Un guide pratique pour un corps en santé pour les personnes vivant avec le VIH

La santé du cerveau

Vieillir en santé inclut nécessairement le maintien d’une bonne santé cérébrale. Depuis que les thérapies antirétrovirales efficaces sont largement accessibles, la démence liée au VIH, soit la détérioration grave de la fonction mentale qui affligeait autrefois de nombreuses personnes séropositives, est rarement diagnostiquée de nos jours. Cependant, les formes plus légères de déficience cognitive demeurent courantes parmi les personnes vivant avec le VIH. Or, grâce à la poursuite de la recherche, nous en apprenons de plus en plus sur les moyens de minimiser les effets exercés par le VIH sur le cerveau.

Le terme troubles neurocognitifs liés au VIH regroupe une gamme de problèmes différents, dont les suivants :

  • Déficience neurocognitive asymptomatique – De nombreuses personnes ayant un trouble neurocognitif lié au VIH obtiennent des scores bien inférieurs aux attentes lors des tests neuropsychologiques formels, mais elles n’éprouvent aucun symptôme remarquable, et leur quotidien ne semble pas touché.
  • Déficience neurocognitive légère – Certaines personnes ayant un trouble neurocognitif lié au VIH éprouvent des problèmes légers ou modérés en ce qui concerne la pensée, la mémoire, l’humeur et/ou la coordination et la fonction physiques. Les symptômes peuvent inclure les suivants : l’incapacité de se rappeler de choses récemment entendues, lues ou vues; la difficulté à se souvenir d’incidents passés ou de faits autrefois connus; la difficulté à apprendre de nouvelles choses ou à résoudre les problèmes; la confusion; la dépression ou l’anxiété; les problèmes d’attention; l’affaiblissement des réflexes; un sentiment de « brouillard cérébral » ou de flou mental.
  • Démence liée au VIH – Il s’agit du trouble neurocognitif lié au VIH le plus grave et le plus rare. Chez les personnes souffrant de démence liée au VIH, le déclin de la fonction cérébrale compromet considérablement les activités quotidiennes et la qualité de vie.

Le nombre précis de personnes séropositives vivant avec un trouble neurocognitif lié au VIH au Canada n’est pas clair, mais les estimations varient entre 15 et 50 pour cent. La vaste majorité des personnes atteintes ont une déficience neurocognitive asymptomatique ou légère.

Facteurs de risque de troubles neurocognitifs

Les troubles neurocognitifs liés au VIH ne sont pas totalement compris, mais on les attribue généralement à une combinaison de deux facteurs : l’endommagement des cellules cérébrales causé par l’inflammation chronique et l’affaiblissement du système immunitaire qui laisse les cellules nerveuses sans protection. Outre les effets que le VIH exerce sur le cerveau, il existe de nombreux autres facteurs qui peuvent causer ou contribuer aux déficiences neurocognitives, dont les suivants :

  • vieillissement
  • dépression
  • commotion cérébrale
  • consommation d’alcool
  • maladie cardiovasculaire, hépatite C, diabète ou maladie thyroïdienne
  • carence en vitamine B1 et B12
  • usage de drogues, telles que la cocaïne, le crystal meth, l’héroïne, l’ecstasy, le LSD et les inhalants
  • affections neurologiques comme l’épilepsie et la sclérose en plaques
  • troubles d’apprentissage

Diagnostiquer les troubles neurocognitifs

Diagnostiquer les troubles neurocognitifs liés au VIH peut comporter de nombreux défis. Plusieurs des tests diagnostiques utilisés prennent beaucoup de temps, et votre médecin risque de ne pas disposer des ressources nécessaires pour les faire. Cependant, grâce à l’attention croissante portée à cette maladie par les chercheurs et les professionnels de la santé, un nombre de tests de dépistage plus faciles à faire passer ont été développés. La liste inclut l’Échelle de démence liée au VIH, un outil en cinq questions utilisé pour détecter à la fois les cas légers et graves de déficience, l’Évaluation cognitive de Montréal (MoCA), conçue pour faciliter la détection des déficiences cognitives légères et l’Échelle internationale d’évaluation de la démence liée au VIH, dont l’usage a été validé au sein de milieux culturels différents, mais non pour le dépistage des cas légers de troubles neurocognitifs liés au VIH.

