5. Les problèmes cardiovasculaires

Un guide pratique des effets secondaires des médicaments anti-VIH

5. Les problèmes cardiovasculaires

Il est essentiel de combattre les problèmes de lipides sanguins que présentent plusieurs PVVIH sous multithérapie afin de leur offrir une protection à long terme contre les lésions artérielles et les maladies du cœur. Parmi les problèmes lipidiques éventuels, mentionnons une hausse vertigineuse du taux de triglycérides, accompagnée souvent d’une augmentation du taux de cholestérol LDL (le mauvais) et d’une baisse du taux de cholestérol HDL (le bon). De nombreux cliniciens ont observé de graves obstructions artérielles chez leurs patients sous multithérapie, lesquels souffraient d’angine (douleur près du cœur) en conséquence.

On recommande vivement aux PVVIH de faire tout leur possible pour réduire leur risque de maladie cardiovasculaire. Les mesures les plus fréquemment proposées sont les suivantes :           

  • arrêter de fumer;
  • maîtriser son stress et maintenir une tension artérielle saine;
  • manger sainement;
  • faire correctement de l’exercice;
  • s’efforcer d’abaisser ses taux de lipides sanguins;
  • s’efforcer de perdre du poids (les personnes ayant un excès de poids  important).

Il est temps de se préoccuper si :

  • votre taux de cholestérol total est supérieur à 250 mg/dl ou à  5,2 mmol/litre (unités SI) lors de plusieurs mesures; et
  • votre ratio cholestérol LDL : cholestérol HDL n’est pas favorable (le ratio varie en fonction de l’âge et du sexe – avoir plus de 40 ans et être du sexe masculin comportent des risques plus importants).

Les facteurs suivants risquent d’aggraver la situation :

  • votre taux de triglycérides est élevé;
  • vous avez des antécédents familiaux de problèmes de cholestérol ou de maladie cardiaque;
  • vous avez le diabète (voir « L’insulinorésistance et le diabète »);
  • vous fumez;
  • votre tension artérielle est constamment élevée;
  • vous faites de l’embonpoint.

Pour en savoir plus sur la nutrition et la santé du coeur, lisez « Quand la santé vous tient à coeur »  dans le numéro de l’automne/hiver 2003 du magazine Vision positive de CATIE; il suffit de visiter www.visionpositive.ca ou de composer le 1.800.263.1638 pour en obtenir un exemplaire.

Conseils pour composer avec les problèmes cardiovasculaires

D’ordinaire, lorsqu’il y a élévation des lipides sanguins, les médecins proposent des modifications alimentaires visant à réduire la consommation de matières grasses. Toutefois, l’expérience de la plupart des cliniciens et les résultats de quelques études de petite envergure laissent croire que les modifications alimentaires sont peu utiles lorsque les médicaments anti-VIH sont la principale cause du problème. Il n’empêche qu’une alimentation qui privilégie les pommes de terre frites et la crème glacée risque de contribuer à l’accumulation de graisses dans le sang. Ainsi, il peut être utile de réduire sa consommation de matières grasses et de manger davantage de fruits, de légumes et de grains entiers (surtout l’avoine) dont la teneur en fibres alimentaires solubles aide à bloquer l’absorption du cholestérol. Les produits riches en fibres alimentaires, tel le psyllium (Metamucil), pourraient également s’avérer utiles. Vous voudrez peut-être consulter une nutritionniste pour apprendre à manger sainement.

En ce qui concerne la santé cardiovasculaire en général, il est très important de réduire sa consommation de matières grasses et d’éliminer les huiles et les graisses partiellement hydrogénées de son régime alimentaire. Il s’agit de graisses chimiquement modifiées qui se trouvent dans les margarines, le shortening végétal et grand nombre de produits de boulangerie prêts à manger et de grignotines. Toute personne qui se soucie de protéger son système cardiovasculaire doit lire les étiquettes et essayer d’éviter, dans la mesure du possible, ces graisses susceptibles d’endommager les artères. Il vaut mieux privilégier les matières grasses fabriquées par Dame Nature, notamment les gras monoinsaturés comme l’huile d’olive.

