La nutrition contre les lipides sanguins
En bref:
De plus en plus, on observe des niveaux élevés de lipides (cholestérol et triglycérides) chez les personnes vivant avec le VIH/sida (PVVIH/sida) qui suivent une multithérapie antirétrovirale, notamment si celle-ci comporte un inhibiteur de la protéase (IP). Si vous êtes dans une telle situation, il est possible que des modifications de votre mode de vie, telles qu'une meilleure alimentation, des exercices réguliers et la prise de suppléments nutritionnels, puissent contribuer à réduire les niveaux de lipides dans votre sang.
Qu'est-ce qu'un taux lipidique élevé?
Lorsque les niveaux sanguins de lipides (graisses), tels les triglycérides et le cholestérol, sont supérieurs à la normale, on parle d'hyperlipidémie. Cette affection est dangereuse pour la santé parce qu'elle augmente le risque de maladies cardiovasculaires telles que l'athérosclérose (durcissement des artères), les crises cardiaques et les accidents cérébrovasculaires. De plus, lorsqu'ils sont présents en grandes quantités, ces lipides sont sujets à des dommages causés par un processus appelé oxydation. Signalons que les lipides oxydés peuvent affaiblir le système immunitaire.
Symptômes
Souvent, l'hyperlipidémie ne provoque aucun symptôme. Dans les cas d'hyperlipidémie grave ou chronique, des nodules de couleur jaunâtre peuvent apparaître sur la peau près des yeux, des coudes ou sur d'autres parties du corps. Ces nodules s'appellent des xanthomes ou des xanthélasmas.
Analyses sanguines
Pour déceler la présence de taux lipidiques élevés, votre médecin effectuera une série d'analyses sanguines afin d'établir votre bilan lipidique. Ce dernier mesure les taux de diverses graisses dans votre sang dont le cholestérol HDL (le « bon »), le cholestérol LDL (le « mauvais »), le cholestérol total et les triglycérides.
Un programme visant la maîtrise des lipides
Selon les résultats de votre bilan lipidique, il est possible que votre médecin vous prescrive des médicaments hypolipidémiants (qui réduisent les niveaux de lipides) tels que Zocor (simvastatine) et Lipitor (artovastatine). Si votre médecin estime que votre état actuel ne justifie pas un traitement pharmaceutique, il est possible que les conseils suivants vous soient utiles.
Aliments et exercices
L'alimentation, l'activité physique et la gestion du stress peuvent tous contribuer à réduire vos taux de lipides sanguins. Une alimentation pauvre en matières grasses (moins de 30 % de toutes les calories ingérées) est de rigueur. Tâchez de mettre l'accent sur la consommation de graisses non saturées de source végétale, notamment l'huile d'olive extra vierge. Les graisses animales devraient être minimisées et les graisses hydrogénées, comme celles se trouvant dans la margarine et les aliments transformés, sont à éviter. Une augmentation de l'apport en fibres alimentaires sous forme de fruits, de légumes, de grains entiers et de légumineuses peut être utile pour réduire le cholestérol. Le sucre raffiné est à limiter parce qu'une consommation importante de sucre peut accroître les niveaux de triglycérides et de cholestérol. Souvent, le respect de ces lignes directrices alimentaires et la pratique régulière d'exercices d'aérobie réduisent les taux lipidiques de 10 % à 30 %. La maîtrise du stress par le biais de l'exercice, du yoga ou de la méditation peut également réduire les taux lipidiques ainsi que la pression artérielle.
Suppléments nutritionnels
En plus des médicaments hypolipidémiants, certaines PVVIH/sida ont recours à des suppléments alimentaires pour réduire les niveaux de lipides dans leur sang. Le choix d'un supplément convenable devrait se faire en collaboration avec un professionnel de la santé, tel qu'un naturopathe licencié ou un médecin.
L'usage de médicaments antirétroviraux tels les inhibiteurs de la protéase, les analogues nucléosidiques et les analogues non nucléosidiques peut accroître les besoins nutritionnels de l'organisme, notamment en L-carnitine et en cuivre, lesquels sont essentiels au métabolisme des graisses. Les PVVIH/sida qui souffrent d'hyperlipidémie en raison de l'usage d'antirétroviraux devraient envisager des suppléments de ces nutriments avant d'en essayer d'autres.