Si vous vivez avec le VIH et êtes préoccupé par les changements d’ordre mental que vous éprouvez, la première étape consiste à consulter votre médecin afin d’exclure d’autres affections susceptibles de causer des symptômes que certains associent par erreur à un trouble neurocognitif lié au VIH. Les affections en question incluent la dépression, l’anxiété, l’hépatite B ou C, la consommation de drogues ou d’alcool, les maladies cardiovasculaires, le prédiabète et le diabète, la carence en vitamine B12 et l’hypothyroïdie, ainsi que les effets secondaires de certains antirétroviraux, tels que l’éfavirenz (vendu sous le nom de Sustiva et également présent dans la coformulation Atripla) et les stupéfiants. En écartant ces autres causes possibles, on peut établir la probabilité d’un trouble neurocognitif lié au VIH et la nécessité de tests diagnostiques. Si l’un ou plusieurs de ces autres facteurs est à l’origine des changements mentaux, le fait de s’y attaquer pourra aider à atténuer ou même à éliminer le problème neurocognitif.

Si vous vous inquiétez de l’état de votre mémoire ou de votre santé cognitive, il peut être utile de noter vos problèmes, ainsi que leur fréquence, dans un journal afin que vous puissiez en parler à votre médecin. Si vos proches ou d’autres personnes vous signalent des symptômes qu’ils ont observés, vous souhaiterez peut-être aussi les noter. Plus vous pourrez donner de renseignements à votre médecin, plus vous serez en mesure de résoudre ensemble le problème.

Réduire les risques et minimiser les symptômes

Heureusement, il existe des mesures que vous pouvez prendre pour aider à prévenir les symptômes mentionnés ci-dessus ou, si vous éprouvez déjà des symptômes, pour les minimiser ou les empêcher de s’aggraver.

Prenez vos médicaments anti-VIH

La thérapie antirétrovirale (TAR) réduit très considérablement le risque d’éprouver les types de déficience neurocognitive liée au VIH les plus graves. Depuis l’introduction à grande échelle de la TAR puissante, les taux de démence liée au VIH ont chuté vertigineusement au Canada et dans les autres pays à revenu élevé. Les personnes ayant une charge virale indétectable sont beaucoup moins susceptibles de souffrir de démence associée au VIH ou de voir leurs symptômes s’aggraver si elles sont déjà atteintes. Il semble que l’inclusion d’au moins un antirétroviral capable de pénétrer la barrière hémato-encéphalique (sang-cerveau) dans son régime anti-VIH aide à protéger le cerveau. (Dans le tableau ci-dessous, les médicaments anti-VIH sont classés selon leur capacité de pénétrer la barrière sang-cerveau.)

Pénétration de la barrière sang-cerveau par les médicaments anti-VIH

 

Extremement supérieur à la moyenne

Supérieur à
la moyenne

Moyen

Inférieur à
la moyenne

Analogues nucléosidiques (INTI)

AZT

abacavir
emtricitabine

ddI
3TC
d4T

ténofovir
zalcitabine

Analogues non nucléosidiques (INNTI)

névirapine

delavirdine
éfavirenz
étravirine

rilpivirine

 

Inhibiteurs de la protéase (IP)

indinavir potentialisé

lopinavir potentialisé
darunavir potentialisé
fosamprénavir potentialisé
indinavir

atazanavir potentialisé
atazanavir
fosamprénavir

nelfinavir
ritonavir
saquinavir
saquinavir potentialisé tipranavir potentialisé

Inhibiteurs de l’intégrase

dolutégravir

raltégravir

elvitégravir

 

Inhibiteurs de l’entrée/fusion

 

maraviroc

 

T-20

Communication personnelle, Scott Letendre, 2016.

Réduisez l’inflammation

Puisque l’inflammation dans le cerveau semble être une importante cause sous-jacente des troubles neurocognitifs liés au VIH, il est important de la contrer.

L’hépatite B ou C chronique peut également causer de l’inflammation dans le cerveau. Il existe maintenant des traitements efficaces contre l’hépatite B qui rendent possible la suppression à long terme du virus. Il existe aussi de nouveaux traitements contre l’hépatite C qui peuvent guérir le virus. Il est donc possible de traiter efficacement l’hépatite C et de l’éliminer probablement comme source d’inflammation. Si vous avez l’hépatite B ou C, assurez-vous de parler à votre médecin de vos options de traitement.

Comme les maladies cardiovasculaires et l’insuffisance rénale chronique sont également susceptibles de causer de l’inflammation cérébrale, il faut traiter ces affections le plus efficacement possible.

Augmentez votre taux de vitamine B12

La vitamine B12 est importante pour maintenir une bonne fonction cérébrale. Une carence grave et prolongée en vitamine B12 peut causer des pertes de mémoire, la confusion, la paranoïa, la tristesse, la dépression, des tremblements, une démarche instable, des chutes et même l’incapacité de communiquer correctement. (Plusieurs de ces symptômes s’observent aussi chez les personnes atteintes de démence liée au VIH.)