Dans le cadre de plusieurs études sur les changements de médicaments, des taux de lipides qui étaient élevés lors d’un traitement fondé sur les inhibiteurs de la protéase (IP) ont baissé lorsque ces derniers furent remplacés par la névirapine (Viramune) ou l’abacavir (Ziagen, ABC). Toutefois, le fait de substituer l’efavirenz (Sustiva), un analogue non nucléosidique, à un IP ne permet pas de réduire les taux de lipides de façon régulière. Ainsi, il semble que certaines multithérapies sans IP agissent mieux que d’autres, mais des recherches plus poussées sont nécessaires pour éclairer cette question. L’important est de tenir compte des antécédents thérapeutiques de toute personne qui envisage de changer de traitement car il est possible que celle-ci ait  besoin d’un IP pour s’assurer une suppression virale continue.

Lorsque le taux de cholestérol est élevé, des médicaments susceptibles d’abaisser ce dernier – couramment appelés statines – sont souvent proposés. Plusieurs rapports font état de l’efficacité de cette famille de médicaments, mais on doit choisir son agent spécifique avec beaucoup de soin en raison du risque d’interaction avec les inhibiteurs de la protéase. Les statines empêchent la transformation chimique des graisses en cholestérol, mais certains de ces médicaments sont métabolisés par les mêmes enzymes du foie (CYP 3A4) que les IP, alors que d’autres ne le sont pas. Ainsi, le risque d’interactions nuisibles varie beaucoup selon le médicament utilisé. À l’heure actuelle, on propose le plus souvent la pravastatine et l’atorvastatine. La fluvastatine est conservée à titre de choix secondaire  et la rosuvastatine est une autre option. La lovastatine et la simvastatine sont par contre à éviter si un IP est utilisé. On doit également se méfier des interactions susceptibles de se produire avec les plantes médicinales. La cholestine, un composé anticholestérol qui fait actuellement l’objet d’une promotion énergique, agit de manière semblable aux statines et pourrait provoquer des interactions similaires. Toutes les statines réduisent drastiquement le taux de coenzyme Q10. On doit donc prendre des suppléments de cette dernière à raison de 100 à 400 mg par jour si une statine est utilisée.

Les fibrates constituent une autre famille de médicaments hypolipidémiants (qui réduisent les taux de graisses) qui pourraient être utiles contre les problèmes de lipides sanguins. Les fibrates sont considérés comme la meilleure option des personnes dont le seul taux de triglycérides est élevé (les taux de cholestérol sont normaux). De tous les fibrates sur le marché, certains estiment que le fénofibrate est préférable au gemfibrozil parce qu’il est plus facile à prendre et serait plus efficace contre le cholestérol LDL.

Parfois, les fibrates sont utilisés en association avec les statines pour accroître l’efficacité globale du traitement. Toutefois, il faut signaler que cette approche augmente le risque de toxicité musculaire, un effet secondaire des statines. Certains fibrates, dont le gemfibrozil, réduisent les taux de vitamine E et de co-enzyme Q10. Une supplémentation en vitamine E (800 UI par jour) et en co-enzyme Q10 (100 à 400 mg par jour) est donc indiquée.
 
Compte tenu du risque d’interactions, certains médecins préfèrent combattre les problèmes de lipides à l’aide de la niacine, une vitamine appartenant au complexe B. À raison de 1 000 mg par jour, celle-ci peut aider à réduire les taux de cholestérol total, de cholestérol LDL et de triglycérides. La niacine est plus efficace que les statines pour accroître le taux de cholestérol HDL, mais elle est moins efficace que ces médicaments pour abaisser le taux de cholestérol LDL.

La niacine présente cependant des inconvénients. Chez plusieurs personnes, elle provoque bouffées de chaleur, rougeurs et, plus rarement, démangeaisons et picotements douloureux dans la demi-heure suivant la prise. Sous sa forme à libération prolongée, la niacine est beaucoup moins susceptible de causer ces problèmes, notamment si on prend une aspirine pour bébés 30 minutes avant la prise de la vitamine. Il peut également être utile de la prendre au milieu d’un repas. Niaspan (comprimés de 500 mg) peut se prendre lors du déjeuner ou du souper, et le comprimé peut être divisé en deux si le dosage est trop fort. Si ce dernier est toléré mais ne suffit pas à stabiliser les taux de lipides, il peut être augmenté jusqu’à ce que de meilleurs résultats soient obtenus. Toutefois, cela accroît le risque de toxicité hépatique, le deuxième effet secondaire d’importance de la niacine. Les niveaux d’enzymes hépatiques doivent être surveillés afin de relever tout signe de toxicité. Des tests de glycémie sont également indiqués parce que la niacine est susceptible d’influer sur le taux de sucre sanguin. Cette vitamine a le potentiel d’accroître la résistance à l’insuline, donc plusieurs experts en déconseillent l’usage aux personnes sous multithérapie, lesquelles sont vulnérables à ce genre de problème. Cet avertissement s’adresse particulièrement aux patients dont le taux de sucre sanguin suscite déjà des préoccupations.

