en présence de médicaments antirétroviraux.

Si le VIH présent dans votre corps devient résistant à un ou à plusieurs médicaments, ces derniers cesseront d’agir. Si vous continuez de prendre ces médicaments, ils ne pourront empêcher le VIH de se répliquer et d’infecter des cellules dans votre corps. Votre charge virale augmentera et votre système immunitaire et votre corps subiront d’autres dommages. Quand cela arrive, on parle d’échec thérapeutique. Pour maîtriser de nouveau la réplication du VIH, vous choisirez probablement une combinaison de rechange avec l’aide de votre médecin, mais vous aurez moins d’options parce que vous ne pourrez jamais réutiliser un médicament auquel vous êtes déjà résistant.

La résistance à un médicament peut entraîner une résistance croisée aux autres médicaments de la même classe, même si vous ne les avez jamais pris auparavant. (Par exemple, mentionnons que la résistance croisée est très courante dans la classe des analogues non nucléosidiques; ainsi, si votre virus est résistant à la névirapine, il le sera sans doute aussi à l’éfavirenz, et l’inverse.)

Il est possible de se faire infecter par une souche du VIH qui a déjà acquis une résistance à certains médicaments. La résistance médicamenteuse peut également se produire si le taux sanguin du médicament en question est trop faible pour supprimer complètement le VIH. Cela peut arriver si vous manquez des doses ou si vous prenez vos médicaments antirétroviraux de façon irrégulière. Par contre, si vous prenez vos médicaments régulièrement, le risque de résistance est très faible. C’est la zone grise—vous prenez le médicament, mais pas en quantité suffisante—qui peut causer la résistance. D’où l’importance de prendre vos médicaments régulièrement en respectant l’heure des prises. (Pour voir des conseils et des astuces pour favoriser votre fidélité au traitement, cliquez ici.)

Il existe des tests sanguins qui permettent de déterminer si votre VIH est résistant à certains médicaments. Ces tests peuvent s’avérer utiles dans deux situations :

  • Avant de commencer le traitement—Comme les souches résistantes du VIH peuvent se transmettre d’une personne à une autre, il est possible d’être résistant à un ou à plusieurs médicaments anti-VIH même si vous n’en avez jamais pris vous-même.
  • En cas d’échec thérapeutique—L’échec est révélé par le rebond d’une charge virale antérieurement indétectable ou par l’incapacité du traitement de rendre la charge virale indétectable.

Dans un cas ou l’autre, il est logique de vouloir déterminer si votre virus est résistant à des médicaments antirétroviraux et, le cas échéant, auxquels. Au Canada, on utilise systématiquement les tests génotypiques pour détecter les résistances médicamenteuses. Ces tests reconnaissent dans le virus des mutations spécifiques qui peuvent causer la résistance à un médicament particulier.

Il existe un autre test appelé test de résistance phénotypique. Celui-ci mesure la quantité de médicament nécessaire pour désactiver un échantillon de virus : plus la quantité de médicament nécessaire est grande, plus le virus est résistant. Les tests phénotypiques ne sont pas couramment utilisés parce qu’ils sont plus difficiles à effectuer et que peu de laboratoires les font. Ces tests prennent aussi beaucoup plus de temps que les tests génotypiques et coûtent bien plus chers. Il n’y a pas de données permettant d’affirmer que l’un de ces deux tests est plus fiable que l’autre.

Les tests génotypiques et les tests phénotypiques ont tous deux des limitations. Si la quantité de virus résistant est faible, il est possible que le test soit incapable de détecter la résistance. Par conséquent, même si le test peut déterminer de façon fiable quels médicaments n’agiront pas pour vous, il ne pourra vous dire avec certitude quels médicaments seront efficaces.

Les tests de résistance sont complexes, et il vaut mieux confier l’interprétation des résultats aux médecins se spécialisant dans le traitement du VIH qui ont beaucoup d’expérience en matière de résistance virale. S’ils sont interprétés par un professionnel d’expérience qui est au courant des médicaments antirétroviraux que vous avez déjà pris, les tests de résistance peuvent être un excellent outil pour faciliter le choix des médicaments les plus susceptibles d’agir pour vous.

