Hépatite C : Un guide détaillé

Fumer du crack de façon plus sécuritaire

Fumer de la drogue peut causer des plaies ouvertes, des brûlures ou des coupures sur les lèvres et dans la bouche. Ce genre de blessure facilite le transfert de sang vers la pipe. Si cette dernière est partagée, même une infime quantité de sang infecté suffirait à transmettre le virus de l’hépatite C. Partager comprend emprunter, prêter, passer, acheter, vendre, réutiliser, recevoir ou prendre du matériel, quel qu’il soit, qui a déjà servi à quelqu’un d’autre. Certaines personnes ont du mal à voir un lien possible entre les mots « risque » et « partager ». D’autres encore croient qu’il n’y a pas de risque tant qu’on réutilise le matériel d’un partenaire sexuel habituel (son chum ou sa blonde, par exemple). Le risque est réel, même dans ces cas-là.

Certains organismes et centres de santé communautaires concernés par la réduction des méfaits ont pris l’initiative d’assembler et de distribuer des trousses de matériel afin de fumer du crack de façon plus sécuritaire. En voici un exemple.

Grâce à la distribution de ces trousses plus sécuritaires, les consommateurs de crack courront moins de risques de partager leurs pipes ou d’utiliser des pipes cassées. Cela permet aussi à ces derniers d’entrer en contact avec des programmes de réduction des méfaits et autres services sanitaires et sociaux. C’est parfois la seule façon pour ces personnes de contacter un programme ou un organisme pour se faire aider.

Malheureusement, les trousses sécuritaires pour fabriquer une pipe à crack sûre ne sont pas disponibles partout. Vous pouvez aussi fabriquer votre propre trousse en utilisant le matériel décrit sur cette page.

Les renseignements suivants sur la réduction des méfaits sont fournis dans l’intérêt public. Ils ne consistent ni à encourager ni à cautionner la consommation ou la possession de drogues illicites. Ils visent à aider les gens à faire des choix plus sûrs en matière de consommation de drogue, dans le but de réduire la propagation de l’hépatite C et du VIH.

Les pipes en pyrex et les tiges en verre

Les pipes faites de plastique ou de cuivre ou fabriquées à partir de canettes sont dangereuses, parce que des vapeurs toxiques sont libérées lorsque le matériel est chauffé ou brûlé. Les pipes en verre minces, telles que les ampoules électriques ou les seringues, se brisent facilement et peuvent causer des coupures. Les pipes en pyrex sont les plus sûres, parce qu’elles ne se dégradent pas lorsqu’elles sont chauffées et qu’elles conduisent moins de chaleur que les autres matériaux. Les brûlures sont donc moins fréquentes.

Vous pouvez éviter les brûlures sur les lèvres en mettant l’allumette ou le briquet à côté de la tige en verre et sans contact direct. En faisant courir la flamme de haut en bas le long de la tige au lieu de la maintenir au même endroit, vous ferez fondre le crack sans trop chauffer la tige.

La grille métallique

Les grilles en cuivre sont plus sûres que les tampons de laine d’acier ou Brillo. Pour empêcher que la grille sorte de la pipe et soit inspirée dans la gorge, entraînant un risque d’étouffement, il faut rouler serré cinq ou six grilles ensemble et les insérer dans la tige en verre à l’aide d’une baguette, afin qu’elles soient bien en place. Comme les grilles, une fois chauffées, risquent de glisser hors de la pipe, il faut les remplacer périodiquement afin de prévenir les étouffements. Les tampons de laine d’acier et les Brillo ne sont ni aussi sécuritaires ni aussi efficaces, parce qu’ils ont tendance à se désintégrer lorsque la fumée du crack est inhalée. Ces particules risquent alors de se retrouver sur les lèvres (causant plaies et brûlures) ou d’être aspirées dans la gorge et les poumons (où elles provoqueront d’autres dommages).

L’embout

Afin de prévenir les brûlures, isolez le bout de la pipe à l’aide d’un embout en caoutchouc ou en plastique. Les embouts pourront varier en longueur et en largeur pour mieux s’adapter à la taille de la tige en verre. Vous pouvez aussi fabriquer votre propre embout en utilisant des élastiques, un morceau de ruban isolant (chatterton), ou une pochette d’allumettes cartonnée vide.

Autre matériel utile pour fumer de la drogue de façon plus sécuritaire :

  • Du baume pour les lèvres à base de vitamine E, pour protéger et guérir les lèvres gercées ou fendillées.
  • Des tampons d’alcool et des lingettes pour nettoyer les mains et le matériel avant de l’utiliser. Ces pratiques sanitaires évitent que les bactéries et germes de l’environnement ne pénètrent dans l’organisme.
  • Des poussoirs en bois (tels que baguettes asiatiques ou bâtonnets à brochette) pour enfoncer fermement les grilles métalliques au fond de la tige de la pipe et éviter qu’elles ne se délogent. Les poussoirs en métal (tels que cintre ou tournevis) ébrèchent ou fendillent la tige, ce qui peut causer des plaies dans la bouche. Les poussoirs en plastique (tels que stylo ou seringue) ont tendance à fondre à l’intérieur de la pipe.
  • Des briquets, afin que chaque personne puisse faire chauffer sa propre pipe. Le risque de partager une pipe avec quelqu’un d’autre est plus grand si la personne ne possède pas sa propre source de chaleur.
  • De la gomme à mâcher, afin d’éviter le trismus (lockjaw) et assurer l’hydratation de la bouche.

Les risques associés à fumer de la drogue

Le fait de fumer de la drogue entraîne ses propres risques. En évitant les risques classiques associés à l’injection de drogues, comme l’endommagement des veines et l’hépatite C, fumer de la drogue engendre des problèmes respiratoires, comme l’essoufflement, la toux chronique, les douleurs thoraciques, l’asthme, la bronchite et la pneumonie. Vous pouvez essayer d’éviter ces problèmes de santé en utilisant des grilles en cuivre plutôt que des tampons de laine d’acier ou du Brillo. Vous pouvez aussi utiliser des tiges en pyrex plutôt que des canettes de boisson ou des bouteilles en plastique. 

Bien que le partage des mêmes pipes comporte moins de risques que le partage du matériel d’injection, on peut néanmoins contracter des maladies comme des ITS, le VIH et la tuberculose.

Le sexe et les drogues

Puisque la consommation de drogues comme le crack et le crystal meth peut augmenter la libido ou favoriser la passivité sur le plan sexuel, elle accroît le risque que l’on ait des relations sexuelles non protégées et donc, le risque de propager l’hépatite C entre partenaires. La présence de plaies ouvertes sur la bouche ou les lèvres facilite la transmission de l’hépatite C lors de relations orales. Lorsqu’on consomme du crack, il est important d’avoir avec soi des condoms, des digues dentaires et du lubrifiant. Ce matériel est souvent fourni dans les trousses distribuées par les programmes d’échange de seringues afin de promouvoir une consommation plus sécuritaire du crack.

Il semble avisé de mener de front l’éducation sur le sécurisexe et l’éducation pour une consommation de drogues plus sécuritaire.

Se préparer à consommer

En planifiant la dose qu’on veut consommer et en s’imposant des limites, il est possible de réduire certains dangers associés à la consommation et, surtout, à la surconsommation de drogue. Si l’on paie son loyer, son épicerie et ses autres factures avant d’acheter sa drogue, on peut s’éviter des ennuis financiers.

À la suite d’une période de surconsommation, les gens ont souvent très faim et très sommeil. Il est donc important qu’ils aient prévu d’avoir de la nourriture à portée de la main et un endroit sûr où dormir.