En ce qui concerne l’abaissement des taux de lipides, une autre possibilité importante réside dans la L-carnitine, un acide aminé (vendu sur ordonnance sous le nom de Carnitor). La L-carnitine n’a pas encore été évaluée à titre de traitement des problèmes associés à la multithérapie, mais une dose quotidienne de 6 000 mg s’est déjà montrée efficace pour ramener à la normale des taux de triglycérides élevés. Certains médecins ont trouvé que le fait d’associer Carnitor ou la L-acétylcarnitine à un médicament hypolipidémiant pouvait entraîner la stabilisation des taux de lipides lorsque les seuls médicaments n’y parvenaient pas. Voilà donc une approche qui mérite d’être envisagée.

Les acides gras oméga-3, qui se trouvent dans l’huile de poisson et l’huile de lin, peuvent contribuer à réduire le taux de triglycérides. La consommation de poissons gras (saumon, maquereau, sardines, thon, morue et flétan) constitue une façon délicieuse de s’assurer un apport suffisant en acides gras. Des études menées auprès de la population générale ont permis de constater une incidence réduite de maladie cardiovasculaire chez les gens qui mangeaient du poisson gras plusieurs fois par semaine. Cependant, la faculté de l’huile de poisson d’abaisser le taux de triglycérides chez les utilisateurs d’IP n’a pas encore fait l’objet d’études, donc il reste à savoir si elle a la même efficacité chez ces derniers.

Même si vous n’arrivez pas à ramener vos taux de lipides à la normale, il est important de souligner que vous pouvez réduire votre risque de maladie cardiovasculaire en associant des activités physiques régulières (aussi peu que 30 minutes d’entraînement cardiovasculaire trois fois par semaine), des suppléments nutritionnels et des techniques de réduction du stress, telle la méditation.

Les nutriments suivants pourraient contribuer à prévenir les lésions artérielles et à protéger le cœur :

  • Le magnésium (500 à 600 mg par jour), un nutriment qui fait défaut à plusieurs PVVIH, peut aider à prévenir les lésions artérielles et à protéger le cœur. Sachez toutefois qu’un surplus de magnésium peut provoquer des diarrhées.
  • Les antioxydants (vitamine E, vitamine C, bioflavonoïdes, sélénium, co-enzyme Q10, N-acétyl-cystéine [NAC] et acide alpha-lipoïque) et les vitamines B aident à prévenir les modifications chimiques qui doivent avoir lieu dans les vaisseaux et les lipides sanguins pour que les matières grasses puissent se déposer dans les parois des artères. Ces nutriments ont donc pour effet de réduire le risque de lésions. Ainsi, même si vous ne parvenez pas à régulariser complètement votre taux de cholestérol, vous pourrez empêcher celui-ci d’accroître en vous assurant un apport généreux de tous ces nutriments.

Pour plus d’information sur plusieurs des suppléments nutritionnels et vitamines mentionnés ici, lisez les feuillets de la série Supplément alimentaire de CATIE à l’adresse www.catie.ca/supple-f.nsf ou composez le 1.800.263.1638 pour en obtenir des exemplaires.

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Les signes avertisseurs d’une crise cardiaque

  • pression inconfortable, sensation de plénitude, de serrement ou de douleur au milieu de la poitrine qui dure plus de quelques minutes;
  • douleur ou engourdissement qui s’étend aux épaules, au cou, à la mâchoire ou aux bras;
  • malaise thoracique accompagné de vertige, d’évanouissement, de sueurs, de nausée ou d’essoufflement.

Les signes avertisseurs d’un accident vasculaire cérébral (AVC)

  • faiblesse ou engourdissement soudain limité à un côté du visage, à un bras ou à une jambe;
  • baisse soudaine de la vue, notamment dans un oeil;
  • perte de la parole ou difficulté à parler ou à comprendre les autres;
  • mal de tête qui survient soudainement et sans cause apparente.

Si vous présentez un de ces symptômes, appelez tout de suite votre médecin ou allez à l’urgence de l’hôpital le plus proche.