Lisez aussi l’article Assistance résistance dans le numéro de l’automne/hiver 2005 de Vision positive.

Comment la résistance aux médicaments antirétroviraux se développe : une histoire en images

Première partie : le VIH est une mauvaise herbe; le traitement empêche l’herbe de pousser

Le VIH est comme une mauvaise herbe aux racines profondes. Dans ces images, le traitement antirétroviral est représenté par un bloc de ciment lourd qui écrase la mauvaise herbe et l’empêche de pousser.Toutefois, le bloc ne peut détruire les racines de l’herbe. De façon semblable, le traitement antirétroviral empêche le VIH de se reproduire, mais il ne peut détruire le virus qui demeure caché dans les cellules de votre corps.

Voici un exemple :

Imaginez-vous que vous devez prendre vos médicaments antirétroviraux une seule fois par jour, à 21 h.

Le traitement antirétroviral empêche le VIH de se multiplier à l’intérieur de votre corps, tout comme un bloc de ciment qui écrase une mauvaise herbe l’empêche de pousser.

Les médicaments antirétroviraux atteignent leurs concentrations les plus fortes dans votre corps peu de temps après la prise de chaque dose; ce phénomène est représenté dans cette image par un grand bloc de ciment. Au cours des 24 prochaines heures, la quantité de médicaments antirétroviraux dans le corps diminue graduellement.

Dans notre analogie, le bloc de ciment rapetisse au cours de la nuit (3 h) et du jour suivant (9 h et 15 h).

 

La soirée suivante, à 21 h, vous prenez votre prochaine dose, et le bloc qui écrase la mauvaise herbe croît de nouveau pour retrouver ses dimensions originales (comme dans la première image sur cette page).Tant que vous continuez de prendre vos médicaments antirétroviraux à l’heure prescrite, la mauvaise herbe ne peut pas pousser.

La prise de médicaments antirétroviraux ne permet pas d’éliminer les racines de la mauvaise herbe, car le VIH demeure caché dans vos cellules.Toutefois, tant que vous prendrez vos médicaments à l’heure prescrite, votre combinaison empêchera le VIH de devenir détectable jour après jour, d’une année à l’autre.


Deuxième partie : Manquer des doses permet à la mauvaise herbe de pousser

Le traitement antirétroviral empêche la mauvaise herbe (VIH) de pousser, mais il est incapable d’en tuer les racines. Si des doses sont manquées, la « mauvaise herbe » peut recommencer à pousser.

Même s’il est important d’essayer de ne manquer aucune dose de vos médicaments, une seule dose manquée ne suffit sans doute pas à empêcher votre traitement d’agir. Lorsque vous manquez une dose, le bloc de ciment rapetisse davantage qu’il ne le devrait et donne à la mauvaise herbe une faible possibilité de pousser. Cependant, une seule dose manquée ne donne pas beaucoup de temps à l’herbe pour pousser, et la prise de votre prochaine dose devrait le priver de cette chance.

Toutefois, si vous manquez beaucoup de doses, le bloc rétrécira tellement que la mauvaise herbe pourra repousser, ce qui veut dire que le virus recommencera à faire des copies de lui-même.

Plus vous manquez de doses, plus les racines de la mauvaise herbe sont exposées, et plus le risque qu’elle repousse augmente. Dans le cas de votre traitement, plus vous manquez de doses, plus le VIH a l’occasion de se reproduire.

Si un nombre suffisant de doses sont manquées, la mauvaise herbe apprendra à pousser autour du bloc. Si cela arrive, elle continuera de pousser même si le bloc retrouve ses dimensions entières. Dans le cas de votre traitement contre le VIH, le virus deviendra résistant aux médicaments que vous prenez. Votre charge virale demeurera détectable et ce, même si vous recommencez à prendre toutes les doses de vos médicaments. Pour maîtriser de nouveau le virus, vous devrez choisir avec soin une autre combinaison.