Carnitine
La carnitine est un acide aminé qui a pour rôle de transporter les graisses vers un endroit où elles peuvent être « brûlées » comme source d'énergie. Une carence en carnitine peut entraîner une élévation des taux lipidiques, une dysfonction hépatique et des problèmes de glycémie (taux de sucre dans le sang). Les suppléments de carnitine pourraient aider à réduire les taux de cholestérol total et de triglycérides tout en augmentant le taux de cholestérol HDL (le « bon »). La carnitine est offerte sous forme de capsules et, comme les autres acides aminés, ne devrait pas se prendre avec des aliments. Un peu de jus de fruit pourrait toutefois aider l'organisme à absorber la carnitine. Pour plus d'information sur la carnitine, consultez le feuillet d'information de CATIE sur la L-acétyl-carnitine et la L-carnitine. Le fabricant de la carnitine, la société Sigma-Tau, recommande une dose quotidienne de un à trois grammes.
Cuivre
Des taux élevés de triglycérides et de cholestérol s'observent autant chez les personnes carencées en cuivre que chez gens qui présentent un surplus de ce minéral. Il est possible que de légères carences en cuivre soient fréquentes chez la population d'Amérique du Nord parce que notre alimentation habituelle n'en fournit pas l'apport quotidien recommandé. Les médicaments antirétroviraux risquent de provoquer une perte de cuivre dans l'organisme. Cependant, les PVVIH/sida sous thérapie antirétrovirale ne devraient pas présumer qu'elles souffrent d'une carence pour autant, et une vérification du taux de cuivre est à faire avant qu'elles commencent à prendre des suppléments. Pour évaluer les taux de cuivre, on a recours à des tests qui mesurent la quantité de ce métal dans le sang, notamment dans les globules rouges, ainsi qu'à l'analyse des cheveux. Il importe de noter que les patients atteints d'hyperlipidémie présentent souvent un taux élevé de cuivre dans le sang. Pourtant, le niveau de cuivre dans le sang n'est pas un indice fiable de la quantité de cuivre stockée dans des organes comme le foie. Il est donc probable que le taux de cuivre dans les globules rouges est un meilleur indicateur de ce qui se passe dans l'organisme en ce qui concerne ce minéral.
Rappelons que le zinc a pour effet d'entraver l'absorption du cuivre, donc ces deux minéraux ne devraient pas se prendre en même temps. De plus, l'absorption d'une grande quantité de zinc sous forme de suppléments peut provoquer une carence en cuivre. Les PVVIH/sida qui prennent des suppléments de zinc pour stimuler leur système immunitaire devraient donc envisager de prendre des suppléments de cuivre à faible dose aussi. Pour plus d'information sur le zinc et le cuivre, consultez le feuillet d'information de CATIE. La majorité des PVVIH/sida qui ont recours aux suppléments de cuivre en prennent entre 2 mg et 4 mg par jour.
Niacine
On sait que la niacine, ou vitamine B3, a la faculté de réduire le cholestérol total, le cholestérol LDL et les triglycérides et d'augmenter le taux de cholestérol HDL chez les personnes vivant avec le VIH. Malheureusement, lorsqu'elle est prise à la dose nécessaire pour réduire les taux lipidiques, la niacine peut provoquer un effet secondaire désagréable et bien connu, soit des bouffées de chaleur au visage, qui surviennent dans les 20 à 30 minutes suivant l'ingestion. C'est pour cette raison que l'on a mis au point des formulations de niacine dites à libération prolongée. Cependant, ces formulations se sont révélées toxiques pour le foie et devraient donc être évitées. La niacinamide est une autre forme de vitamine B3 qui ne provoque pas de rougeurs au visage, mais elle est inefficace contre les taux lipidiques élevés. À l'heure actuelle, la forme la plus sécuritaire de la niacine est l'héxaniacinate d'inositol. Cette dernière est mieux tolérée - elle ne cause pas de rougeurs – mais elle est considérablement plus chère. Signalons que les rougeurs qui surviennent à la suite d'une prise de niacine s'estompent habituellement après quelques doses. Il est important de respecter le dosage recommandé et de ne pas le réduire car cela risque de prolonger les rougeurs.
Dans le cadre d'un régime conçu pour réduire les taux lipidiques, certaines PVVIH/sida commencent par la prise de 100 mg de niacine trois fois par jour avec des aliments. Elles augmentent ensuite le dosage de 100 mg, trois fois par jour, jusqu'à un maximum de 1000 mg trois par jour. Quelle que soit la forme de niacine utilisée, un contrôle de la fonction hépatique au moyen d'analyses sanguines aux trois mois est utile.
Il est important de signaler la possibilité d'interactions entre la niacine et les médicaments prescrits pour réduire les niveaux de lipides. Les PVVIH/sida qui souhaitent utiliser de la niacine et qui reçoivent déjà des médicaments hypolipidémiants devraient le faire sous la supervision d'un professionnel de la santé.