Durant le stade précoce de la carence en vitamine B12, il est presque toujours possible de résoudre complètement le problème. Les suppléments de vitamine B12 permettent souvent d’améliorer la fonction mentale des personnes vivant avec le VIH. La recherche a toutefois montré que certains des dommages causés par le manque de vitamine B12 devenaient irréversibles si le traitement de la carence ne commençait pas à temps. Ainsi, si vous éprouvez des trous de mémoire inhabituels ou d’autres symptômes d’une fonction mentale en déclin, parlez à votre médecin ou à un diététiste des façons de vous assurer un apport suffisant en vitamine B12 et, si nécessaire, de commencer à prendre des suppléments de vitamine B12.

Maintenez des taux d’hormones thyroïdiennes sains

Une thyroïde léthargique (une affection appelée hypothyroïdie) peut causer une espèce de « brouillard cérébral » qui ressemble étroitement aux symptômes neurocognitifs signalés par de nombreuses personnes ayant le VIH. Il est donc important de vous faire tester pour déterminer si l’hypothyroïdie contribue à vos symptômes neurocognitifs. Si cela est indiqué, votre médecin devrait vérifier régulièrement votre taux de TSH (thyréostimuline, indice indirect de la fonction thyroïdienne) et d’hormones thyroïdiennes (surtout les taux de T3 et de T4 libres). Si vos résultats révèlent des insuffisances, une hormonothérapie de remplacement pourrait aider à restaurer votre énergie et votre fonction mentales et à dissiper le sentiment de brouillard cérébral.

Prenez soin de votre bien-être émotionnel

Puisque les personnes souffrant de dépression ou d’anxiété peuvent éprouver de la fatigue mentale ou des perturbations de leur fonction mentale, il est parfois possible d’améliorer les symptômes neurocognitifs en traitant la dépression et l’anxiété. De plus, la dépression et l’anxiété chroniques sont associées à une augmentation de l’inflammation cérébrale, laquelle est considérée comme l’une des causes sous-jacentes des troubles neurocognitifs liés au VIH. La prise en charge de la dépression et d’autres problèmes de santé mentale peut donc aussi s’avérer utile pour réduire l’inflammation.

Un professionnel de la santé attentif devrait être en mesure de travailler avec vous pour reconnaître le problème, en déterminer la cause et trouver les moyens d’y faire face. Notons que la dépression peut être causée par un faible taux de testostérone chez les personnes vivant avec le VIH, surtout les hommes.

La carence en vitamine D, courante chez les personnes vivant avec le VIH, peut contribuer à la dépression, surtout en hiver. Les troubles affectifs saisonniers (TAS) qui touchent de nombreuses personnes pendant l’hiver peuvent être le résultat d’une carence en vitamine D. Parlez à votre médecin de la possibilité de faire mesurer votre taux de vitamine D et de la pertinence de prendre des suppléments pour le faire augmenter. Grâce à une supplémentation appropriée, il est habituellement possible d’atténuer la dépression et d’autres problèmes associés à une carence en vitamine D.

Adoptez un mode de vie sain

Un mode de vie sain aide à protéger le cerveau de nombreuses façons :

  • Avoir un régime alimentaire nutritif fournit les nutriments nécessaires à une santé cérébrale optimale. La liste inclut les vitamines B, les acides gras oméga-3, le zinc et d’autres minéraux.
  • Faire de l’exercice régulièrement aide à maintenir une bonne condition cérébrale en augmentant le flux d’oxygène vers le cerveau et en protégeant la santé des neurones.
  • Maintenir un poids santé et ne pas fumer peuvent aider à minimiser le risque de maladies vasculaires.
  • Limiter sa consommation d’alcool et de drogues peut aider à minimiser ou à prévenir les problèmes neurocognitifs.
  • Stimuler son cerveau — en apprenant une nouvelle langue ou un instrument de musique, en faisant des casse-tête ou des jeux de mémoire — peut aider à  protéger sa matière grise.
  • Rester en contact peut aussi aider! Prendre le temps de faire des activités avec vos amis, faire du bénévolat pour un organisme sans but lucratif ou une campagne politique, se joindre un groupe d’entraînement physique ou de randonnée pédestre ou se renseigner sur les groupes de soutien organisés par votre organisme local de lutte contre le VIH ou de santé communautaire… Les interactions avec les autres peuvent contribuer au maintien d’une bonne santé mentale.

Pour connaître les défis cognitifs de la survivante à long terme Maggie Atkinson et ce qu'elle a appris pour protéger son cerveau, lisez « Témoignage d'une tête forte » du numéro hiver 2010 de Vision positive.