Vitamine B6
La pantethine est la forme active de l'acide pantothénique, également appelé vitamine B6. Il se peut que la pantethine soit utile pour abaisser les taux lipidiques sanguins supérieurs à la normale. En fait, les recherches ont permis de constater des baisses importantes des taux de cholestérol total, de cholestérol LDL et de triglycérides sous l'effet de la pantethine. Signalons toutefois que seule la pantethine – et non pas l'acide pantothénique - est utile à cet égard. La posologie standard est de 300 mg trois par jour avec les repas. À ce rythme, la pantethine peut mettre jusqu'à quatre mois à exercer son effet sur les taux lipidiques sanguins.
Acides gras oméga-3
Les acides gras oméga-3 sont des nutriments dont la faculté de réduire les taux de cholestérol et de triglycérides est bien connue. Ces acides gras se trouvent dans les graines de lin et dans l'huile de plusieurs poissons qui vivent dans les eaux profondes et froides tels que le saumon, la morue, le maquereau, le thon, le flétan, le hareng et la sardine. Bien que les huiles de poisson soient offertes sous forme de capsules, ces dernières peuvent renfermer une grande quantité de graisses rances qui risquent d'accroître les taux lipidiques dans le sang. Il est donc probable que la consommation de trois portions de poisson d'eau froide par semaine est plus souhaitable. Les suppléments de l'huile de lin sont également une excellente source d'acides gras oméga-3. Les PVVIH/sida en prennent habituellement trois cuillerées à thé de la forme liquide par jour ou la dose équivalente en capsules. L'huile de lin doit être conservée dans le frigo.
Chrome
Le chrome est un élément trace essentiel au métabolisme des lipides et du glucose et à la régulation de l'insuline. On a démontré que les suppléments de chrome réduisent les taux sériques de triglycérides, de cholestérol total et de cholestérol LDL tout en augmentant le taux de cholestérol HDL. Ce nutriment pourrait s'avérer particulièrement utile pour les personnes chez qui la hausse des taux lipidiques est attribuable à un niveau élevé de sucre sanguin. Nous savons, effectivement, que le chrome a la faculté de stabiliser le taux de sucre dans le sang. Les recherches ont montré que le chrome est particulièrement utile lorsque utilisé en association avec la niacine; de fait, les PVVIH/sida qui utilisent du chrome peuvent réduire leur dose de niacine. Le picolinate de chrome est considéré comme la forme la plus utile de ce supplément. Certaines PVVIH/sida prennent jusqu'à 200 microgrammes (mcg) de chrome par jour.
Vitamine E
Les antioxydants jouent un rôle crucial dans la prise en charge de l'hyperlipidémie. La vitamine E est un antioxydant qui procure une protection importante contre l'oxydation du cholestérol LDL. Il se peut aussi qu'elle contribue à augmenter le taux du « bon » cholestérol (HDL) dans le sang. Ainsi, bien qu'elle n'ait pas d'effet direct sur les taux de lipides, la vitamine E pourrait aider à prévenir les méfaits de l'hyperlipidémie en empêchant l'oxydation des graisses sanguines. La majorité des PVVIH/sida qui utilisent ce supplément en prennent entre 400 UI (unités internationales) et 800 UI par jour. Mise en garde : Les PVVIH/sida qui prennent le médicament anti-VIH amprénavir (Agenerase) ne devraient pas prendre des suppléments de vitamine E parce que ce médicament renferme déjà une grande quantité de cette vitamine.
Autres antioxydants
Le recours à d'autres antioxydants – les caroténoïdes mixtes (alpha-carotène, bêta-carotène, lycopène), la vitamine C et le sélénium – peut contribuer à prévenir le rancissement et l'oxydation des graisses. Il s'agit-là d'une propriété essentielle, car l'oxydation des graisses est considérée comme un important facteur de risque d'athérosclérose. Il est possible qu'une combinaison d'antioxydants offre une meilleure protection que n'importe quel nutriment utilisé seul. Les suppléments d'antioxydants sont faciles à trouver et pourraient être efficaces chez toutes les personnes atteintes d'hyperlipidémie. Les PVVIH/sida qui courent un risque élevé de maladie cardiovasculaire pourraient profiter du régime antioxydant suivant :
- vitamine C – 1 à 3 grammes par jour
- caroténoïdes mixtes – équivalent d'environ 25 000 UI de vitamine A
- sélénium – 200 mcg par jour
Les PVVIH/sida à risque de maladie cardiovasculaire devraient toujours discuter des moyens d'abaisser leurs taux lipidiques avec leur médecin.
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Auteur(s) : Hosein SR, Rhéaume Katie E
Traduction : Boutilier A
Publié : 2001


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